Les dossiers Epstein, la Chine, et l'art de l'insinuation
Le commentateur chinois Victor Gao laisse entendre que Pékin détiendrait les dossiers Epstein non expurgés. Aucune preuve ne l'étaye. Mais dans une affaire où les témoins meurent avant de parler, l'insinuation est déjà une arme.
Il n'a rien affirmé, et c'est tout l'art. Interrogé par le média The Cradle, le juriste et commentateur chinois Victor Gao s'est vu poser la question frontale : « La Chine a-t-elle les dossiers ? » Sa réponse tient en une phrase, et elle est un petit chef-d'oeuvre d'insinuation : « À la fin, tout finit par sortir au grand jour. Patientez. » Puis : « C'est le moment parfait pour révéler pleinement les détails des activités de Jeffrey Epstein. »
Disons-le tout de suite, parce que c'est la seule chose qui compte : rien ne prouve que la Chine détienne quoi que ce soit. Un fact-check, publié le 20 mars 2026, conclut que l'affirmation est fausse, faute de la moindre source crédible, officielle ou de renseignement. Ce que Gao a produit, ce n'est pas une révélation. C'est une suggestion. Et une suggestion, en géopolitique, ça ne se dément pas : ça travaille tout seul.
L'arme de la suggestion
Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Les dossiers Epstein sont devenus une monnaie. Personne ne les montre, tout le monde prétend savoir ce qu'ils contiennent, et il suffit de laisser entendre qu'on « pourrait » les avoir pour peser dans une négociation qui n'a rien à voir avec la justice des victimes. Gao n'a pas besoin de brandir un document : il lui suffit de sourire et de dire « patientez ». Le doute fait le reste, gratuitement, chez son adversaire.
Et pendant que Pékin joue au maître du temps, l'Occident, lui, perd ses témoins. Epstein est mort en cellule en 2019. Jean-Luc Brunel aussi, en 2022. Et cet été, le recruteur Daniel Siad est mort à Colombes avant même sa première audition. D'un côté, des hommes qui savaient et qui s'éteignent sans parler ; de l'autre, un commentateur qui ne sait peut-être rien et qui parle beaucoup. Voilà l'état du dossier le plus scruté de la planète : beaucoup de bouches, très peu de pièces.
Ce qu'on retient
On ne retient donc pas que « la Chine a les fichiers », parce que c'est faux en l'état. On retient l'inverse : la facilité avec laquelle une phrase sans preuve devient un événement mondial, dès lors qu'elle touche à Epstein. Les vraies perdantes, encore une fois, ce sont les femmes qui attendaient un procès, une liste, un nom. Elles n'obtiennent, pour l'instant, que des maîtres du suspense. Gao compris.
Sources : interview The Cradle · fact-check (MEAWW, 20 mars 2026). À ce jour, aucune source officielle ne confirme la déclaration de Victor Gao.
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