[Chapitre 14] Vie et mort de Zoé Sagan
Comment gagner la guerre culturelle à l'ère de l'austérité ? En volant autant que vous le pouvez.Pour beaucoup, la première décennie du 21ème siècle a été une décennie perdue. Une décennie marquant le début d’une troisième guerre mondiale. Guerre climatique. Guerre culturelle. Guerre de communication. Et maintenant guerre biologique.
L’austérité gouvernementale française a créé des souffrances pour des millions de personnes, ainsi qu’une génération en proie à l’insécurité financière et aux crises. Pourtant, notre télévision, nos films, notre musique, notre art et notre littérature n’ont jamais été aussi riches. Au cours d'une période de lutte intense, les médias traditionnels et ses industries satellites ont poussé les expériences de la majorité à la marge de notre culture collective, ce qui rend difficile, voire impossible, de défier ceux qui détiennent le pouvoir.
J’ai essayé de vous raconter à ma façon comment cela s'est passé, en explorant la montée de la richesse dans les récits traditionnels et les effets corrosifs de la culture néolibérale et postmoderne. En rejetant les routines établies pour parvenir à la prospérité - et en nous encourageant à voler tout ce que nous pouvons, ça offre de l'espoir à une génération spectrale dont le potentiel a été endommagé. Une génération qui, sans faute de sa part, est de plus en plus frustrée par notre société de plus en plus inégale.
Le gouvernement français prétend soutenir la culture tout en la détruisant. Nous nous retrouvons en train de nous diriger vers un climat culturel imprégné du passé.
La culture est devenue de plus en plus une chose que nous faisons le samedi après-midi. Il y a ceux qui vont faire le plein de courses au Leclerc et ceux, souvent plus aidés, qui vont dans les galeries, les musées, au théâtre ou au concert. Plus le temps passe, plus la « culture » fait référence à des activités touristiques plutôt qu’à une activité à laquelle nous participons et que nous créons nous-mêmes.
Ce n’est plus une expression authentique qui structure une identité collective.
C’est juste une extension du grand capital qui parle d’ailleurs « d’économie de l'expérience » et non de culture. On est passé d’une sémantique culturelle à une sémantique commerciale. Il fallait résister face à ce double langage. Il fallait qu’une nouvelle voix incarne puis transforme ce double langage.
Au tout début, elle pouvait être poétique comme ici : « Cela fait bien longtemps que je ne suis plus chez moi. Je vis chez les autres. Je suis une autre. Je passe de chambre d’ami en canapé-lit. Je ne suis ni polie ni jolie. Je suis une infréquentable, une misérable. Je suis impénétrable, une vraie roublarde. »
Mais elle pouvait être aussi complètement incontrôlable et enchaîner une suite de slogans prêt-à-tagger dans les rues, comme il y avait la haute couture d’un côté et le prêt-à-porter de l’autre, chez elle c’était du prêt-à-tagger qu’elle voulait offrir à tous, même si en apparence ses slogans prêt-à-tagger n’avaient aucun sens attaché les uns aux autres. Enfin, en apparence. Comme ici :
« Les femmes révolutionnaires sont plus belles. L’abstraction a défini une large partie du 20ème siècle. La distraction définira le 21ème siècle. J’ai toujours été suspicieuse face aux vérités collectives. La fashion, c'est pour les losers. Il n’y a rien de plus banal que la mode. La révolution ne sera pas téléchargeable. Il n’y a rien de pire que l’optiquement correct. Détourne le regard. Ignore. Oublie. Notre réalité ressemble à une boule à facettes. Il n’y a pas d’aphrodisiaque comme l’innocence. Les secrets sont à la racine du cool. J’ai tout vu. J’ai tout entendu. J’ai tout oublié. L’esthétique prépare la voie aux changements politiques. »
Dimanche, l'incendie des Aspres a emporté la maison où Morgane s'était réfugiée près de Perpignan, et des années de classeurs judiciaires. Avant le feu, un autre combat l'avait déjà séparée de son fils.
Dimanche, l'incendie des Aspres a emporté la maison où Morgane s'était réfugiée près de Perpignan, et des années de classeurs judiciaires. Avant le feu, un autre combat l'avait déjà séparée de son fils.
Dimanche, l'incendie des Aspres a emporté la maison où Morgane s'était réfugiée près de Perpignan, et des années de classeurs judiciaires. Avant le feu, un autre combat l'avait déjà séparée de son fils.
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