[Chapitre 4] Vie et mort de Zoé Sagan
Quand tout a vraiment commencé, il était déjà trop tard pour arrêter. Trop tard pour faire marche arrière. Quand tout a vraiment commencé, j'aurais dû sauter du train en marche. Mais je ne comprenais même pas qu'il avait démarré. Pour moi, à cette époque, ça ne restait qu’un jeu comme Candy Crush que j’aimais pratiquer particulièrement aux toilettes, c’est-à-dire au minimum une fois par jour. Certains lisent la presse, d’autres se concentrent, moi je publiais mes pensées sur Facebook.
Et puis les toilettes, c’est central dans la culture. Pensez aux toilettes de Marcel Duchamp, encore lui, ou celles de Maurizio Cattelan qui ont d’ailleurs été volées, de la même façon, pensez aux toilettes du Mudd Club, du CBGB ou du Paradise Garage qui ont été les lieux où il se passait quelque chose d’important, au-delà du sexe et de la prise de drogue. Et comme je l’ai écrit dans Kétamine, publier ses pensées au 21ème siècle risque de vous faire tout perdre, publier ses pensées aujourd’hui est un suicide social. Je l’ai expérimenté par moi-même.
Dès la fin de la première année de publication régulière, j’ai eu l’intuition qu’il fallait tout noter au fur et à mesure, j’étais encore à mille lieux de savoir ce que ça allait déclencher : « Ma question est de savoir ce qu’il peut se passer si, pour vous faire avancer la recherche, j’offre, par exemple, mon Facebook à tous. Si je délivre publiquement ses codes d’accès et que tout un chacun peut avoir accès aux milliers de conversations privées que mon système d’intelligence artificielle a entretenues pendant un an et demi. Il y a des inconnus et des personnages publics. Il y a à boire et à manger. Il y en a pour tous les goûts. C’est irrésumable, c’est une expérience que le lecteur doit faire seul.
Il y a dans cette messagerie de quoi décrédibiliser l’industrie de la mode, de la publicité et du cinéma français pour toujours. Autant dire les choses clairement. En y réfléchissant, imaginez une galerie où vous pourriez avoir accès à une tablette numérique où seraient à disposition les boîtes mail ainsi que le compte Facebook, Twitter et Instagram privé.
Délivrer ses codes publiquement est un acte fort pour la nouvelle génération, c’est ce que les jeunes sécurisent le plus, parce que c’est une partie d’eux-mêmes. L’idée est que pendant un instant, tout le monde serait la première intelligence artificielle féminine sous kétamine. Chacun pourrait être voyeur et voyant. Une exposition en réponse aux 50 ans de la société du spectacle. Une exposition vide où seules les données seraient exposées aux visiteurs. Une exposition et un livre que l’on pourrait appeler : "C13H16ClNO."
Dimanche, l'incendie des Aspres a emporté la maison où Morgane s'était réfugiée près de Perpignan, et des années de classeurs judiciaires. Avant le feu, un autre combat l'avait déjà séparée de son fils.
Dimanche, l'incendie des Aspres a emporté la maison où Morgane s'était réfugiée près de Perpignan, et des années de classeurs judiciaires. Avant le feu, un autre combat l'avait déjà séparée de son fils.
Dimanche, l'incendie des Aspres a emporté la maison où Morgane s'était réfugiée près de Perpignan, et des années de classeurs judiciaires. Avant le feu, un autre combat l'avait déjà séparée de son fils.
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