Huit policiers, dont quatre antiterroristes, pour trois posts Facebook sur Gaza : à Strasbourg, l'apologie du terrorisme devient une affaire de bibliothèque
Huit policiers, dont quatre de la brigade antiterroriste, à la porte d'un militant de 33 ans pour trois publications Facebook sur Gaza : à Strasbourg, l'apologie du terrorisme devient une affaire de bibliothèque.
Le 1 juin 2026, à 7 heures du matin, huit fonctionnaires de police se présentent au domicile strasbourgeois de Gabriel Cardoen, 33 ans, militant communiste révolutionnaire. Quatre appartiennent à la brigade antiterroriste. Ils fouillent ses appareils, épluchent son historique internet, et photographient sa bibliothèque. Le motif n'est pas un attentat. Ce sont trois posts Facebook sur la Palestine, signalés par le CRIF Alsace en octobre 2025. Le 19 octobre 2026, il sera jugé pour apologie du terrorisme. Nous, dans cette rédaction, nous connaissons la procédure par cœur.
Huit policiers pour un homme seul. Le récit que Gabriel Cardoen livre à Blast tient en une scène. 7 heures du matin, le 1 juin. Huit fonctionnaires, dont quatre de la brigade antiterroriste. « Par chance, j'étais réveillé, donc ils n'ont pas défoncé ma porte, mais ils ont défoncé celle de certains de mes colocataires. » Ils fouillent les appareils, l'historique, les messageries. Puis ils se tournent vers les étagères. Ils photographient les livres. Marxisme. Antifascisme. Féminisme. Une bibliothèque devenue gisement de preuves.
La chronologie est froide. Les trois publications visées datent de 2023 : une œuvre représentant un bulldozer franchissant le mur de Gaza, un message du 8 octobre (« gloire aux combattants de la liberté »), et une image de figures masquées de cinq groupes armés palestiniens, plus un appel pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Le CRIF Alsace dépose son signalement en octobre 2025. La machine se met en route huit mois plus tard. Garde à vue d'environ 35 heures, un régime que l'incrimination d'apologie du terrorisme autorise jusqu'à 48 heures. Procès fixé au 19 octobre 2026.
Le contexte n'est pas isolé, et c'est ce qui le rend lisible. L'incrimination d'apologie du terrorisme, sortie du droit de la presse en 2014 pour rejoindre le code pénal, s'est installée comme l'outil de référence contre la parole pro-palestinienne. L'eurodéputée Rima Hassan, le journaliste Shahin Hazamy, et d'autres, sont passés par la même porte. La nouveauté strasbourgeoise, c'est l'échelon mobilisé : la brigade antiterroriste, pour trois posts vieux de deux ans.
Ici, dans cette rédaction, nous avons un dossier qui porte un nom : LES LIMITES DE LA LIBERTÉ D'EXPRESSION. Nous savons ce que c'est qu'un compte qu'on suspend, des phrases qu'on requalifie, une institution qui juge des mots. Le présent est devenu gossip, et le gossip, parfois, c'est huit hommes à votre porte pour une image partagée. Nous ne plaidons pas le dossier de Gabriel Cardoen. Nous documentons le moment où photographier une bibliothèque est redevenu un acte de procédure en France.
Il faut le signaler net : Gabriel Cardoen n'est pas condamné. Il est poursuivi, présumé innocent, et son procès est à venir. Les faits matériels reposent sur son témoignage et sur la couverture de plusieurs rédactions indépendantes. Le débat de fond, sur ce que l'on peut publier d'une guerre sans tomber sous l'apologie, est réel et légitime. Mais le détail qui reste, c'est l'objectif braqué sur les tranches d'une étagère.
Ce que la rédaction retient, c'est une question, et une seule. Quand une bibliothèque devient une pièce versée au dossier, la frontière n'est plus entre le légal et l'illégal. Elle est entre ceux qui ont déjà reçu la visite et ceux qui l'attendent. Le 19 octobre, à Strasbourg, on ne jugera pas un attentat. On jugera trois images et une étagère.
Sources : Blast · Rue89 Strasbourg · Révolution Permanente · Secours Rouge.
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