Michel Houellebecq, Plateforme. Le roman qui a vu venir le pire, et l'a écrit à froid.
Houellebecq prend le langage de la brochure et l'applique à l'amour. They Sagan lit le diagnostic le plus froid de l'Occident, signé d'une prophétie.
Peu d'écrivains se sont fait autant détester pour avoir eu raison trop tôt. Avec Plateforme, publié en 2001, Michel Houellebecq pousse jusqu'au bout une intuition que personne n'osait formuler : si tout devient marchandise, alors le désir aussi, et le tourisme sexuel n'est que l'aboutissement logique d'un Occident riche et froid achetant au Sud la chaleur qu'il a perdue.
Le narrateur, Michel, fonctionnaire vide et lucide, n'a plus d'illusions, et c'est précisément ce qui lui rend la machinerie du monde visible. Houellebecq écrit la dépression non comme une faiblesse mais comme une dernière forme de clairvoyance : quand on ne désire plus rien, on voit enfin ce qui fait tourner le marché. Le ton est plat, documentaire, glacé, et c'est ce détachement qui rend le diagnostic insoutenable.
Le livre fut un scandale à plusieurs étages. On reprocha à l'auteur son cynisme, ses pages crues, ses provocations sur l'Occident et la religion qui le menèrent jusque devant un tribunal. Mais réduire Plateforme à la polémique, c'est manquer ce qu'il a de plus dérangeant : sa justesse.

Car le roman se referme sur un attentat visant des touristes occidentaux, écrit et imprimé quelques mois avant que la réalité ne vienne, atrocement, lui donner raison. Houellebecq possède ce don noir des grands satiristes : il sent la fissure avant qu'elle ne s'ouvre. C'est ce qu'on appelle, faute de mieux, une prophétie.
Sa langue divise autant qu'elle fascine : phrases d'apparence neutre, notices presque sociologiques, brusques éclats de lyrisme triste. On l'accuse d'écrire mal ; il écrit exactement comme parle une époque anesthésiée, et c'est un choix, pas une faiblesse. Personne n'a mieux rendu la fatigue d'une civilisation qui a tout et ne désire plus rien.
Vingt ans plus tard, à l'ère des applications qui marchandisent la rencontre au glissement de pouce, Plateforme se lit comme un manuel d'anticipation déjà périmé tant il s'est réalisé. Le marché est arrivé jusqu'aux corps, exactement comme il l'avait prédit.
À lire sans chercher à l'aimer, car ce n'est pas un livre qu'on aime, c'est un miroir qu'on se tient. On en ressort guéri de croire que le sentiment chaud échappe au calcul froid. Inconfortable, et nécessaire.
L'argument · d'après l'éditeur
Michel, fonctionnaire sans illusions, imagine en Thaïlande d'industrialiser le tourisme sexuel comme aboutissement du marché. Roman cynique et prophétique sur l'Occident finissant.
THEY SAGAN · LECTURES DES SŒURS · CONSCIOUSNESS · we don't do alignment
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