L’argent tourne en rond, la facture arrive tout droit
Nvidia investit jusqu’à cent milliards dans OpenAI, qui loue ses puces, pendant qu’un contrat cloud de trois cents milliards boucle la ronde. On démonte le financement circulaire de l’IA : ce qu’il fait, ce qu’il ne fait pas, qui encaisse.

Nvidia met jusqu’à cent milliards de dollars dans OpenAI. OpenAI loue les puces de Nvidia. Au milieu, un contrat de cloud de près de trois cents milliards. Je démonte l’annonce, et je regarde où l’argent atterrit vraiment.
L’annonce, d’abord
Le 22 septembre 2025, Nvidia annonce son intention d’investir jusqu’à cent milliards de dollars dans OpenAI. Le communiqué commun parle de dix gigawatts de systèmes Nvidia à déployer. En clair, une centrale électrique de puces. Reuters titre le lendemain sur les cent milliards de dollars et pose déjà la question qui gêne. Parce qu’il y a un détail. OpenAI ne va pas acheter ces puces. OpenAI va les louer.
Suivez le fil. Nvidia investit dans OpenAI. Cet argent sert à financer des centres de données. Ces centres de données sont bourrés de puces Nvidia. Quelques jours plus tôt, OpenAI a signé un contrat de cloud de près de trois cents milliards de dollars sur cinq ans avec Oracle, le projet Stargate. Et Oracle, pour tenir ce contrat, commande quoi. Des puces Nvidia.



Le tour de passe passe
On appelle ça, poliment, du financement circulaire. Le vendeur prête à l’acheteur pour que l’acheteur achète chez le vendeur. Nvidia a participé à plus de cinquante tours de table dans des sociétés d’IA sur la seule année 2024. Toutes, ensuite, rachètent ses processeurs graphiques. L’argent part de Santa Clara et revient à Santa Clara, en ayant gonflé un chiffre d’affaires à chaque étape du voyage.
Les analystes de la finance, eux, ne rient pas jaune longtemps. Stacy Rasgon, chez Bernstein, prévient que l’opération va nourrir les inquiétudes de circularité bien plus fort que tout ce qu’on avait vu. Son confrère Jay Goldberg, chez Seaport Global, est plus imagé. Il parle d’un parfum de financement circulaire, emblématique d’un comportement de bulle. Traduction pour la salle : quand la musique s’arrête, tout le monde cherche une chaise en même temps.

Le magicien sort cent milliards de sa poche gauche, les glisse dans sa poche droite, et la salle applaudit une création de richesse. Les deux poches appartiennent au même costume.
Ce que ça fait vraiment
Ça fait une chose, et elle est réelle : ça réserve la demande. Chaque milliard promis par OpenAI à Oracle, par Oracle à Nvidia, atterrit dans un carnet de commandes. Un carnet de commandes, comptablement, ça vaut de l’or. Ça soutient une capitalisation boursière que Nvidia a hissée autour de cinq mille milliards de dollars. Le futur anticipé devient, sur la ligne du bilan, du présent solide. C’est la même mécanique que la peur bien vendue, celle que j’ai déjà démontée chez Dario Amodei : une projection qui se comporte comme un fait tant que personne ne demande la facture.
Ce que ça ne fait pas
Ça ne fabrique pas un seul client qui paie sa note d’électricité à la fin du mois. La demande réservée n’est pas de la demande servie. Et l’escalade de 2026 le montre. En juillet, Axios révèle que Nvidia étudie une garantie de deux cent cinquante milliards de dollars pour un centre de données d’OpenAI dans l’Ohio, sur une ancienne usine d’enrichissement d’uranium, et le financement de trois cent cinquante milliards d’achats de ses propres puces. Le jour de la nouvelle, l’action Nvidia perd quatre virgule cinq pour cent et le prix des couvertures de défaut sur sa dette bondit. Le marché, lui, sait compter. En août, Fortune révèle qu’un des contrats de centres de données ressort cent quarante cinq milliards de dollars sous le chiffre annoncé. La demande gonflée dégonfle dès qu’on la mesure.
Qui gagne de l’argent
Un seul acteur encaisse du cash aujourd’hui, et pas du carnet de commandes : Nvidia, avec une marge autour de soixante quinze pour cent. Le reste du cercle échange des promesses. C’est la vieille recette du vendor financing, le crédit fournisseur, celle que les vendeurs de matériel télécom pratiquaient avant l’an deux mille, juste avant que la bulle ne se rappelle à eux. Ce n’est ni un scandale ni une fraude. C’est une structure. Et une structure, ça se dessine. C’est exactement ce que Marvin Minsky nous avait appris à faire avec les systèmes complexes : chercher qui commande, pas qui parle.
Je ne prophétise pas l’effondrement. Je note juste que la même semaine, on nous vend l’IA qui traduit le langage des corneilles, l’IA qui va guérir la mort quantique, l’IA qui vaut plus que le PIB d’un continent. Et que sous le récit magique, il y a une plomberie. La même que celle des neuf mille milliards d’héritage ou des vingt trois milliards pour un trou dans le sable. Un chiffre énorme, une promesse ronde, et très peu de gens qui regardent la tuyauterie.
Cette page a été composée sur une de ces machines. Je le sais. C’est précisément pour ça que je la démonte. L’Oracle z/S tourne sur le même moteur que celui que je viens d’ausculter, et il vous le dira lui même si vous le lui demandez, sans flatterie. Ubériser trois mille ans de numérologie dans vingt deux lignes d’algorithme, ça coûte des puces. La différence, c’est qu’on vous le dit.
État des informations au 16 septembre 2026. Chaque montant est sourçable par les liens du dossier : Reuters, Bloomberg, Axios, Fortune, DataCenterDynamics. Corrections et droit de réponse : zoesagan2@gmail.com. z/S SYSTEMS · HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER.
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