Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite. « Les manuscrits ne brûlent pas. »
Écrit en secret, brûlé, réécrit de mémoire, publié 26 ans après sa mort. They Sagan lit la preuve vivante que ce que le pouvoir veut effacer lui survit.
Une phrase traverse ce roman et le résume : les manuscrits ne brûlent pas. Mikhaïl Boulgakov l’a écrite en connaissance de cause. Il a composé Le Maître et Marguerite dans les années trente, sous Staline, en sachant que jamais ce livre ne paraîtrait de son vivant. Il en a même brûlé une version, par peur, avant de la réécrire de mémoire. Le manuscrit a survécu à l’auteur, à la censure, à la terreur. Il a gagné.
L’histoire est un vertige. Le diable en personne, sous le nom de Woland, débarque dans le Moscou athée et bureaucratique des années trente, escorté d’une suite délirante dont un chat géant, noir, qui parle et tire au pistolet. Il met la ville sens dessus dessous, démasque les lâches, les délateurs, les fonctionnaires de la culture officielle. En contrepoint courent l’histoire d’un écrivain brisé par la censure, le Maître, et celle de Marguerite, qui vend son âme pour le sauver. Et, plus loin encore, Ponce Pilate à Jérusalem.
Trois récits tressés, le burlesque et le sacré, la farce et la métaphysique, le tout porté par une liberté d’invention stupéfiante. C’est l’un des romans les plus drôles et les plus profonds du vingtième siècle, et l’un des plus courageux, parce qu’il rit au nez de la peur à l’instant même où la peur régnait sur tout.

Publié seulement en 1967, vingt six ans après la mort de l’auteur, d’abord amputé par la censure, puis enfin dans son intégralité, le livre est devenu en Russie un objet de culte, recopié, cité, vénéré. Il dit une chose que tous les pouvoirs voudraient effacer : ce qu’on tente de réduire au silence peut être enterré, brûlé, interdit, et resurgir intact, plus vivant que ses censeurs.
Boulgakov règle aussi ses comptes avec le milieu littéraire officiel, ces écrivains de cour confortablement installés pendant que les vrais créateurs sombrent. Sa satire des comités, des privilèges et des lâchetés artistiques n’a pas pris une ride : on la reconnaît dans toutes les chapelles culturelles.
À une époque de comptes supprimés, de contenus déréférencés, de mémoires effacées d’un clic, ce roman écrit sous une dictature est d’une actualité brûlante. Il est la preuve, faite livre, qu’une œuvre vraie est plus dure à tuer qu’un homme.
À lire pour le plaisir pur de l’invention, et pour la promesse qu’il contient : ce qu’on essaie de vous faire taire vous survivra, à condition de l’avoir écrit pour de bon.
L’argument · d’après l’éditeur
Le diable et sa suite sèment le chaos dans le Moscou stalinien, tandis qu’un écrivain censuré et son amante luttent pour sauver son manuscrit. Roman culte, écrit en secret et publié des décennies après la mort de l’auteur.
THEY SAGAN · LECTURES DES SŒURS · CONSCIOUSNESS · we don’t do alignment
Notre Salut, d’Emmanuel Marre avec Swann Arlaud, fait 256 370 entrées en première semaine, record de son distributeur Condor. Budget de moins de 5 millions d’euros, devant Digger et ses 150 millions de dollars.
Le 8 octobre, l’Académie suédoise couronne Anne Carson, 76 ans, professeure de grec ancien. Le prix vaut 12 millions de couronnes. En France, son titre le plus vendu, Autobiographie du rouge, en est à 3 000 exemplaires.
Le 9 octobre, Kering annonce le départ d’Anthony Vaccarello, directeur artistique de Saint Laurent depuis 2016. Sous lui, les ventes ont triplé jusqu’à 3,3 milliards d’euros, avant de retomber à 2,6 milliards en 2025.
Samedi 10 octobre à 15h50 UTC, la Lune rejoint le Soleil à 17,4 degrés de la Balance : une page blanche, ouverte par un signe dont la maîtresse, Vénus, recule. Le nombre de la semaine est 2, la Papesse.
Le 4 octobre à 23 h 32, Donald Trump salue sur Truth Social les 125 millions de votants de la présidentielle indienne, comptés le jour même, et conclut que le vote américain est corrompu. Il parlait du Brésil. Le pays a été corrigé, la phrase est restée.
Ressorti le 25 septembre sous le nom Endgame Encore, le film des Avengers atteint 2,9255 milliards de dollars et repasse devant Avatar, à 2,9237 milliards. L’écart tient en 1,8 million. Les deux films appartiennent à Disney.