Il a promis 5 000 dollars à chaque adulte américain contre deux chambres, puis il a dansé. En 2025 il en promettait 2 000, jamais versés
Dallas, 9 septembre. Donald Trump promet 5 000 dollars à chaque adulte américain si les républicains gardent la Chambre et le Sénat le 3 novembre. Facture estimée : 1 200 milliards, soit les deux tiers du déficit fédéral annuel. En 2025, il en promettait 2 000. Ils n’ont jamais été versés.
Il a promis 5 000 dollars à chaque adulte américain contre deux chambres, puis il a dansé. En 2025 il en promettait 2 000, jamais versés
La photo AP montre la fin du discours. Il danse. Les bras pliés, les poings fermés, le balancement d’épaules qu’on lui connaît. Derrière lui, trois rangs de militantes en veste rouge brandissent des drapeaux imprimés, un par main, et devant lui trois étoiles dorées géantes courent sur le bandeau de scène. Convention exceptionnelle des militants républicains, Dallas, Texas, mercredi 9 septembre 2026. Crédit : Tony Gutierrez, Associated Press.
Deux minutes plus tôt, il avait dit ceci.
Puis, immédiatement : « Je vous demande de faire comme si j’étais sur le bulletin. » Et plus loin : « Faites comme si je me présentais et allez voter le 3 novembre ou plus tôt. »
Faisons les comptes, parce que c’est là que ça devient intéressant.
La promesse faite mercredi soir pèse donc les deux tiers du trou que les États Unis creusent chaque année. Aucun mécanisme de financement n’a été présenté. Un programme fédéral de cette ampleur exigerait une base législative, donc le Congrès, donc précisément les deux chambres qui font l’objet du pari. La promesse est son propre préalable.
Le vice président J.D. Vance a défendu l’idée sur Fox News, en désignant les recettes douanières comme source : « Le président dit simplement que si vous nous maintenez au pouvoir, vous bénéficierez du partage de cette richesse incroyable que nous créons. » Les mêmes droits de douane qui, selon les analyses citées, alimentent l’inflation persistante et la hausse du prix de l’essence que les républicains doivent affronter en campagne. Nous avions raconté l’autre bout de cette chaîne, côté canadien.
Ce n’est pas la première fois. En 2025, il promettait déjà un dividende, de 2 000 dollars, financé par les droits de douane. Il n’a jamais été concrétisé. « Il a monté les enchères des 2 000 dollars précédents », résume Maud Quessard, directrice du domaine Espace Transatlantique et Russie à l’IRSEM.
Côté droit, la frontière est nette et elle passe juste à côté. Le 18 U.S.C. § 597 prévoit des sanctions en cas de paiement ou d’offre de paiement « en considération » d’un vote. Mais le versement promis à Dallas n’est pas conditionné au bulletin d’un électeur : il est conditionné à une victoire collective du parti dans les deux chambres. La distinction est réelle et elle ne permet pas, à elle seule, de qualifier une infraction pénale. Ce qui est dit ici, ce n’est donc pas que la loi a été violée. C’est qu’elle a été lue avec attention avant d’être contournée par la syntaxe.
Elle ajoute la phrase qui devrait tenir lieu de mode d’emploi à toute la presse : « Plus il sort des choses qui permettent d’occuper le fil médiatique, moins on fait attention aux transformations de fond. » On connaît la méthode. Nous l’avons vue jouer le jour où il a proposé de rebaptiser un détroit stratégique sur son réseau, et le jour où un avion leurre a occupé les radars d’Ankara.
Pendant ce temps, en France, un autre corps électoral se prépare : 162 000 grands électeurs désignent 178 sénateurs le 27 septembre. Personne ne leur a promis un centime. Ils n’en ont pas besoin. Ils sont déjà élus.
2 000 dollars promis en 2025, jamais versés. 5 000 dollars promis en 2026, contre deux chambres. Le prix d’une majorité américaine a été multiplié par 2,5 en 12 mois, et il n’a pas encore été payé une seule fois.
· Public Sénat, « Ça s’appelle de la corruption civile », 10 septembre 2026 · lien
· Photographie Associated Press, Tony Gutierrez, Dallas, 9 septembre 2026, diffusée par SIPA
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