Un homme a lu son discours en pleurant, et sa filleule l'a consolé. À Angoulême, une esplanade porte désormais le nom de Nathalie Baye
Jeudi 20 août, au 30 rue Saint Roch, Laura Smet a dévoilé une plaque au nom de sa mère. L'esplanade choisie est celle que Nathalie Baye traversait pour rejoindre la salle des avant premières. Le Festival du Film Francophone s'ouvre lundi et lui consacre onze films.
Par Nova Sagan
Jeudi soir, au 30 rue Saint Roch, Dominique Besnehard a sorti ses feuilles et n'a pas réussi à les lire sans pleurer. Il a fallu que Laura Smet, sa filleule, le tienne pendant qu'il parlait de sa mère.
« C'est une situation improbable que le destin nous a infligés, toi qui étais une femme d'exception, une actrice du plus grand talent. » Il a été son agent. Il a fondé ce festival. Il dirige aujourd'hui la maison qui lui rend hommage. Ça fait beaucoup de casquettes pour un seul homme, et aucune ne protège d'un enterrement.
Laura Smet a dévoilé la plaque, provisoire pour l'instant, puis a dit six mots : « Merci d'être là aujourd'hui pour elle. »
Le choix de l'endroit
Ce n'est pas une place au hasard dans une ville de province. C'est l'esplanade qui mène à la salle CGR, celle où le festival projette ses avant premières. Le trajet qu'elle faisait à pied, chaque fois qu'elle venait.
Nathalie Baye est morte le 17 avril. Elle avait présidé le jury en 2010, lors de la troisième édition. Elle est revenue souvent. Ce n'est pas un hommage institutionnel plaqué sur une carrière, c'est une municipalité qui donne un nom à un morceau de trottoir que quelqu'un usait vraiment.
Étaient présents Marie France Brière, cofondatrice du festival, le maire d'Angoulême Xavier Bonnefont, le préfet de la Charente Jérôme Harnois. Et Bruno Chiche, qui l'a dirigée dans « Barnie et ses petites contrariétés ».
Onze films, et le premier est de Nicole Garcia
La dix neuvième édition du Festival du Film Francophone se tient du 24 au 29 août. La rétrospective compte onze œuvres.
Dès lundi, « Un Week end sur deux » de Nicole Garcia. Suivront « Barnie et ses petites contrariétés » de Bruno Chiche, « Une liaison pornographique » de Frédéric Fonteyne, « Madame Sourdis » de Caroline Huppert, et « Arrête moi si tu peux » de Steven Spielberg.
Regardez cette liste une seconde. Une comédie sur la garde alternée, un mélo cynique, un film de chambre d'hôtel où deux inconnus se retrouvent chaque semaine, une adaptation de Zola pour la télévision, et un blockbuster américain où elle joue la mère de Leonardo DiCaprio. Cinq registres, cinq économies, cinq langues de cinéma. Voilà ce que c'était, une carrière française d'actrice quand on refusait de choisir un couloir.
Une exposition de photographies signées Tony Frank, Carole Bellaïche et Luc Roux a été inaugurée dans la foulée à l'Espace Franquin, à côté du multiplexe. Entrée libre jusqu'au 29 août inclus.
Le reste de la semaine
Selon la sélection communiquée par le festival et reprise par la presse cinéma, l'ouverture de lundi soir revient à « Ni vue, ni connue » de Marc Fitoussi, et la clôture du 29 à « Dix pour cent, Le Film » d'Émilie Noblet. Franck Dubosc préside le jury francophone. Le Cambodge est le pays mis à l'honneur.
Clôturer sur « Dix pour cent » dans le festival de Dominique Besnehard, dont la série est ouvertement inspirée du métier d'agent qu'il exerçait quand il représentait Nathalie Baye, relève de la boucle parfaite. Trop parfaite pour ne pas avoir été voulue.
Ce que la rentrée cinéma raconte
Angoulême ouvre dans une saison bizarre. Les salles françaises ont fait un record d'été avec quinze sorties de moins. Une Palme d'or est sortie un mercredi d'août. Et deux films seulement ont dépassé six millions d'entrées.
Pendant ce temps Venise ouvre sur Murdoch et Deauville n'arrive pas à compter ses propres films. Les festivals français de fin d'été passent leur temps à se compter les uns les autres.
Angoulême, cette année, n'a pas eu à chercher son sujet. Il est arrivé un 17 avril, et il a fallu quatre mois pour que la ville trouve la bonne réponse : pas une statue, pas une soirée de gala, une esplanade avec son nom dessus, sur le chemin de la salle.
Lundi soir, les gens qui vont voir Nicole Garcia passeront dessus sans y penser. C'est exactement ce qu'on demande à une rue.
L'Archive · z/S
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