La France préside le Conseil de sécurité depuis une semaine. Le Conseil n'a toujours pas voté son programme
La France dirige le Conseil de sécurité de l'ONU tout le mois de septembre. Le calendrier annoncé est plein : le Soudan le 10, l'Iran le 17, Haïti le 29. Sauf que les 15 membres n'ont pas réussi à adopter ce calendrier. Ils travaillent sur un texte qui n'a pas le même statut.
Deux documents décrivent le même mois. Le premier est un communiqué des Nations unies daté du 1er septembre 2026. Il est propre. Il annonce des dates, des dossiers, des votes. Le second n'existe pas, et c'est tout le sujet.
Le 1er septembre, le représentant permanent de la France auprès des Nations unies, Jérôme Bonnafont, a présenté devant la presse le mois que son pays allait diriger. La France préside le Conseil de sécurité pendant tout septembre. Elle a listé ses priorités : le Moyen-Orient, l'Ukraine, le maintien de la paix, la lutte contre le terrorisme. Elle a promis que le Conseil resterait « un lieu d'action et de décision » malgré « la polarisation et les blocages ».
La phrase était plus juste que prévu. Au moment où elle a été prononcée, le Conseil venait d'échouer à adopter le programme de travail de cette présidence.
Ce qui est annoncé
Le calendrier présenté à la presse tient debout. Il est daté, il est précis, il est vérifiable.
10 septembre · renouvellement du régime de sanctions contre le Soudan, hérité de la résolution 1591 de 2005.
11 septembre · 25 ans après les attentats de New York, discussion sur le terrorisme et l'effet des nouvelles technologies.
16 septembre · avenir de la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan.
17 septembre · vote sur le renouvellement du groupe d'experts prévu par la résolution 1929 de 2010 sur l'Iran.
18 septembre · débat sur la réforme du maintien de la paix, avec Jean-Pierre Lacroix.
25 septembre · exposé annuel du Haut-Commissaire pour les réfugiés, Barham Salih.
28 septembre · application de la résolution 2334 de 2016, au regard de la Cisjordanie occupée.
29 septembre · renouvellement du mandat de la Force de répression des gangs en Haïti, et séance sur la MONUSCO.
Source : ONU, Couverture des réunions et communiqués de presse, Conf260901-CS.
Ce qui n'a pas été voté
Un programme de travail se vote. C'est une formalité douze mois sur douze, jusqu'au jour où ça ne l'est plus. Début septembre, la Chine et la Russie ont refusé d'y laisser figurer les points liés à l'Iran, en particulier le comité de sanctions créé par la résolution 1737 de 2006 et son groupe d'experts.
Faute d'accord, le Conseil s'est rabattu sur un « plan de travail », document au statut plus faible, publié par le Security Council Report. C'est la deuxième fois cette année que le blocage se produit. La présidence française tourne donc sur un calendrier que personne n'a formellement approuvé.
Ce détail de procédure raconte mieux l'état du Conseil que n'importe quelle déclaration sur la polarisation. Quinze États n'arrivent plus à se mettre d'accord sur la liste des sujets dont ils vont parler. Le désaccord a remonté d'un cran : il ne porte plus sur les décisions, il porte sur l'ordre du jour. Nous avions déjà documenté ce glissement quand le démenti russe est devenu une seconde campagne, et quand la France s'est retrouvée prise à son propre piège en Ukraine.
La réunion qui s'est tenue à côté de la salle
Le 2 septembre, la France a réuni les membres du Conseil pour parler d'intelligence artificielle. Alerte précoce, gestion des conflits, protection des civils. La séance était fermée, informelle, et elle ne s'est tenue ni dans la salle du Conseil ni dans la salle de consultations attenante. Le symbole était voulu : l'IA n'est pas à l'ordre du jour officiel.
La France coorganisait avec Bahreïn, la Grèce et la Lettonie. La note de cadrage évitait soigneusement la question de la gouvernance mondiale de l'IA, trop clivante, pour se concentrer sur les mandats existants du Conseil. La Russie conteste que le Conseil soit le bon endroit pour en discuter et renvoie à l'Assemblée générale. La Chine accepte le principe, à condition que la gouvernance reste « centrée sur l'ONU » et ne soit pas dominée par les Occidentaux.
Sun Lei, représentant permanent adjoint de la Chine, a déclaré pendant la réunion fermée que l'intelligence artificielle est « la sagesse collective de toute l'humanité » et que son développement ne doit pas devenir « un jeu pour les riches et les puissants ». Le Conseil a donc débattu, hors de sa propre salle, d'une technologie dont il n'a pas encore décidé qu'elle le concernait. Nous avions écrit, le 1er septembre, comment un laboratoire privé écrit lui même la définition du mot critique. Pendant que 15 États cherchent une salle, les définitions se rédigent ailleurs.
Vidéo intégrale : UN Web TV, asset k149sexlei. Compte rendu écrit : ONU, 260901_sc.
Le mois où la France préside et se tait
La présidence tombe sur le mois le plus chargé de l'année onusienne. La 81e session de l'Assemblée générale s'ouvre, la semaine de haut niveau se tient du 22 au 28 septembre, et Bonnafont l'a dit lui même : le Conseil « laissera la préséance » à l'Assemblée et aux chefs d'État. Emmanuel Macron y prendra la parole pour la dernière fois de son mandat.
Le 17 septembre, le Conseil organisera par ailleurs un nouveau tour de scrutin informel pour la désignation du prochain secrétaire général. Bonnafont a indiqué que la France souhaitait une recommandation « suffisamment tôt » pour que l'Assemblée tranche à temps. Il a aussi rappelé que le mandat de la FINUL au Liban se termine le 31 décembre, et que les discussions sur ce qui viendra après commencent maintenant.
Sur la Palestine, la séance du 28 portera sur la résolution 2334 et la Cisjordanie. Nous avons documenté cette semaine comment un festival refuse un drapeau au motif que l'État n'existe pas, et cet été ce que dit le droit sur la détention des médecins de Gaza. Le vocabulaire change selon l'enceinte. Les faits, eux, tiennent en une ligne de calendrier.
Un mois de présidence, neuf séances datées, un programme que personne n'a voté, et une réunion sur l'avenir de la guerre tenue dans un couloir. La France a promis un lieu d'action et de décision. Elle a hérité d'un lieu où l'on négocie encore le droit de mettre un sujet sur la table.
Sources primaires · communiqué et conférence de presse des Nations unies du 1er septembre 2026 (Conf260901-CS), UN Web TV, Security Council Report (plan de travail de septembre 2026), et reportage de Damilola Banjo pour PassBlue, 3 septembre 2026, sur la réunion informelle du 2 septembre.
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