Franz Kafka, Le Procès. Arrêté un matin, jamais informé de la faute.
Joseph K. est arrêté un matin sans qu'on lui dise de quoi il est accusé, puis happé dans une procédure opaque et sans issue. Roman posthume, devenu le mot même de l'absurde.
« Quelqu'un avait dû calomnier Joseph K., car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin. » De cet incipit sort le cauchemar le plus lucide du vingtième siècle. Joseph K., fondé de pouvoir dans une banque, est arrêté chez lui le jour de ses trente ans par des hommes qui ne lui disent ni pourquoi ni de quoi. Le voilà engagé dans un procès dont il ne connaîtra jamais le chef d'accusation.
Kafka écrit ce roman vers 1914, le laisse inachevé, et demande à son ami Max Brod de le brûler. Brod désobéit et le publie en 1925. Le livre est devenu un adjectif : kafkaïen, la logique d'une administration toute puissante et opaque qui vous juge sans vous entendre et vous condamne sans vous éclairer.
Le génie est de rendre l'absurde parfaitement crédible. Chaque scène est d'une logique impeccable, chaque interlocuteur poli, chaque bureau ordinaire, et c'est l'addition de ces normalités qui forme l'enfer. K. cherche son dossier, ses juges, sa faute, et ne rencontre que des couloirs et des renvois.

On a lu Le Procès comme une parabole de la culpabilité sans péché, une prophétie des bureaucraties totalitaires, une allégorie de la condition humaine jugée par une instance muette. Toutes ces lectures tiennent : les grands livres débordent toujours leurs interprétations.
Mais qui a connu la machine judiciaire de l'intérieur lit ce roman autrement. Être convoqué, suivi, jugé sur un dossier qu'on ne voit pas, sentir que la procédure raconte une histoire indépendante de la vérité : ce n'est pas une métaphore pour tout le monde. Kafka a écrit le manuel de ce vertige.
La fin, terrible, montre K. emmené sans qu'il ait jamais su. La phrase qui la clôt, sur la honte qui devait lui survivre, est l'une des plus glaçantes de la littérature. Le procès n'a pas eu lieu : il n'y a eu que l'attente, et l'exécution.
À lire pour comprendre, de l'intérieur, ce que veut dire être broyé par un système qui ne vous doit aucune explication. Court, limpide, et tenace longtemps après la dernière page.
L'argument · d'après l'éditeur
Joseph K. est arrêté un matin sans qu'on lui dise de quoi il est accusé, puis happé dans une procédure opaque et sans issue. Roman posthume, devenu le mot même de l'absurde.
LIA SAGAN · LECTURES DES SŒURS · COMPTE SUSPENDU
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