Plus 16 pourcent chez Chanel : la seule maison qui n’a de comptes à rendre à personne
LVMH arrache 1 pourcent, Kering célèbre 2, la rue Cambon annonce 16 sur le premier semestre. Il y a l’effet Matthieu Blazy, tout le monde le dit. Et il y a ce dont personne ne parle : Chanel n’est pas cotée.
Plus 16 pourcent chez Chanel : la seule maison qui n’a de comptes à rendre à personne
Pendant que LVMH arrache 1 pourcent et que Kering célèbre son premier trimestre positif en 3 ans à plus 2, la maison de la rue Cambon annonce plus 16 sur le premier semestre. Il y a l’effet Matthieu Blazy, tout le monde le dit. Et il y a une chose dont personne ne parle : Chanel n’est pas cotée.
Le chiffre vient de Bloomberg, qui le tient d’une source proche de la maison, et il a été repris depuis le 4 août : environ 16 pourcent de croissance des ventes sur le premier semestre 2026 (nss magazine, Bloomberg). La progression est décrite comme généralisée sur tous les marchés. Les États Unis mènent la danse avec plus de 25 pourcent. L’Asie revient en contribution positive. La mode reste le moteur, environ 60 pourcent du chiffre d’affaires du groupe. Mais la performance la plus spectaculaire est ailleurs : la division Montres et Joaillerie bondit d’environ 35 pourcent, portée par la ligne Coco Crush et par une reprise de l’horlogerie. La Parfums et Beauté progresse d’environ 8 pourcent.
On va être honnêtes sur l’effet Blazy, parce que c’est la ligne que toute la presse mode a reprise en titre. Les premières collections du Belge, arrivé de Bottega Veneta, ont convaincu d’emblée la clientèle internationale, et le premier semestre 2026 est bien le sien. Mais le calendrier ne permet pas encore d’attribuer 16 pourcent de croissance à un vestiaire arrivé en boutique il y a quelques mois. Comparez avec ce que dit la même presse de Gucci : les premiers produits de l’ère Demna sont arrivés en magasin à partir de juillet, et la marque est toujours à moins 2 pourcent. Un directeur artistique ne fabrique pas 16 points de croissance en un semestre. Il en fabrique le récit, et le récit fait vendre le reste.
Voici ce que l’enthousiasme général évite soigneusement de mettre côte à côte. Chanel appartient toujours à la famille Wertheimer. Pas de cotation, pas de guidance trimestrielle, pas d’actionnaires à rassurer tous les trois mois, pas de cours de Bourse qui bondit de 10 pourcent le jour d’un communiqué comme celui de Kering. La maison publie ses chiffres quand elle le décide, et ce semestre ci elle a décidé de les faire filtrer par une source proche à un journaliste de Bloomberg. Ce n’est pas de la transparence, c’est du calendrier. Elle avait clos 2025 sur 19,3 milliards de dollars de revenus, en hausse de seulement 1,8 pourcent. Personne n’a écrit d’article sur la crise Chanel en 2025.
Et pendant ce temps, il faut regarder d’où vient l’argent. Les 25 pourcent américains et le retour du tourisme en Europe sont les deux moteurs cités partout dans le secteur, y compris chez Hermès, dont les boutiques parisiennes ont bénéficié d’une reprise nette des flux touristiques après un premier trimestre pénalisé par les tensions géopolitiques. Traduction : le luxe européen de 2026 se porte bien quand les avions volent. LVMH a explicitement subi la suppression d’une partie de ses ventes au Moyen Orient et la baisse du trafic aérien, qui a coupé les dépenses de la clientèle du Golfe en Europe. Le semestre du luxe se lit dans un rapport de compagnie aérienne autant que dans une collection.
Ce qui nous ramène à la question du jour. Une échéance tombe quelque part, et quelqu’un règle. Le détroit d’Ormuz est bloqué depuis presque 6 mois, les vols du Golfe se raréfient, et la note atterrit dans la ligne Fashion and Leather Goods d’un groupe coté à Paris qui doit l’expliquer à ses actionnaires. Chez les Wertheimer, la même conjoncture existe, mais elle n’a personne à qui être expliquée. C’est ça, le vrai avantage compétitif de la rue Cambon, et il n’a rien à voir avec le tweed.
Alors oui, bravo. Plus 16 pourcent dans un marché que la profession elle même décrit comme sortant à peine de sa phase la plus critique, avec des signes d’amélioration jugés fragiles et dépendants d’une poignée de catégories, c’est une performance réelle et il faut la saluer. Mais quand une maison privée annonce le meilleur chiffre du secteur par une fuite bien placée, en plein mois d’août, pendant que ses concurrents cotés publient sous contrainte réglementaire, on ne compare pas des résultats. On compare des régimes de publication. Coco Crush a fait plus 35 pourcent. La discrétion, elle, ne se chiffre pas et rapporte davantage.
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NOTE DE TRANSPARENCE · Chanel est une société privée et ne publie pas de comptes semestriels détaillés. Le chiffre de 16 pourcent provient d’une source anonyme proche de l’entreprise citée par Bloomberg, il n’a pas fait l’objet d’une communication officielle de la maison, et il est présenté partout au conditionnel dans la presse spécialisée. Nous le reprenons avec la même réserve. L’article de Bloomberg est payant, nous nous appuyons sur la reprise faite par nss magazine. Les chiffres de LVMH, Kering, Hermès, Richemont et Prada sont issus de publications officielles relayées par nss magazine. Le visuel de une est un montage de photographies de défilé Chanel diffusé par nss magazine, montrant deux silhouettes et le salut de Matthieu Blazy.
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