Dix huit jours sans bus en Martinique, et pas une heure de grève
Depuis le 1er septembre, les réseaux de bus du Nord et du Centre de la Martinique sont à l’arrêt, rejoints le 7 par le Sud. La cause n’est ni une grève ni une panne : les marchés publics sont tombés le 31 août à minuit et les crédits manquaient pour émettre les bons de commande.
SOCIÉTÉ ET ARGENT PUBLIC · DOSSIER · 18 SEPTEMBRE 2026 · REGISTRE ENQUÊTE
Dix huit jours sans bus en Martinique, et pas une heure de grève
Le blocage n’est pas dans la rue. Il est dans un bon de commande qui n’a pas pu être émis.
Le calendrier, fait par fait
16 juillet 2026. Ouverture des inscriptions au transport scolaire. Procédure entièrement dématérialisée, tarifs harmonisés sur tout le territoire, clôture le 21 août, aucune dérogation cette année. C’est écrit noir sur blanc dans la communication officielle.
31 août 2026, minuit. Les marchés publics de transport arrivent à échéance.
1er septembre 2026, au matin. Aucun bus des réseaux Nord Caraïbe, Nord Atlantique et Centre ne quitte son dépôt.
7 septembre 2026. Les lignes SudLib s’arrêtent à leur tour, jusqu’à nouvel ordre. La rentrée scolaire vient d’avoir lieu. Une grande partie de l’île se retrouve sans réseau régulier.
15 septembre 2026, minuit. Chez Transaglo, un protocole met fin au mouvement social, avec reprise immédiate du travail et augmentation générale des salaires de 3 pourcent rétroactive au 1er septembre.
17 septembre 2026. Reprise attendue dans le Nord. Dans le Centre, le redémarrage de certaines entreprises est annoncé pour le début de la semaine suivante.
La cause, telle que l’autorité l’écrit elle même
Le point capital est dans le communiqué de Martinique Transport, l’autorité organisatrice, publié le 4 septembre. L’interruption n’est liée ni à des pannes de véhicules, ni à une décision des transporteurs, ni à une décision des conducteurs.
Les décisions de renouvellement et de prolongation des marchés avaient bien été prises en amont. Leur mise en œuvre s’est heurtée à l’absence de crédits budgétaires permettant d’émettre les bons de commande nécessaires. Sans bon de commande, les véhicules ne peuvent pas être engagés dans le cadre du service public. Ils sont là. Ils fonctionnent. Ils ne sortent pas.
Le mot juste est donc « blocage juridique et budgétaire ». Ce sont les termes de l’autorité, pas les nôtres.
Les montants en jeu
7,5 M€ Demandés par la Collectivité Territoriale de Martinique aux trois intercommunalitésLa répartition demandée est publique · 1,5 million d’euros à Cap Nord, 2 millions à Espace Sud, 4 millions à la CACEM. La CTM, de son côté, apporterait 80 millions d’euros. La somme qui manquait pour que les bus roulent représente donc moins de 9 pourcent de l’effort total porté par la collectivité.
Le président du Conseil exécutif de Martinique et celui de Martinique Transport travaillent avec les présidents des trois EPCI partenaires pour trouver des solutions financières. Un comité technique se réunit régulièrement. Ces phrases figurent dans la communication officielle du 4 septembre.
Qui reste à l’arrêt de bus
Le transport scolaire et le TCSP ont continué de circuler. Le reste, non. L’autorité elle même énumère les publics touchés · les salariés, les scolaires hors circuits dédiés, les étudiants, les personnes âgées, et ceux qui doivent se rendre à un rendez vous administratif ou médical.
Autrement dit, la population qui n’a pas de voiture. Dans un département où l’offre alternative est mince, l’absence de bus ne produit pas une gêne, elle produit une assignation à résidence.
L’asymétrie
Rapprochez deux dates. Le 21 août, les familles devaient avoir terminé leur inscription en ligne, dans les délais, sans aucune dérogation. Le 31 août à minuit, l’autorité publique n’était pas, elle, en mesure d’honorer son propre calendrier.
La rigueur de procédure a été exigée dans un seul sens. Ce n’est pas une accusation, c’est une chronologie. Elle est vérifiable ligne à ligne.
Nous avons déjà documenté cette forme précise de défaillance · le cadastre qui attend un état de service, l’eau sale et le classement propre, les lettres plafonds et les quelques jours demandés pour un plan. Ce n’est jamais une décision annoncée. C’est toujours une ligne qui n’a pas été ouverte à temps.
Le silence, mesuré
Trois jours d’interruption de bus en Île de France ouvrent un journal de 20 heures. Dix huit jours sans réseau régulier dans un département français ont été couverts par la presse locale, ZayActu, Martinique la 1ère, RCI, et par elle seule. Le 15 septembre, quand cinq cortèges défilaient dans l’Hexagone, une partie de la Martinique en était à son quinzième jour sans bus.
La couverture nationale d’un service public interrompu décroît avec la distance au siège des rédactions. Ce n’est pas une théorie. C’est un fait mesurable, et il se mesure en kilomètres.
Où en est le dossier
Au 17 septembre, la reprise était attendue sur le Nord et annoncée comme progressive sur le Centre pour le début de la semaine du 21. La question du financement pérenne du transport public en Martinique, elle, n’est pas résolue. Les marchés qui sont tombés le 31 août 2026 retomberont.
▸ ZayActu, 4 septembre 2026
▸ Martinique la 1ère, 16 septembre 2026
▸ Martinique la 1ère, inscriptions scolaires, juillet 2026
▸ RCI Martinique, septembre 2026
▸ Dans nos colonnes · la coalition de Bercy sur le budget 2027
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