Pourquoi lui ?
Parce qu’il est l’un des plus brillant historien français de la période contemporaine, enseignant à l’Ohio State University. Spécialiste de la Grande Guerre, il a, dès le début, basé son doctorat sur la démobilisation des soldats. Parce que ce qui l’intéresse, c’est de regarder l’Histoire par la lorgnette des histoires personnelles. De ces lorgnettes qui donnent souvent sur des télescopes.
Parce que l’Histoire est d’abord faîte d’humains et qu’à une époque où chacun sait écrire, il serait idiot de laisser encore les vainqueurs écrire seuls l’Histoire.
Où le lire ?
Le matin, avant de vous lever. Vos enfants compliqués, votre conjoint(e) mal réveillé(e), votre patron… tous, vous paraîtront plus facile à supporter.
À ne pas lire devant le journal télévisé, sinon vous vous verrez déjà mobilisé.
Le passage à retenir par cœur ?
« L’historien Daniel Halévy a quitté la station thermale de la Bourboule le matin du 1er août, par le funiculaire, pour faire une promenade en montagne. Il redescend dans la vallée vers les 18 heures et croise un groupe de jeunes gens, qui l’interpellent : « On mobilise !… Un coup de téléphone l’a annoncé. » Je ressens un choc, mais léger. Pour moi, la chose était faite, moralement faite. Nous rencontrons le tambour et le garde-champêtre dans le village. Les deux hommes s’arrêtent devant l’école, le tambour bat, le garde lit, l’appel. sept ou huit personnes étaient là. Nous ôtons nos chapeaux. « Vive la France !» crie un vigoureux ouvrier. Nous nous éloignons. Il nous semblait avoir assisté à un scène de théâtre. » Beaucoup d’autres témoins disent cette impression d’irréalité à l’annonce de la guerre. La solennité du moment étouffe toute spontanéité, au point que les gestes, les prises de parole, les sentiments mêmes semblent artificiels. De plus, l’événement a été tant de fois imaginé ou anticipé qu’il est presque banal au moment où il intervient. Une petite affiche blanche, collée sur un mur, c’est donc cela une entrée en guerre ? Les soldats écriront la même chose dans leurs lettres et leurs carnets, le 11 novembre 1918 : c’était donc cela, ce moment tant attendu ? »
À qui l’offrir ?
Aux dirigeants de ce monde. Aucun n’ignore l’horreur de la guerre. Mais la guerre a sa propre réalité que chacun accepte. La vraie horreur se tient dans ce flou, cette transition entre la normalité et le cauchemar. Ce moment où l’homme devient soldat, où il passe de la moisson à la tuerie. Ce basculement des valeurs, des normes, ce renversements des esprits, dont le retour à la normal n’est toujours qu’hypothétique.

Août 14, Bruno Cabanes, Gallimard, 212 P., 19,90 €
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La rédaction
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