Greenpeace, des pompiers et des infirmières se donnent rendez-vous à 19h30. Pas au ministère de l’Écologie. Au ministère de l’Argent
L’adresse est l’information. Une coalition que rien ne réunissait descend ce mardi soir devant Bercy pour demander des moyens d’adaptation au dérèglement climatique dans le budget 2027. Ils ont regardé où étaient les décisions.
Greenpeace, des pompiers et des infirmières se donnent rendez-vous à 19h30. Pas au ministère de l’Écologie. Au ministère de l’Argent
L’adresse est l’information. Une coalition que rien ne réunissait descend ce mardi soir devant Bercy pour demander des moyens d’adaptation au dérèglement climatique dans le budget 2027. Ils ont regardé où étaient les décisions. Ce n’était pas là où c’est écrit sur la porte.
Ils arriveront par le quai de Bercy, entre 19h30 et 21h, à l’heure où les fenêtres du ministère de l’Économie et des Finances s’éteignent une par une. Il y aura des syndicats de sapeurs-pompiers. Des syndicats d’infirmiers. Des organisations étudiantes. Des associations de protection de l’environnement et des animaux. Un collectif féministe. Parmi les organisations citées : Greenpeace, #NousToutes, Amnesty International, la Fondation pour le logement des défavorisés, Médecins du Monde, France Nature Environnement. Sur le papier, ce cortège ne devrait pas exister.
Sur le papier, Amnesty International fait des rapports sur les prisons, #NousToutes fait des marches contre les féminicides, les pompiers font des préavis sur leurs effectifs et Greenpeace fait des banderoles sur des cheminées. Ils ont tous fini au même endroit, un mardi soir, devant un ministère qui ne traite officiellement aucun de leurs sujets. La phrase de leur appel est sobre.
Neuf revendications à faire entrer dans le budget 2027. La presse en cite trois : un plan sur les passoires thermiques, une taxe sur les plus gros pollueurs, des moyens pour la prévention des incendies. Regardez la troisième. Ce n’est pas une revendication écologiste, c’est une revendication de service d’urgence. Elle explique pourquoi des pompiers marchent dans un cortège climat, une semaine après avoir engagé leur propre mouvement de grève, où 87 pourcent de leurs sorties n’ont plus rien à voir avec le feu. Ils ne se sont pas convertis à l’écologie. C’est le climat qui est venu s’installer dans leurs plannings.
Ce n’est pas un élargissement militant. C’est un constat d’employeur : le dérèglement est devenu une ligne de leur fiche de poste.Reste le choix de l’adresse, qui est la seule décision politique de la soirée. Il existe un ministère chargé de l’écologie en France. Il a un bâtiment, un perron, un service de presse, et il aurait fait une très belle photographie. Ils ne vont pas là. Ils vont à Bercy, parce que la loi de finances s’écrit à Bercy et que tout le reste se plaide devant quelqu’un qui n’a pas le chéquier. On peut appeler ça de la stratégie. On peut aussi appeler ça un aveu : l’écologie française n’a plus d’interlocuteur, elle a un créancier.
Ce mouvement du portefeuille, nous l’avons déjà filmé sous d’autres angles. Quand Bercy a compté les milliards d’héritage à transmettre, le chiffre est parti en une avant même d’être solide. Quand l’argent du climat est allé au roi du plastique, personne n’a eu besoin de mentir, il a suffi de laisser les guichets ouverts. Et quand la ministre du climat a pris l’avion, la faute n’était pas le vol, c’était l’écart entre ce qu’on demande à un citoyen et ce qu’on ne demande à personne. Le meilleur symbole reste ce local à poubelles climatisé d’un hôpital dont la pédiatrie ne l’était pas : dans ce pays, la climatisation existe, elle est simplement affectée ailleurs.
Ce mardi, exactement au même endroit et exactement le même jour, deux chiffres se répondent. Paris franchit sa centième journée de l’année à 25 degrés ou plus, une première depuis 1872. Et à huit heures d’intervalle, cinq autres cortèges auront défilé dans la journée à cinq horaires que nous racontons par ailleurs, tous pour réclamer des moyens, aucun ne croisant l’autre. Celui de 19h30 est le dernier, le plus tardif, et le seul qui ait pris la peine de viser le guichet plutôt que le guichetier.
Notons ce que la presse en a fait. Dans les récapitulatifs de la journée, la coalition de Bercy est rangée en dernier paragraphe, après la police, après l’université, après l’énergie. Le seul rassemblement qui vise explicitement la loi de finances est le seul traité comme une variété de fin d’article.
Alors la question, puisqu’on la posera de toute façon en octobre. Combien de degrés au-dessus de la normale faut-il, à Paris, un 15 septembre, pour qu’un rassemblement devant le ministère de l’Économie cesse d’être traité comme un sujet d’environnement ?
NOTE DE TRANSPARENCE · Seules trois des neuf revendications annoncées sont citées ici, ce sont les seules reprises par les sources consultées au bouclage. La liste des organisations est celle citée par la presse, elle n’est pas exhaustive. Aucun chiffre de participation n’est avancé : le rassemblement n’a pas eu lieu à l’heure de publication.
Le précédent record était de 98 journées, en 2018. Il a été égalé le 13 septembre, dépassé le 14, porté à 100 ce 15 septembre. La répartition mois par mois dit où le record s’est joué, et ce n’est pas en juillet.
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La police à 11h30 sur les Champs. Les universitaires à 12h30 place Jussieu. Les électriciens dans leurs centrales. Le climat à 19h30 devant Bercy. Huit heures d’écart entre le premier cortège et le dernier, et pas un mètre de trottoir en commun.
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