« Nous serons des milliers dans la rue » : ce que Beauvau a payé, et à qui
Les syndicats de police ressortent insatisfaits de leur audience avec Laurent Nuñez le 4 septembre. Les commissaires ont eu 1 350 euros de plus par mois en juin. Les gardiens de la paix attendent depuis 2019. Rendez vous le 15 septembre.
« Nous serons des milliers dans la rue » : ce que Beauvau a payé, et à qui
Le 4 septembre, les syndicats de police sortent de chez Laurent Nuñez la mine longue. Le 15 septembre, ils promettent la rue. Entre les deux dates, une phrase de Grégory Joron résume tout : les commissaires ont eu 1 350 euros de plus par mois en juin. Les gardiens de la paix attendent depuis 2019.
Place Beauvau, jeudi 4 septembre 2026. Les syndicats Alliance et Unité SGP Police repartent de leur audience avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez sans l’accord qu’ils étaient venus chercher : la révision de la prime de risque, gelée depuis 2019, et une enveloppe supplémentaire chiffrée en centaines de millions d’euros par an. Le communiqué post réunion tient en un mot, repris par plusieurs rédactions : « insatisfaits » (Europe1, Actu17).
Ce qui fait sortir Grégory Joron de sa réserve, ce n’est pas seulement la prime gelée. C’est la comparaison. En juin 2026, les commissaires de police ont obtenu une revalorisation salariale allant jusqu’à 1 350 euros par mois. Pour Joron, c’est « une gifle » adressée à tout le reste des effectifs (Stéphane Larue). Fabien Vanhemelryck, pour Unité SGP Police, ne discute plus les chiffres, il fixe une date.
Voilà la mécanique, posée sans fard. En haut de l’organigramme, une hausse actée en juin et budgétée sans bruit. En bas, une prime gelée depuis 7 ans qu’on qualifie de « non finançable ». Entre les deux, un ministre qui écoute deux heures et qui ne signe rien. Ce n’est pas un désaccord technique sur un pourcentage. C’est une hiérarchie qui décide, chaque année, qui mérite d’être payé maintenant et qui peut attendre encore un peu.
Et pendant que Beauvau explique aux syndicats que l’argent manque, l’État en trouve ailleurs, vite et sans huis clos. Le même mois, Emmanuel Macron signe à Stockholm 4,3 milliards d’euros de contrats de frégates avec Naval Group, en marge d’un séminaire gouvernemental de trois jours sur le budget (notre dossier du 5 septembre). Le séminaire budgétaire lui même s’est tenu aux Invalides, à huis clos, téléphones portables laissés à l’entrée (voir notre article). Une prime de risque coûterait, selon les syndicats, quelques centaines de millions par an. Les frégates en coûtent 4 300 millions en une signature. La comparaison n’a été faite dans aucune des rédactions consultées.
7 ans : la durée du gel de la prime de risque des gardiens de la paix, depuis 2019
4 300 000 000 euros : le contrat de frégates signé à Stockholm le même mois
15 septembre 2026 : la date de mobilisation annoncée par les syndicats
Il faut aussi lire cette colère à côté d’un autre chiffre, publié le même jour par l’Insee : l’inflation reste établie à 2,4 pourcent, pendant que le ministre du Travail explique qu’indexer les retraites sur les prix coûte trop cher à l’État (notre article). Ce n’est jamais l’argent qui manque. C’est toujours la même ligne du budget qu’on choisit de ne pas remplir.
Le 15 septembre, la rue dira ce que la place Beauvau n’a pas voulu entendre le 4. En attendant, un mot suffit à résumer sept ans de gel salarial appliqué à ceux qui portent l’uniforme sans galon de commissaire : insatisfaits. Le mot que la police choisit pour elle même est, cette fois, plus poli que ce que les chiffres racontent.
VOIR AUSSI · Macron, Stockholm et les 4,3 milliards de frégates · Le séminaire budgétaire à huis clos des Invalides · Inflation à 2,4 pourcent, retraites non indexées · Le Conseil d’État et le ministre de la Justice, 3 septembre
NOTE DE TRANSPARENCE · le montant exact de l’enveloppe annuelle réclamée par les syndicats n’a pas été chiffré précisément dans les sources consultées au moment de la rédaction, seule l’ordre de grandeur (« plusieurs centaines de millions d’euros ») est repris ici.
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