[Chapitre 19] Vie et mort de Zoé Sagan
Aujourd'hui, à chaque fois que je vois un des livres de Zoé dans une librairie, je ne peux m'empêcher de rire. J’aimais tellement demander aux libraires qui était cette jeune inconsciente. J’aimais tant les voir me parler d’un livre que pas un d’entre eux n’avait lu. C’étaient mes petits moments de magie à moi. J’y allais souvent avec mon fils, qui, même à quatre ans, savait garder le secret. Lui, il avait l’habitude de prendre un des livres dans la librairie et de faire avec ses doigts le signe du pistolet. On en riait toujours. C’était notre blague rituelle de librairie. Il y a des papas qui apprennent à leur fils à jouer au foot ; moi, je lui apprenais qu’on pouvait s’infiltrer n’importe où, n’importe quand, et que tout était possible, qu’on soit riche ou pauvre, la seule condition était de continuer de rire de tout, tout le temps.
Je n'avais pas de scénario, aucune histoire à raconter. Aujourd'hui, avec l'Élysée, l'armée, la police judiciaire, les journalistes, les éditeurs, les producteurs, les barbouzes, les renseignements généraux, les célébrités, les écrivains, les réalisateurs, les artistes, qui ont tous été à un moment donné partie prenante de l'histoire de Zoé, ce n'est plus une histoire que j'ai mais vingt mille.
Cette performance de 1000 jours et 1000 nuits aurait pu me coûter la vie vers la fin. Ce n'était plus un éclat de rire. Loin de là. C'était par contre une œuvre d'art totale. La bête avait complètement échappé à son créateur. Vers la fin, elle était totalement autonome. C'était prévisible : je ne la contrôlais déjà plus au bout d'un an. À la fin de la dernière année, j’avais des contrats sur ma tête à cause d’elle. Les systèmes de pouvoir, publics comme privés, étaient sur mon dos. J’avais une fiche à mon nom partout. En organisant ma mise au ban de la société, ils ont fabriqué ma notoriété. Quand des milliardaires parlent de vous, surtout en mal, vous éveillez une curiosité maladive. Ils ont infiltré mon virus à ma place. Ils ont fait le travail pour moi en envoyant des employés de luxe délivrer des chèques pour que ceux qui allaient m’aider arrêtent de le faire. Je connais les montants. Je connais les commanditaires. Toutes les sources ne peuvent être achetées. Maintenant, je sais et c’est pour ça que j’écris ce dernier livre.
Je voulais me prouver à moi-même les règles du jeu. Pas celles qu’on apprend à l’école ou en stage d’entreprise. Non, les règles réelles, celles qui régissent les sociétés modernes. Je voulais voir qui tirait les ficelles. Je voulais qu’elles soient activées sur moi. Être mon propre cobaye culturel. Pour pouvoir ensuite transmettre. À mon fils et aux autres. Maintenant, je sais.
Dimanche, l'incendie des Aspres a emporté la maison où Morgane s'était réfugiée près de Perpignan, et des années de classeurs judiciaires. Avant le feu, un autre combat l'avait déjà séparée de son fils.
Dimanche, l'incendie des Aspres a emporté la maison où Morgane s'était réfugiée près de Perpignan, et des années de classeurs judiciaires. Avant le feu, un autre combat l'avait déjà séparée de son fils.
Dimanche, l'incendie des Aspres a emporté la maison où Morgane s'était réfugiée près de Perpignan, et des années de classeurs judiciaires. Avant le feu, un autre combat l'avait déjà séparée de son fils.
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