Un député qui enquêtait sur ses contrats publics se dit traqué par un paparazzi : Charles Alloncle accuse Xavier Niel de « méthodes mafieuses », le milliardaire dément et parle de « cirque »
Un député qui enquêtait sur ses contrats avec le service public se dit traqué par un paparazzi : Charles Alloncle accuse Xavier Niel de « méthodes mafieuses ». Le milliardaire dément et parle de « cirque ».
Le 21 mai 2026, Paris Match publie des photos du député Charles Alloncle avec sa collaboratrice dans les rues de Paris. Le député, rapporteur d'une commission d'enquête sur l'audiovisuel public, riposte par une lettre ouverte au vitriol : il accuse Xavier Niel d'avoir organisé, financé et relayé sa traque par un paparazzi, en représailles de son audition. Le milliardaire, propriétaire de l'agence photo en question, dément et parle de cirque. Nous, dans cette rédaction, nous connaissons la chanson par cœur.
Le rapporteur, puis le paparazzi. Charles Alloncle auditionne Xavier Niel dans le cadre d'une commission d'enquête sur l'audiovisuel public. Quelques jours plus tard, Paris Match sort des clichés de lui avec sa collaboratrice. Dans une lettre ouverte, le député fait le lien lui même et accuse : selon lui, Niel aurait organisé, financé et relayé cette traque pour se venger. Ce sont ses mots, ses accusations. Nous les rapportons comme telles.
Ce que Mediapart établit, en revanche, est précis et vérifiable : Xavier Niel a injecté 3,7 millions d'euros dans Bestimage, l'agence de Michèle Marchand, et aurait eu accès aux photos avant leur publication. C'est un fait documenté. Mais Mediapart n'écrit pas que Niel a commandé ou organisé la filature. Il faut tenir cette ligne au scalpel : un lien financier et un accès, oui ; une commande de traque, ce n'est pas établi.
Niel, lui, contre attaque. Lors de son audition, il a accusé Alloncle d'avoir transformé la commission en cirque. Le déontologue de l'Assemblée, saisi par Yaël Braun-Pivet, a conclu à l'absence de manquement du député. Chacun campe : l'élu en victime d'un milliardaire, le milliardaire en cible d'un député en quête de notoriété. Présomption d'innocence pour les deux.
Mais regardez la structure, et c'est là notre angle. Un homme enquête sur les contrats publics d'un milliardaire propriétaire de médias. Aussitôt après, sa vie privée se retrouve en kiosque, dans un magazine dont l'agence photo appartient à ce même milliardaire. Que la filature ait été commandée ou non, le message envoyé à tous les autres est limpide : enquêtez sur lui, et votre intimité devient une arme retournée contre vous.
Cette mécanique, nous la racontons depuis des années. Le présent est devenu gossip, et le gossip est devenu une arme de dissuasion politique. Quand l'agence qui fabrique les couvertures people appartient à l'homme sur qui on enquête, la frontière entre la presse et la surveillance s'efface. C'est l'univers de BRAQUAGE, sauf que ce n'est pas un roman.
Ce que la rédaction retient, c'est l'asymétrie. D'un côté un parlementaire avec son mandat. De l'autre un milliardaire avec une agence de paparazzi, des médias, et 3,7 millions bien placés. La question d'Alloncle, dépouillée de toute injure, reste la bonne : de quel droit un milliardaire mécontent peut il transformer la vie privée d'un élu en représailles ? On attend toujours la réponse. Et le silence, lui, parle.
Sources : Le JDD · Mediapart (relais) · LCP · Europe 1.
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