Darmanin, le non-lieu, le maroquin et la cellule de Sarkozy
La justice a définitivement blanchi Gérald Darmanin en février 2024. Aujourd’hui garde des Sceaux, il est allé passer trois quarts d’heure dans la cellule de Nicolas Sarkozy. Chronique d’un entre-soi que le Sénat a fini par interpeller.
Commençons par ce qui est établi, parce que c’est la seule base honnête. Gérald Darmanin a été accusé, la justice a instruit, et elle a tranché : le 14 février 2024, la Cour de cassation a définitivement validé le non-lieu. Sur le plan judiciaire, l’affaire est close, sans ambiguïté et sans appel. Il n’y a rien à rejuger ici, et personne, à cette table, ne le fait. Le point est mis, il tient.
Ce qui reste ouvert, en revanche, n’est pas un dossier. C’est une question de moeurs politiques. Car l’homme que la justice a blanchi dirige aujourd’hui cette même justice : il est garde des Sceaux. Et c’est à ce titre, ministre de la Justice, qu’il a posé un geste qui, lui, n’a rien de classé.
Trois quarts d’heure dans la cellule
Le 30 octobre 2025, Gérald Darmanin s’est rendu à la prison de la Santé pour y passer quarante-cinq minutes avec Nicolas Sarkozy, incarcéré depuis neuf jours pour le financement libyen de sa campagne de 2007. Dès le lendemain, un collectif de trente avocats a saisi la Cour de justice de la République pour « prise illégale d’intérêts », estimant que le ministre avait adressé « un soutien implicite » à un condamné. Le syndicat de la magistrature n’a pas dit autre chose : son président, Ludovic Friat, a parlé d’une « visite pas ordinaire », rappelant que le garde des Sceaux doit garantir « l’impartialité et l’indépendance de la justice ».
Il faut être clair, là encore : cette plainte est une plainte, pas une condamnation, et le ministre bénéficie de la même présomption d’innocence qu’il doit à tous. Mais la scène, elle, est publique, et elle raconte quelque chose. Un ancien accusé blanchi devient le patron des juges, puis va s’asseoir trois quarts d’heure au chevet d’un ancien président en cellule. Ce n’est pas un délit prouvé. C’est un portrait de groupe.
Le club
Appelons cela par son nom : le club. Cette petite société du sommet où l’on se cleare, où l’on se nomme, où l’on se rend visite, et où les frontières entre celui qui juge, celui qui a été jugé et celui qui est condamné deviennent, disons, poreuses. Le Sénat, lui, a fini par le dire tout haut, en interpellant le gouvernement sur l’indépendance de la justice. C’est déjà ça : quelqu’un a posé la question à voix haute.
Le reste, on le connaît. Quand il s’agit des puissants, on teste les seconds et l’on protège les premiers. Le Sénat sait, quand il le faut, exclure l’un des siens. Mais au sommet de l’exécutif, le club, lui, ne s’exclut jamais. Il se rend visite.
Sources : France 24 (non-lieu, 2024) · Euronews (visite Sarkozy) · BFMTV
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