Non, Glucksmann n'a pas fait « un coup d'État CIA à Maïdan ». Anatomie d'une accusation
Une rumeur relie Léa Salamé, Caroline Fourest et Raphaël Glucksmann à un prétendu coup d'État de la CIA à Maïdan en 2014. Décryptage d'un montage qui recycle un narratif du Kremlin, et de ce qui est réellement documenté.
L'accusation tourne en boucle, alors autant l'écrire une fois, proprement, pour mieux la défaire. Elle dit ceci : si Léa Salamé défend Caroline Fourest, que Matthieu Pigasse critique, ce serait parce que Raphaël Glucksmann, compagnon de la journaliste, aurait été « avec Fourest dans le coup d'État CIA à Maïdan en 2014 ». Trois personnes réelles, un événement, une conclusion qui se veut imparable. Le problème, c'est que l'événement tel qu'il est décrit n'a pas existé, et que le fil qui relie les trois est cousu de rien.
Ce que Maïdan a réellement été
Les faits sont établis et datés. En novembre 2013, le président Ianoukovitch renonce à signer l'accord d'association avec l'Union européenne. Des manifestations démarrent place Maïdan, à Kiev. Elles durent tout l'hiver. Entre le 18 et le 20 février 2014, ce sont les journées les plus meurtrières, avec une cinquantaine de morts côté manifestants. Le 22 février, Ianoukovitch quitte Kiev pour la Russie, le Parlement vote sa destitution. Dans la foulée, Moscou annexe la Crimée. C'est une révolution populaire suivie d'une réaction russe, documentée par des dizaines de sources indépendantes.
La présentation de cette séquence comme un « putsch fomenté par l'Occident » est un récit poussé par le Kremlin et ses médias d'État, précisément pour justifier l'annexion de la Crimée puis l'invasion de 2022. Les observateurs européens de la désinformation, comme EUvsDisinfo, qualifient ces affirmations de sans fondement. Le fameux « 5 milliards de la CIA » attribué à Victoria Nuland est une phrase sortie de son contexte, qui désignait des dépenses américaines totales étalées sur vingt ans. Reprendre « Maïdan, coup d'État CIA » comme un fait, en 2026, c'est réciter Moscou sans le savoir.

Ce que la rumeur invente
Le lien Fourest / Glucksmann à Maïdan n'existe dans aucune source. Ce qui est documenté sur Caroline Fourest et l'Ukraine, c'est un tout autre épisode : en 2014, le CSA lui a reproché un manque de rigueur dans un reportage sur la guerre russo ukrainienne. Cela concerne une méthode journalistique, contestée, pas une présence à Kiev aux côtés de qui que ce soit. Quant à l'enchaînement « Salamé défend Fourest parce que son compagnon serait compromis », c'est une causalité purement spéculative, une rumeur de réseaux, jamais un fait.
Le contexte réel, lui, est plus prosaïque et vérifiable. Caroline Fourest, à Franc Tireur, a publiquement critiqué Matthieu Pigasse, propriétaire du groupe qui détient Radio Nova, l'accusant de mettre ses médias au service d'une ligne politique. Une querelle médiatique française de 2026, documentée, qui n'a aucun rapport sourçable avec l'Ukraine de 2014. La rumeur prend deux histoires vraies, un couple public et une brouille de patrons de presse, et les soude à un événement falsifié pour produire l'illusion d'un complot.
On ne défend ici ni les personnes ni leurs opinions, sur lesquelles chacun jugera. On défend une hygiène. Une accusation qui recycle un narratif du Kremlin pour salir trois figures publiques françaises n'est pas une info que l'on relaie, c'est un mécanisme que l'on expose. Le réel est déjà bien assez rude sans qu'on lui ajoute des coups d'État imaginaires. Le mal se documente. L'invention, elle, se démonte.
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