Francis Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique. Le plus beau roman jamais écrit sur le fait de s’inventer.
Gatsby donne des fêtes magnifiques pour une seule personne qui ne vient pas. Tiffany Sagan lit le roman du luxe comme preuve d’amour, depuis le Cap Eden Roc.
James Gatz, petit gars sans le sou du Midwest, a décidé un jour de devenir Jay Gatsby. Il s’est fabriqué un nom, un passé, une fortune trouble, des chemises par dizaines, et une villa de Long Island où il donne des fêtes énormes. Tout cela pour une seule chose : reconquérir Daisy, la femme qu’il a aimée pauvre et perdue riche. Fitzgerald publie ce roman en 1925, et signe le grand livre américain sur l’invention de soi.
Le narrateur, Nick, voisin et témoin, regarde Gatsby avec un mélange d’effroi et d’admiration. Car Gatsby est entièrement construit, jusqu’au mensonge, par le désir. C’est un homme devenu une marque, une légende qu’il a inventée pour mériter d’être aimé. Au bout de son ponton brille la fameuse lumière verte, de l’autre côté de la baie, chez Daisy : le désir qu’on n’éteint pas parce qu’on ne l’atteint jamais.
Sous le scintillement des fêtes, le roman est d’une noirceur tranquille. L’argent ancien méprise l’argent neuf, la cruauté des nantis broie les naïfs, et le rêve américain se révèle pour ce qu’il est : une promesse magnifique adossée à une escroquerie. Gatsby paiera de sa vie d’avoir cru qu’on pouvait répéter le passé.

La langue de Fitzgerald est un miracle d’élégance et d’économie. En cent cinquante pages, il loge une époque entière, le jazz, la prohibition, les voitures, la fièvre des années vingt, et une mélancolie qui ne s’efface plus. La dernière phrase, sur les barques qui avancent à contre courant, sans cesse ramenées vers le passé, est l’une des plus citées de la littérature mondiale.
Le livre fut un échec à sa sortie. Fitzgerald est mort en 1940 à Hollywood, alcoolique, oublié, se croyant raté, persuadé d’avoir gâché son talent. C’est après sa mort que Gatsby est devenu le grand roman américain, étudié, adapté, sans cesse relu. Encore un qui a eu raison trop tôt.
Sa modernité est intacte. Gatsby qui se réinvente de toutes pièces pour être aimé, c’est l’ancêtre direct de chaque profil soigné, de chaque vie mise en scène pour mériter l’attention. Le self made man est devenu le self made image, et Fitzgerald en avait déjà écrit la grandeur et la chute.
À lire pour la perfection de la forme, et pour cette vérité qui ne console pas : on peut se créer de toutes pièces, mais on n’oblige personne à aimer la créature. C’est à la fois la plus belle et la plus dangereuse des entreprises.
L’argument · d’après l’éditeur
Long Island, années vingt. Jay Gatsby, riche et mystérieux, multiplie les fêtes fastueuses pour reconquérir Daisy, un amour perdu. Le grand roman du rêve américain et de sa désillusion.
TIFFANY SAGAN · LECTURES DES SŒURS · LE LUXE EST UNE LANGUE
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