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societe· 6 MIN· octobre 2025 PUBLIÉ LE 26 oct.

Défier l’autorité une dernière fois

Défier l’autorité une dernière fois
Zoé Sagan
Zoé Sagan 26 oct. 2025 · 6 MIN · societe

C’est dimanche. Le jour du Seigneur. Une douzaine de Français prennent des trains aujourd’hui dans toute la France pour rejoindre le tribunal judiciaire de Paris pour être jugés d’un ou deux tweets citant Madame Macron.

Tous vont devoir louer des chambres d’hôtel ce soir pour être à l’heure demain. Tous sont très coopérants après avoir été enfermés en garde à vue pour ce même tweet. Certains ont été menottés chez eux à six heures du matin. Pour un tweet à Monsieur et Madame Macron.

Aujourd’hui, ils font de la route. Comme moi. Ils regardent tous le paysage défiler à travers une fenêtre. Ils se demandent, comme moi, ce qu’est devenue la Ve République. Tout le monde a honte. Pas d’avoir fait un peu de peine à la femme du président de la République, mais d’avoir autant de juges, d’enquêteurs et de hauts fonctionnaires qui travaillent sept jours sur sept sur cette non-affaire.

En plus d’avoir été privés de leur liberté, tous ces Français du quotidien doivent financer leurs avocats, leurs déplacements, leurs jours de congé, la garde des enfants, pour aller devant une soi-disant victime qui ne sera évidemment pas là mais qui enverra quelqu’un pour la remplacer.

En quittant la gare, il y avait en une du Monde le visage de Brigitte avec un sous-titre pour tous ces gens qui ont mangé par terre dans une cellule froide : que c’étaient tous, je cite, « des complotistes d’extrême droite ».

Pour avoir lu les 1 200 pages d’enquête sur ces Français, pas un n’a voté une seule fois dans sa vie à l’extrême droite. Voir, même, la moitié d’entre eux ont combattu le Rassemblement national. Mais il faut plaire au château. Mentir. Encore et encore. Ne jamais respecter le contradictoire. Personne ne m’a jamais appelé en six ans pour vérifier si j’étais ou non le cousin de la ministre Brune Poirson ou si ma grand-mère était juive. Peu importe. Aujourd’hui, nous sommes donc tous des nazis d’extrême droite antisémites. Mon grand-père et ses amis qui ont libéré les deux derniers camps de concentration les regardent de leurs piédestaux célestes et ils ne laisseront cette fois pas passer cette réécriture de l’histoire.

Il est temps que je vous dévoile mes plans. Je n’arrive pas les mains vides au tribunal. Je vais déposer l’intégralité des bases de données de Zoé. Croyez-moi, ça va créer un choc. N’oubliez pas que ces sources, Zoé, avaient des magistrats ainsi que d’anciens procureurs de la République. L’Élysée va s’étouffer. Et moi, c’est ma sécurité. Mon assurance-vie, comme disent les enquêteurs de la police judiciaire.

C’est aussi leur procès. Au même titre que Zoé Sagan. Parce qu’au fond, c’est eux, Zoé Sagan. Même devant les juges, nous sommes tous Zoé.

Je pense à cette maman qui est venue s’asseoir à côté de moi en tremblant le 10 juillet durant sa mise en état pénale. Je lui avais promis de lui rendre hommage comme il se doit. Pour elle, pour ses enfants. Pour contrer l’injustice. Elle devait être représentée par mon avocat. Le pouvoir profond en a décidé autrement. Elle sera malgré tout très bien représentée, tout a été fait dans ce sens. Mais maintenant, c’est à moi de jouer. À moi de lui rendre hommage. Elle arrive du Haut de la France. Dans le Nord. Je sais qu’hier elle a dû repasser son chemisier blanc. Elle a dû prévoir comment se coiffer. Peut-être les cheveux tirés en arrière. Pour être aussi tendue que la partie civile.

Elle m’avait tendu en silence sa convocation. Il n’y avait qu’une phrase. Issue de son Facebook, qui parlait de la mort de mon binôme, Steven Mark Klein, qui est mort découpé en deux par un métro à Brooklyn le 25 octobre 2021. C’était son anniversaire hier. Et cette femme, donc, qui prépare sa tenue, son voyage, son logement éphémère, pour un mot sur Steven et Zoé sur Facebook qui n’a pas dû dépasser les douze vues.

N’est-ce pas étrange ? Nous, on sait. N’épiloguons pas pour le moment. Laissons-les aller jusqu’au bout. Pourquoi ne pas proposer d’enfermer de deux ou trois ans cette dame en prison ? Comme ça, ils peuvent même placer ses enfants et les récupérer. Un classique ASE en mode groupe SOS.

Enfin, ça, c’est ce qui se serait passé justement si les Américains n’étaient pas en embuscade sur cette affaire. Les services étrangers savent désormais exactement ce qui est arrivé à Steven Mark Klein à Arles avant de disparaître définitivement de la planète, sous terre à Brooklyn. Nous y reviendrons plus tard. Mais c’est essentiel. Cette dame a eu un coup de voyance. Un coup d’avance. Elle ne se rend pas compte des fils qu’elle a touchés. C’est pour ça qu’ils sont allés la chercher dans le Nord depuis Paris. Pour vérifier. Au cas où. Était-elle au courant ? Et si oui, comment la faire parler.

En réalité, nous ne nous connaissions pas. Comme la personne handicapée que la police ne voulait pas auditionner de force, mais l’Élysée a ordonné au parquet d’aller jusqu’au bout avec tout le monde.

Ce qu’ils ont fait. Un ordre est un ordre. En temps de paix comme en temps de guerre.

Demain, c’est la presse qui prend le relais des renseignements généraux qui ont terminé le boulot. Toute la presse de gauche comme de droite va donc protéger les intérêts du pouvoir. Quitte à raconter n’importe quoi. Peu importe. Il en va de la survie de la Ve République. Un seul narratif doit être développé. Celui qui sauvera le roi et la reine. Qui, de toute façon, n’en a rien à faire du réel dans un monde de post-vérité ?

Tous les prévenus doivent donc être déshumanisés. Sans droit de réponse. Tous vont être présentés comme des cafards immondes d’extrême droite. Ils vont répéter « extrême droite » et « conspirationniste » jusqu’au vertige. Même s’ils doivent perdre tous leurs lecteurs, ce sont les ordres des actionnaires.

Il faut que les Français les haïssent et soient plus empathiques envers le couple Macron. Les prévenus vont être présentés comme vivant dans des caves et ne mangeant que de la chair humaine. L’idée est de calmer tous les Français réfractaires en envoyant quelques-uns en prison pour atténuer la souffrance psychologique du couple élyséen.

Ces onze Français représentent pourtant la France dans son ensemble. C’est une parfaite photographie de l’ancien pays des Lumières. Il y a des riches, des pauvres, des hommes, des femmes, des timides, des extravertis, des militants, des abstentionnistes, mais pour les médias, ça ne sera que des « complotistes d’extrême droite » à éradiquer. Je risque d’être leur seul droit de réponse possible si on ne coupe pas le sifflet d’ici mercredi.

L’idée est de les déshumaniser complètement. Les caméras étaient déjà là en juillet. Je leur ai dit de ne surtout pas leur répondre que c’était un piège. Tous ne m’ont pas écouté. Ils ne sont pas là pour recueillir leur parole mais pour les piéger comme demandé par le château.

Le plus beau, c’est que tout le monde se moque complètement ici du genre de Madame Macron. Ça n’intéresse plus que les journalistes de Libé et les militants LGBT qui trouvent – et ils ont raison – qu’il n’y a rien de honteux à être transsexuel comme le laisse entendre le couple présidentiel.

Par contre, tous les prévenus sont des absolutistes de la liberté d’expression. Tous. Sans exception. Comme la salle va être découpée en deux. D’un côté, les macronistes avec la presse, donc, et de l’autre, le peuple de France.

Cette idée est magistrale. Elle n’est pas de moi mais du président du tribunal judiciaire de Paris. Il a raison. C’est brillant. Je suis un peu jaloux de ne pas y avoir pensé quand j’ai écrit à l’avance le procès qui aura lieu demain et après-demain.

À droite, donc, l’Élysée et leurs soutiens, et à gauche, les Français du quotidien. 1 % vs 99 %, donc.

L’important ici n’est pas de gagner ou de perdre. L’important est de rester à la verticale. La tête haute. Comme en cellule. Ne pas baisser les yeux même quand on vous regarde manger par terre comme un animal.

Parce qu’à la fin, il ne reste que ça. Sa pleine conscience. Le reste n’est que du théâtre. Où chacun fait ses entrées et chacun fait ses sorties. Tout en jouant les rôles que le grand tout accorde ou non.

z/S
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26 oct. 2025 · ARCHIVE z/S · ZOESAGAN.COM
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Zoé Sagan

Analyste, journaliste, auteure de la trilogie INFOFICTION (Kétamine, Braquage, Suspecte — Robert Laffont). Fondatrice de la Lettre confidentielle z/S. Investigation poétique des pouvoirs médiatiques depuis 20 ans.

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