La fondatrice de Bluesky démissionne
C’est officiel : après cinq longues années à tenir la barre d’un navire qui prend l’eau plus vite qu’un Twittos qui découvre la modération, Jay Graber, fondatrice et CEO de Bluesky, a décidé de sauter par-dessus bord.
Enfin… pas tout à fait. Elle passe « Chief Innovation Officer », ce qui en langage startup signifie « je reste dans l’organigramme mais plus question que je lise vos conneries tous les matins ». Traduction libre : elle en a marre. Vraiment marre.
Car oui, chers lecteurs, il faut le dire avec la solennité d’un communiqué de l’Élysée : Bluesky est un échec. Un échec magnifique, policé, labelisé « safe space », mais un échec quand même. 43 millions d’utilisateurs, nous dit-on fièrement. Génial. Threads en a 400. Même le groupe WhatsApp de ta tante qui organise les apéros du vendredi a plus de vie sociale.
Et pourquoi cet exode discret de la patronne ? Officiellement, « besoin d’un opérateur aguerri pour scaler ». Officieusement ? Jay Graber ne supportait plus la perspective de finir ses jours seule dans le désert numérique avec pour seule compagnie Tristan Mendes France, bientôt sexagénaire, qui hurle dans le vide contre son « monde turbo-conspi » comme un vigile de supermarché qui aurait avalé trois Red Bull et un podcast Complorama en boucle.
Imaginez la scène. Pendant cinq ans, pour « assainir » la plateforme, elle a viré tous les complotistes, les antivax, les QAnon, les fans de Booba qui disent du mal des juifs, les Gilets jaunes qui parlent de Macron en 5G… Résultat ? Il ne reste plus que Tristan. Tristan et ses 1 209 posts annuels. Tristan qui traque l’extrême droite comme un labrador traque une saucisse. Tristan qui, à 58 ans et demi (on arrondit, c’est plus drôle), continue de poster à 3 h 14 du matin : « Encore un qui confond corrélation et causalité, c’est pathétique. » Pendant ce temps, Jay Graber, dans son bureau californien, relisait ça en boucle. Cinq ans. Cinq ans de « Observateur de l’extrême » à toutes les sauces. Le burn-out n’était plus une option, c’était une fatalité médicale.
Alors elle a fait ce que toute femme sensée ferait : elle a passé le bébé à Toni Schneider (un type qui a déjà dirigé Automattic, donc il connaît la douleur d’administrer un truc que personne n’utilise vraiment) et elle est partie s’occuper du « protocole AT ». Comprendre : elle va bidouiller des lignes de code loin, très loin des notifications où Tristan lui explique pour la 47e fois que l’extrême droite est « antisémite même quand elle critique Trump ».
Évidemment, Tristan va râler. Il râle déjà. Il râlera à 65 ans, à 70 ans, à 85 ans avec son déambulateur connecté. On l’imagine déjà à la maison de retraite, tablette à la main : « Les infirmières complotistes refusent de me donner mes pilules à 14 h 37 précises, c’est un scandale turbo-conspi ! » Les jeunes soignants fuiront la chambre en se bouchant les oreilles. Les oiseaux migreront plus tôt rien que pour ne plus entendre le son de ses notifications.
Jay Graber, elle, respire enfin. Elle a sauvé sa santé mentale. Bluesky, en revanche… eh bien Bluesky continue sa mue. C’est-à-dire qu’il va devenir un club très select de 43 millions de Tristan Mendes France en puissance, tous occupés à se féliciter d’avoir chassé les méchants pendant que personne ne vient jamais les rejoindre.
Bravo l’équipe. Vous avez créé le réseau social le plus pur du monde. Tellement pur qu’il n’y reste plus que l’antidote… et plus aucun poison à combattre.
Tristan, si tu lis ça (et tu vas le lire, on te connaît), prends ta retraite. Ou au moins mute-toi. Jay Graber t’en supplie depuis cinq ans.