Mis en cause par le Sénat pour avoir laissé modifier un rapport sanitaire au profit de Nestlé, le haut fonctionnaire Didier Jaffre vient d'être promu au ministère de la Santé
Mis en cause par le Sénat pour avoir laissé modifier un rapport sanitaire au profit de Nestlé, le haut fonctionnaire Didier Jaffre vient d'être promu directeur de cabinet au ministère de la Santé.
Dans le scandale Nestlé Waters, la commission d'enquête du Sénat a établi que l'agence régionale de santé d'Occitanie avait accepté de modifier un rapport sanitaire à la demande de l'industriel. À sa tête, à l'époque, Didier Jaffre. En mars 2026, ce même Didier Jaffre est nommé directeur de cabinet au ministère de la Santé. Le sénateur Alexandre Ouizille, rapporteur, parle d'une protection venue d'en haut. La République, parfois, ne sanctionne pas. Elle promeut.
Un rapport sanitaire ne se modifie pas sur demande. C'est pourtant ce que la commission d'enquête sénatoriale sur les eaux en bouteille a documenté : l'ARS Occitanie a accepté d'alléger un rapport pour Nestlé, supprimant des mentions de contaminations. À la direction générale de l'agence, à l'époque, Didier Jaffre, nommé à ce poste par décret en 2022.
La chronologie a été reconstituée pièce par pièce. Un email de Nestlé Waters daté du 29 novembre 2023. Une audition de Jaffre au Sénat le 6 février 2025, 91 minutes sous serment. Puis, le 8 avril 2025, la publication par le rapporteur de 74 pages de documents transmis par l'Élysée, et la saisine du procureur de Paris pour un soupçon de faux témoignage d'un responsable de Nestlé Waters. Le dossier n'est pas une rumeur. Il est au Journal du Sénat.
Et c'est là que la mécanique se grippe dans le mauvais sens. En mars 2026, Didier Jaffre quitte l'administration sanitaire régionale pour entrer au cabinet ministériel, comme directeur de cabinet d'une ministre déléguée rattachée à la Santé. Le fonctionnaire mis en cause pour avoir cédé à l'industriel ne tombe pas. Il monte.
Le sénateur Alexandre Ouizille, rapporteur, a un mot pour ça : protection. Il pointe une continuité, de la nomination de Jaffre par Emmanuel Macron en 2022 jusqu'à cette promotion de 2026, en passant par un Élysée informé. C'est sa lecture, celle de la commission. Mais elle s'appuie sur une suite de dates que personne ne conteste.
Il faut le formuler proprement : Didier Jaffre est mis en cause, pas condamné. La commission d'enquête n'est pas un tribunal. La qualification de protection est l'analyse d'Ouizille, pas un verdict. Mais le fait brut, lui, ne se discute pas. Un homme au cœur d'un scandale d'eau frelatée est aujourd'hui au cœur du ministère censé protéger la santé des Français.
Ce que la rédaction retient, c'est la grammaire du renvoi d'ascenseur. Dans ce pays, la sanction d'un haut fonctionnaire qui a plié devant un industriel, ce n'est pas le placard. C'est le cabinet. On ne récompense pas l'erreur. On récompense la loyauté.
Sources : Sénat · L'Usine Nouvelle · Hospimedia · France Bleu.
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