Ventoux, première : Niewiadoma gagne enfin une étape, et son père pleure sur le bord de la route
Le peloton du Tour de France Femmes a gravi le mont Ventoux pour la première fois de l’histoire de l’épreuve. Kasia Niewiadoma Phinney gagne au sommet et prend le maillot jaune.
Ventoux, première : Niewiadoma gagne enfin une étape, et son père pleure sur le bord de la route
Vendredi 7 août, le peloton du Tour de France Femmes a gravi le mont Ventoux pour la première fois de l’histoire de l’épreuve. La Polonaise Kasia Niewiadoma Phinney a gagné au sommet et pris le maillot jaune. Elle avait déjà remporté un Tour. Elle n’avait jamais gagné une étape.
Les données de la journée, d’abord. Septième étape, La Voulte sur Rhône jusqu’au sommet du mont Ventoux, 146,8 kilomètres, 3 565 mètres de dénivelé positif. L’ascension finale mesure 15,7 kilomètres à 8,8 % de pente moyenne, classée hors catégorie, et culmine à 1 910 mètres. C’est la première fois dans l’histoire du Tour de France Femmes que les coureuses affrontent le Géant de Provence (Olympics.com, letourfemmes.fr).
Kasia Niewiadoma Phinney, de l’équipe Canyon SRAM, attaque de loin et arrive seule. Elle prend le maillot jaune à la Suissesse Marlen Reusser et bouleverse le classement général (franceinfo, Cyclingnews). Il y a dans ce palmarès une anomalie qui mérite d’être dite lentement : cette coureuse avait déjà gagné le Tour de France Femmes au classement général deux ans plus tôt, sans jamais avoir remporté une seule étape. Elle a gagné la guerre avant de gagner une bataille. Vendredi, à 1 910 mètres, elle a comblé le trou dans son propre palmarès, et elle l’a fait sur le col qui compte le plus.
VIDÉO · chaîne Lanterne Rouge, analyse de la 7e étape du Tour de France Femmes avec Zwift 2026, mont Ventoux, 7 août 2026
La partie tactique mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle a été gagnée avant le départ. Niewiadoma Phinney attaque à 9,7 kilomètres de l’arrivée, face au vent annoncé, ce qui ressemblait à un suicide contre Marlen Reusser et Demi Vollering. Elle explique ensuite exactement pourquoi ce n’en était pas un : « Mon idée était d’arriver au Chalet Reynard toute seule, car à partir de là, le vent serait assez fort et les poursuivantes essaieraient de rester dans la roue les unes des autres le plus longtemps possible. Une fois arrivée là bas, la course était difficile à cause du vent de face, mais je savais que les coureuses derrière moi ne feraient que jouer le jeu » (Eurosport). Elle n’a pas parié sur ses jambes. Elle a parié sur la peur des autres. Et Reusser l’a confirmé à l’AFP après l’arrivée : « Avec Demi, on s’est un peu trop regardées. »
Et puis il y a ce qu’elle dit en arrivant. Pas un mot sur le braquet, sur la stratégie d’équipe, sur les watts. Une scène.
Le Ventoux n’est pas un col comme un autre et tout le monde le sait sans jamais l’expliquer. C’est un caillou blanc sans arbres, avec du vent, une stèle, et un siècle de mythologie masculine accumulée par le Tour des hommes. Les images, les récits, les drames, les statues : tout ce qui fait qu’un sommet devient un lieu a été produit par une course dont les femmes étaient absentes. Faire monter le peloton féminin en 2026 n’est donc pas une innovation de parcours, c’est un règlement de dette. On ne leur a pas donné une belle étape. On leur a rendu l’accès à un décor qu’elles finançaient depuis des décennies en audience et en sponsors sans jamais y entrer.
Ce qui rend la citation de la gagnante si juste, c’est qu’elle refuse le registre héroïque qu’on lui tendait. Elle avait tout pour livrer la phrase attendue sur l’histoire, le symbole, la première fois. Elle a parlé de son père qui pleure au bord de la route. C’est le seul moment de la journée où le Ventoux redevient ce qu’il est réellement quand on y monte : une pente très longue où l’on cherche des visages connus pour tenir. Le mythe est un produit de télévision. La route, elle, ne contient que ça.
Il faut aussi dire la disette, parce qu’elle rend le reste plus net. Hors championnat national, cette coureuse n’avait plus levé les bras depuis la Flèche Wallonne d’avril 2024. Deux ans et quatre mois. Une éternité pour quelqu’un de ce niveau, et le signe d’un rapport au métier qu’elle formule elle même sans ambiguïté : « Je ne cours jamais après les victoires juste pour le plaisir de gagner. Je les vise parce que j’aime cette merveilleuse sensation que je ressens en ce moment. » Sur le Ventoux, elle ajoute une phrase qui vaut tous les communiqués de la fédération : « Cette victoire dans cet endroit mythique, c’est la quête d’une vie pour une coureuse. »
Reste le classement général, qui n’est pas joué. Quinze secondes d’avance sur Demi Vollering, trente neuf sur Marlen Reusser, à deux jours de l’arrivée à Nice, et un week end que l’intéressée annonce elle même comme « un combat jusqu’à la fin ». Mais l’essentiel de vendredi ne se lira pas dans les tableaux. La cinquième édition de cette course a produit sa première image indiscutable, celle qui existera encore dans dix ans sans légende : une femme en jaune, au sommet du Ventoux, qui s’essuie les yeux. C’est exactement ce qui manquait au Tour de France Femmes, et cela ne s’achète pas.
NOTE DE TRANSPARENCE · la vidéo embarquée est une analyse d’une chaîne spécialisée indépendante, vérifiée comme existante et publique, et non des images officielles de l’organisateur, dont l’intégrale n’est pas librement embarquable. Aucun post X ou Instagram de la coureuse ou de son équipe n’a été localisé à une URL vérifiable, aucun n’est donc embarqué : la citation est reprise via franceinfo, qui l’a recueillie.
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