Trump veut donner son nom au détroit d’Ormuz. C’est le troisième lieu qu’il rebaptise en sept mois
Le golfe du Mexique, puis le lac Ontario le 27 août, maintenant Ormuz. La méthode ne change pas : on ne prend pas le territoire, on prend le mot. Sauf que ce détroit est fermé depuis 187 jours et que Téhéran affirme toujours le contrôler.
Trump veut donner son nom au détroit d’Ormuz. C’est le troisième lieu qu’il rebaptise en sept mois
Printemps 2026 · le golfe du Mexique devient golfe d’Amérique dans les documents fédéraux
13 août 2026 · l’état major iranien qualifie de mensonges les affirmations américaines sur le contrôle du détroit
27 août 2026 · décret signé, le lac Ontario devient lac Amérique. Google Maps l’applique aux utilisateurs américains
2 septembre 2026 · sur Truth Social, Trump propose le détroit Trump
La phrase tient en une ligne. « Maintenant que nous en avons le contrôle, devrions nous rebaptiser le détroit d’Ormuz détroit Trump ? » Publiée mercredi sur Truth Social, sous forme de question, ce qui est la manière habituelle de tester une décision déjà prise.
Regardez la proposition subordonnée, pas la principale. Tout le litige est dans « maintenant que nous en avons le contrôle ». Le 13 août, un porte parole du commandement central iranien a déclaré que les affirmations américaines sur un trafic redevenu normal n’étaient « que mensonges et inventions », et que le détroit restait sous gestion et contrôle total de la République islamique. Deux États revendiquent le même bras de mer. L’un des deux propose de le signer.
Nous avons passé l’été à compter ce qui traverse Ormuz. En août, nous écrivions que l’Iran n’avait pas fermé le détroit mais l’avait transformé en péage. Deux semaines plus tard, le guichet et les passe droits pétroliers irakiens confirmaient la mécanique. Le 25 août, quatre navires seulement traversaient un dimanche, et le comptage ne comptait que ceux qui acceptaient d’être comptés. Aucun de ces relevés ne décrit un passage sous contrôle américain. Ils décrivent un passage sous contrôle de personne, ce qui n’est pas la même chose, et ce qui n’empêche personne de le nommer.
La méthode a un précédent immédiat et il est documenté. Le 27 août, un décret a changé « immédiatement » le nom du lac Ontario en lac Amérique dans les documents, contrats, cartes et bases de données du gouvernement fédéral. Le premier ministre canadien Mark Carney a répondu que le lac s’appelait ainsi « aujourd’hui et pour toujours ». La gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, a refusé d’employer le nouveau nom. Deux refus solennels, sans effet pratique. Dans le même temps, Google Maps a basculé l’appellation pour ses utilisateurs américains.
Voilà le vrai sujet. Entre la déclaration d’un chef d’État et la carte que consulte un adolescent sur son téléphone, il y a désormais un intermédiaire privé qui exécute en quelques heures ce que les chancelleries mettent des décennies à négocier. Le décret ne change pas la souveraineté du lac. Il change ce que la carte affiche. Et ce que la carte affiche est, pour presque tout le monde, ce qui existe.
Il reste une différence entre les trois cas, et elle compte. Le golfe du Mexique borde les États Unis. Le lac Ontario aussi, pour moitié. Le détroit d’Ormuz, lui, sépare l’Iran d’Oman et des Émirats. Aucun mètre de côte américaine. Rebaptiser un lieu que l’on ne borde pas, que l’on n’administre pas et dont l’adversaire revendique le contrôle, ce n’est plus une querelle de cartographie. C’est une revendication déposée par avance, gratuite, réversible, et qui coûte le prix d’un message.
En juillet, nous regardions déjà comment un seul mot, capitulation, faisait tout le travail dans ce conflit. Le mot revient, et il a changé de fonction. Il ne décrit plus l’issue. Il prend date.
Le détroit fait 39 kilomètres dans sa partie la plus étroite. Il porte le nom d’une île, Hormuz, qui le lui a donné bien avant qu’il existe une base de données fédérale pour en changer. Vu du satellite, il n’affiche rien du tout. Juste une entaille bleue entre deux déserts, la même qu’avant la guerre, la même qu’après le décret, indifférente à ce qui s’écrit dans les bases de données de Washington. Les cartes changeront peut être. L’eau, elle, ne signe rien.
Anthropic montre 16,8 milliards en un trimestre, Kroger coupe 3 000 postes au nom de l’IA, les obligations de CoreWeave rapportent 15 %. Samedi, 550 000 manifestants contre la vie chère. La relecture de la semaine.
Selon Jefferies, la croissance des bénéfices attendue pour les valeurs de l’IA passe de près de 100 % en 2026 à 22 % en 2028, à 23 fois les bénéfices contre 13 hors IA. En mai, la banque les disait les moins chères.
Samedi 17 octobre, Laurent Nuñez compte 550 000 manifestants contre la vie chère, les organisateurs 800 000. Le matin, on en attendait entre 60 000 et 110 000. L’hôtel de ville de Limoges a brûlé.
Sept questions pour situer votre organisation sur la courbe de Libres d’obéir : où pouvez-vous encore freiner ? Deux minutes, rien n’est enregistré.
Le management a-t-il des sources nazies ? Chapoutot dit oui et non. Ses critiques l’attaquent sur la méthode. Nous instruisons la querelle jusqu’au verdict.
Un général SS devenu le pape du management ouest-allemand, 600 000 cadres formés à la délégation de responsabilité : ce que raconte vraiment le livre de Johann Chapoutot.