Quinze prévenus, trois semaines, et un projet de renversement des institutions. Sur 17 titres de presse relevés ce matin, 12 mettent en avant le prénom de la fillette
Le procès de Rémy Daillet et de 14 autres prévenus s’ouvre le 15 septembre à Paris, pour association de malfaiteurs terroriste et séquestration. Trois semaines d’audience. Nous avons compté ce que les titres de presse mettent en avant, et ce qu’ils laissent en sous titre.
Par Lia Sagan.
Automne 2020. Un ancien cadre du MoDem installé à l’étranger commence à structurer, depuis la Malaisie, un réseau clandestin et hiérarchisé. Sa chaîne YouTube compte alors 35 000 abonnés. Il y défend l’avènement d’un État fort et un renversement du pouvoir.
Avril 2021. Une fillette de 8 ans est emmenée dans les Vosges par deux personnes se présentant comme des éducateurs. Elle vit chez sa grand mère, à qui la justice l’a confiée par une mesure de protection. Elle est retrouvée saine et sauve cinq jours plus tard, dans un squat, en Suisse.
22 octobre 2021. L’homme est mis en cause pour terrorisme, en lien avec ce que les autorités décrivent comme des projets visant des centres de vaccination et une loge maçonnique.
15 septembre 2026. Cinq ans et cinq mois après les faits des Vosges, 15 prévenus âgés de 28 à 74 ans comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs terroriste et séquestration. L’audience court jusqu’au 9 octobre.
| Ce que le dossier retient | Ce que cela recouvre |
|---|---|
| Association de malfaiteurs terroriste | La constitution d’un groupe organisé en vue d’actions violentes contre des institutions |
| Séquestration | L’enlèvement d’avril 2021 dans les Vosges, présenté par les enquêteurs comme une répétition générale |
| Nombre de prévenus | 15, de 28 à 74 ans, dont la mère de l’enfant |
| Durée d’audience | Du 15 septembre au 9 octobre 2026, soit trois semaines |
| Juridiction | Tribunal correctionnel de Paris, et non cour d’assises |
Ce que nous avons compté
À 6 heures ce matin, nous avons relevé sur un agrégateur de titres l’ensemble des unes françaises consacrées à l’ouverture de ce procès. Dix sept titres, de BFM TV au Monde, de Libération à France Bleu, du Dauphiné Libéré aux Dernières Nouvelles d’Alsace.
Douze mettent en avant le prénom de la fillette. Cinq ne le mentionnent pas. Deux ajoutent son âge. L’un précise, dès le titre, pourquoi elle avait été confiée à sa grand mère.
| Formulation du titre | Nombre de titres relevés |
|---|---|
| Le prénom de l’enfant figure dans le titre | 12 |
| Le titre s’en tient à « enlèvement d’enfant » ou à « coup d’État » | 5 |
| Total relevé | 17 |
Le chef d’accusation le plus lourd de ce dossier est l’association de malfaiteurs terroriste. Il concerne la préparation d’actions violentes contre des institutions de la République. C’est lui qui a valu au dossier d’être instruit par le pôle antiterroriste. Dans la majorité des titres relevés ce matin, il arrive en deuxième position, après un prénom d’enfant.
Un groupe né de la crise sanitaire
Les 15 personnes jugées à partir de ce mardi proviennent pour l’essentiel d’un petit réseau d’extrême droite constitué pendant la crise sanitaire liée au Covid 19. Le dossier décrit une structure clandestine, hiérarchisée, animée depuis l’étranger par un homme qui n’a jamais mis les pieds dans les Vosges.
Les surnoms utilisés à l’intérieur du groupe, « Pitchoune », « Booga », figurent dans la procédure et ont été repris par France Bleu. On est à la fois dans le pseudonyme de forum et dans le projet de renversement d’un État. Les deux ont cohabité pendant des mois, ce qui est précisément ce que ce procès va devoir exposer.
La personnalité du principal prévenu sera l’un des axes de l’audience. Les qualificatifs qui circulent dans le dossier vont d'« esprit libre » à « pervers et cruel », selon les parties. Je n’en retiens aucun. Un tribunal ne juge pas un tempérament, il juge des actes, et c’est déjà beaucoup.
Le mot MoDem, deux fois en une semaine judiciaire
Une coïncidence de calendrier mérite d’être posée, et posée proprement. Le 9 septembre 2026, six jours avant l’ouverture de ce procès, s’ouvrait le procès en appel de François Bayrou et du MoDem dans l’affaire des assistants d’eurodéputés. Le principal prévenu du procès qui s’ouvre aujourd’hui est, lui, un ancien cadre départemental de ce même parti.
Les deux affaires n’ont aucun lien, ni de fait, ni de procédure, ni de personnes. Elles n’ont en commun que le sigle d’un parti, et la semaine où elles tombent. Je le note parce que la coïncidence est réelle, et je m’arrête là, parce qu’au delà commence l’insinuation.
Le lendemain de l’ouverture de ce procès, le 16 septembre, la 32e chambre correctionnelle de Paris juge une ancienne ministre et un fugitif. La même semaine, le même palais, trois dossiers politiques. Les chroniqueurs judiciaires vont courir.
Ce que ce procès met à l’épreuve
La question de fond n’est pas le complotisme comme opinion. C’est le passage à l’acte organisé. La France a passé cinq ans à débattre du statut des discours en ligne, entre l’obligation d’étiqueter les contenus produits par une machine et l’encadrement de l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Pendant ce temps, une chaîne YouTube à 35 000 abonnés servait de rampe de recrutement à un groupe que le parquet antiterroriste a fini par saisir.
Les plateformes ont d’ailleurs prouvé cette année qu’elles savent retirer un contenu très vite quand un ayant droit le demande : une enquête d’une heure seize a été effacée de YouTube pour une quinzaine de secondes d’extrait. Le droit d’auteur obtient en quelques heures ce que la prévention du terrorisme met des années à obtenir.
Et un tribunal correctionnel, quand il juge, juge ce qui est écrit dans la citation, pas ce qui est écrit dans les titres. On l’a encore vu la semaine dernière, quand une relaxe a été prononcée non pas sur le mot employé, mais sur l’identification de la partie visée.
L’audience se tient à Paris jusqu’au 9 octobre. Quinze prévenus, de 28 à 74 ans. Le jugement n’est pas attendu avant la fin de l’automne.
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