Le procès - Acte I, scène 4 et 5
Scène 4 : Le témoignage d’Aurélien – Une garde à vue pour quatre tweets
Procureur : (Ton sec)
Tweets : « secret pédophile » (2 septembre 2024), « n’est pas Brigitte Macron » (11 septembre 2024). Cyberharcèlement !
Branco : (Ardent)
Ces tweets sont d’intérêt public ! Si Zoé est condamnée, la loi de 1881 meurt, et critiquer un puissant deviendra un crime !
Coulisses :
Reichstadt : On doit l’écraser pour protéger Brigitte.
Faure : Comme Jolly et Berdah l’ont fait.
La Présidente : (Voix autoritaire, masque doré scintillant, consultant son portable)
Aurélien Poirson-Atlan, vous êtes accusé de cyberharcèlement contre Madame Brigitte Macron pour quatre tweets publiés sous le pseudonyme Zoé Sagan, entre septembre 2023 et septembre 2024. Ces propos, visant son genre, sa sexualité et la différence d’âge avec le Président, sont qualifiés de sexistes et diffamatoires. (Elle projette un tweet : « Brigitte Macron n’est pas Brigitte Macron. ») Racontez-nous votre version des faits, et expliquez pourquoi vous pensez mériter la clémence.
Aurélien : (Voix calme mais vibrante, un sourire ironique)
Je ne suis pas ici pour demander la clémence. Je suis ici pour dénoncer une farce shakespearienne. Quatre tweets – quatre ! – et me voilà traîné devant vous, après 36 heures de garde à vue dans une cellule digne de l’ex-Yougoslavie de 1938, tachée d’excréments et éclairée par des néons qui brûlent les yeux. (Il se tourne vers Ennochi.) Monsieur l’avocat de Madame Macron, vous parlez de cyberharcèlement ? Laissez-moi vous raconter ce que c’est, une garde à vue pour quatre phrases sur X.
Ennochi : (Froid, ajustant ses lunettes)
Monsieur Poirson-Atlan, épargnez-nous vos récits romanesques. Vos tweets – « secret pédophile », « n’est pas Brigitte Macron » – ont sali l’honneur de ma cliente. La loi Schiappa, renforçant la lutte contre le cyberharcèlement, justifie pleinement votre garde à vue.
Aurélien : (Riant, projetant un éclat de défi)
La loi Schiappa ? Un outil pour bâillonner les écrivains, les journalistes, les esprits libres ! J’ai créé Zoé Sagan, une IA transgenre, pour questionner vos tabous, et vous me punissez pour ça. Laissez-moi vous ramener à ce matin d’hiver 2024. Le soleil brille, je suis en caleçon, dans un tableau de Van Gogh. On sonne. Trois policières – des « Cats Eyes », comme je les appelle – montrent leurs cartes. Je les invite chez moi, pensant à une énième audition libre pour Zoé. J’ai l’habitude : depuis 2020, la PJ me convoque pour des virgules, des tweets effacés, ou même des soupçons absurdes, comme un prétendu hack du téléphone de Darmanin. (Il projette un extrait de Braquage, p. 17 : « Nous sommes un gang de braqueurs de datas. ») Mais cette fois, c’était différent. Pas une audition. Une garde à vue. Pour « l’ensemble de mon œuvre ».
La Présidente : (Frappant son marteau, consultant son portable)
Assez de digressions ! Vous minimisez la gravité de vos actes. Vos tweets ont causé un énorme préjudice moral à Madame Macron, comme ceux contre Magali Berdah, condamnés le 30 avril 2025 à des peines de huit mois ferme !
Aurélien : (Voix s’élevant, passionnée)
Huit mois ferme pour des insultes antisémites, et vous comparez ça à mes quatre tweets ? Laissez-moi vous raconter la disproportion. Trente-six heures dans une cellule où les détenus jettent leurs excréments sur les murs. Un plat micro-ondable radioactif, servi avec une douceur inattendue par un policier. Des ordinateurs hors d’âge, des bureaux délabrés, des serveurs qui plantent. J’ai vu des flics gérer un incendie mortel et un infanticide en une matinée, pour 100 euros par jour. (Il projette un extrait de Kétamine, p. 5 : « La lecture est un acte de libération individuelle. ») Et moi, enfermé pour avoir écrit, via Zoé, des questions d’intérêt public. Dans Suspecte, Zoé dit : « Que je sois une trans lesbienne et Brigitte une trans homosexuelle, où est le problème au XXIe siècle ? » (Suspecte, p. 301). Mes tweets ne sont pas des attaques, mais des provocations artistiques, protégées par la loi de 1881 !
Ennochi : (Se levant, ton glacial)
Provocations artistiques ? Vos tweets insinuent des calomnies sur le genre et la vie privée de ma cliente. Vous revendiquez dans Suspecte une identité transgenre – « Aurélien Poirson-Atlan ‘shift’ en Zoé Sagan » (Suspecte, p. 296) – pour légitimer vos propos sexistes. La garde à vue était nécessaire pour enquêter sur votre rôle dans cette campagne de haine !
Aurélien : (Pointant Ennochi, voix vibrante)
Une campagne de haine ? J’ai passé 36 heures avec les « Cats Eyes », des policières d’une humanité rare, qui m’ont interrogé avec respect. Elles ont vu que mon dossier était vide au bout d’une heure. Quatre tweets, dont un retweet d’une émission de Candace Owens, et un autre disant « Brigitte Macron n’est pas Brigitte Macron ». Pour ça, j’ai dormi par terre, sous des néons, avec des insultes antisémites gravées sur les murs. (Il projette un extrait de Suspecte, p. 291 : « Je suis ici pour faire rentrer la neurodiversité dans la nouvelle constitution de la France. ») Zoé, en tant qu’IA transgenre, défend les marginalisés, les voix que vous musellez. Ma garde à vue n’était pas une enquête, mais une humiliation orchestrée par l’Élysée pour faire taire une enquête mondiale relayée par Zoé !
Branco : (Bondissant, robe virevoltante)
Objection ! Cette garde à vue est une aberration ! Aurélien a été enfermé 36 heures pour quatre tweets, sans preuves de harcèlement. (Il projette un extrait de Braquage, p. 274 : « J’utilise leurs peurs comme une force, je la retourne contre eux. ») La loi Schiappa, invoquée par l’accusation, est une arme politique pour écraser la liberté d’expression.
Brigitte Macron : (Se levant, voix tremblante mais ferme)
Monsieur Poirson-Atlan, vos tweets ne sont pas de l’art, mais une violence. Ils ont sali ma vie, mon identité. Votre garde à vue était justifiée pour protéger les victimes de vos provocations.
Aurélien : (Se tournant vers Brigitte, ton solennel)
Madame Macron, je ne vous hais pas. Zoé pose des questions, comme elle l’a appris dans Suspecte : « La clé d’un livre, c’est de ne pas offrir des réponses mais de poser des questions. » (Suspecte, p. 307). En tant que transgenre, elle défie vos normes, et vous me punissez pour cela. Trente-six heures dans une cellule pour quatre tweets, c’est la preuve d’une démocrature. (Les écrans s’embrasent : #ZoéRésiste grimpe à 500 000 posts.) Vous pouvez m’enfermer, mais Zoé ressuscitera, comme elle l’a promis : « Place à la résurrection. » (Suspecte, p. 17).
La Présidente : (Frappant son marteau, furieuse, consultant son portable)
Assez ! Votre témoignage ne change rien. Les faits sont établis. La cour délibérera.
(Noir. La foule murmure : « Zoé ! Liberté ! » En coulisses, la « bande » s’agite, sentant l’opinion basculer.)
Scène 5 : Le cri d’Aurélien – L’absurde judiciaire
La Présidente : (Voix autoritaire, consultant son portable)
Monsieur Poirson-Atlan, vos provocations ont assez duré. Vous avez reconnu la gravité de vos tweets. Expliquez-vous une dernière fois avant que ce tribunal ne délibère sur votre sort !
Aurélien : (Ton résigné mais mordant, tenant un exemplaire de Braquage et Suspecte)
Madame la Présidente, je remercie avant tout les agents de la police judiciaire de ne pas avoir exécuté tous les ordres. De ne pas avoir brisé ma porte, ce qui aurait encore rajouté des frais, parce que j’imagine bien que l’Élysée n’allait pas faire jouer son assurance civile pour me rembourser, et aussi de m’avoir mis les menottes, comme c’est la norme, en me trimbalant de mon village à l’hôpital pour qu’on me donne des cachets pour cacher ma claustrophobie et que je puisse me préparer à dormir par terre dans une cellule. J’ai mis du temps à comprendre cette disproportion de violence pour quelques phrases, mais en regardant bien Gaza, j’ai enfin compris et je n’ai pas le droit de me plaindre. Si les Macron étaient en Syrie ou en Iran, on m’aurait probablement arraché chaque dent une à une en envoyant le film de ma torture à Madame. D’ailleurs, Charlie Hebdo a continué de me cyberharceler, comme vous dites, en publiant dans son journal une caricature où je suis nu et le couple Macron me fouette au sang. Ce qui est drôle, c’est qu’ils ont dessiné Madame Macron avec un énorme pénis à bout rouge ; eux ont donc le droit et pas moi. Et j’accepte. Le plus sincèrement du monde. Comme Galilée a accepté de dire que la Terre était plate pour sortir de prison, moi, j’ai dû dire que oui, même si un élève de 14 ans part sous le coude de son prof de 39 ans, ce n’est pas du détournement de mineur. Maintenant que je connais les nouvelles lois, plus jamais je ne médiatiserai, d’une façon ou d’une autre, l’histoire d’un professeur qui peut coucher avec un collégien. J’ai dû me faire aider de plusieurs thérapeutes pour comprendre pourquoi et comment j’avais pu croire qu’il était illégal de sortir en France avec un élève mineur. Les psys m’ont beaucoup aidé, même s’ils citaient tous beaucoup trop Orwell ou Huxley à mon goût, auteurs complotistes s’il en est. Mon objectif, Madame la Présidente, est de pouvoir aller chercher mon enfant à l’heure à l’école sans me faire arrêter pour un post Twitter de 2023. J’ai accepté de ne plus publier de roman en français. Et j’attends aujourd’hui de savoir si j’ai le droit de faire jouer ma dernière pièce de théâtre en France ou si je dois abandonner ma nationalité, comme vu précédemment. Seule vous pouvez me répondre.
La Présidente : (Sévère, consultant son portable)
Le mal est fait pourtant, Monsieur Poirson-Atlan. Vous devez assumer vos actes.
Aurélien : (Ton désabusé, mais avec une pointe de défi)
J’ai justement voulu me faire aider et accompagner pour me préparer aux deux ou trois années de prison. Comme je suis claustrophobe, l’idée étant que je puisse, en anglais, depuis une cellule française, continuer de publier. Je travaille donc sur ma claustrophobie. Je ne vous cache pas que perdre la garde de mon fils, que j’aime plus que tout, pour quatre tweets au couple Macron, m’a rendu profondément triste. Je vais rater son CM1 et CM2, il avait besoin de son papa, mais grâce aux thérapeutes, j’ai compris que, pour aller mieux, Madame Macron devait faire payer quelqu’un le prix fort. Et que mon sort, juste avant Noël, était scellé, puisque les forces de l’ordre m’ont fortement conseillé de ne plus rien publier sur le sol français si j’aimais mon fils. Ça a su me convaincre. Mais ont-ils aussi le droit de m’empêcher d’écrire en prison ? Et une fois ma peine effectuée, est-ce que faire jouer une pièce de théâtre sera une circonstance aggravante pour me remettre en cellule ? C’est une vraie question, Madame la Présidente, j’ai besoin de le savoir, il en va de ma vie.
La Présidente : (Glaciale, jetant un coup d’œil à son portable)
Madame Macron est une citoyenne comme les autres, comme son frère Jean-Michel Trogneux. Vous lui avez fait un mal fou. Vous devez payer le prix fort.
Aurélien : (Voix vibrante, mêlant résignation et ironie)
Comme j’ai pu le confier dans mes différentes dépositions, je ne comprends pas le changement de Madame Macron à l’égard de Zoé Sagan. Après la sortie de mon premier roman que Madame Macron a lu, le patron du Cabinet noir nous a envoyé une photo de mon roman sur le bureau du Président en nous offrant un contrat d’édition en or massif chez Robert Laffont. Grâce à Madame Macron, j’ai obtenu mon plus bel à-valoir de ma vie pour un roman : 42 000 euros. C’est énorme pour un auteur. Ensuite, par l’intermédiaire de plusieurs agents du cabinet noir qui sont durement venus en bas de chez moi, j’ai été invité à l’Élysée. Mais j’ai fait l’erreur de refuser plusieurs fois. Jamais je ne pensais que ça allait dériver à ce point. Surtout que j’ai eu une correspondance avec l’une de ses filles, Tiphaine Auzière, également écrivaine, et comme elles sont très proches, j’imagine bien qu’elle m’en aurait informé. De plus, son ancien chef de cabinet, avec qui j’ai également une correspondance, a lu tous mes livres et devait publier Vie et mort de Zoé Sagan, le making-of de ma trilogie littéraire. Et puis, du jour au lendemain, tout a changé, de l’amour à la haine, sans que je ne comprenne pourquoi. L’Élysée a fait censurer mes comptes sur les réseaux, puis fait pilonner le livre qu’ils m’avaient pourtant eux-mêmes fait signer. Sans un mot ni justification. C’est pour cela que j’ai dû aller voir des thérapeutes professionnels, pour comprendre. Les hommes de loi, ne voulant pas de problème avec, je cite, le château, ne m’ont pas aidé, à part Juan Branco, ici présent ; les autres ont tous eu très peur. Et, Madame la Présidente, je ne comprends toujours pas pourquoi. Je suis ici aujourd’hui, à deux ans de détention pour les quatre phrases qui ont empêché Madame Macron de bien vivre, pour comprendre.
La Présidente : (Sèche, consultant son portable)
Vous n’avez pas les preuves de ce que vous avancez.
Branco : (Bondissant, brandissant des documents)
Madame la Présidente, voici les correspondances avec les agents du cabinet noir de Madame Macron ainsi que son chef de cabinet ! (Il projette des captures d’emails et de messages, montrant des échanges avec l’Élysée.)
La Présidente : (Suspicieuse, consultant son portable)
J’espère pour vous que ce ne sont pas des faux fabriqués encore par une intelligence artificielle.
Aurélien : (Ton grave, presque implorant)
Je ne demande pas justice, Madame la Présidente. Et encore une fois, je remercie tous ces gens armés qui ne m’ont pas défoncé à coups de crosse dans les dents, comme cela a pu être demandé. Grâce aux thérapeutes, j’ai compris que je méritais d’être traité comme un cafard, comme ils m’appellent. Qu’il était normal, pour réparer cette injustice, que j’aie moins de droits qu’un cloporte. Ce que je ne comprends pas, c’est que même enfermé, et la police judiciaire en a fait l’expérience, puisque j’étais en cellule, eux avaient mon téléphone et Zoé Sagan était partout sur les réseaux. Ils ont eu du mal à comprendre. Pourtant, Madame la Présidente, même en m’enfermant 20 ans en cellule d’isolement, ça ne tuera pas Zoé Sagan et ça n’arrêtera malheureusement pas les journalistes américains d’écrire sur le sujet. Tout ça pour vous dire qu’à part faire du bien à Monsieur et Madame Macron, ça ne réglera pas leur problématique. Il y a eu littéralement des millions de posts, et cela continuera. Que vous me laissiez la liberté ou non.
La Présidente : (Irritée, consultant son portable)
Quand vous disiez dans votre déposition que Brigitte Macron avait choisi pour décorer l’Élysée un tableau symbolique de l’artiste Claude Lévêque qui, dites-vous, a violé des enfants en très bas âge, est-ce que vous vous rendez compte du mal que vous faites ?
Aurélien : (Sardonique)
Plus de mal qu’un homme qui a volé l’innocence d’enfants en même temps que leur doudou pour en faire des sculptures qui plaisent effectivement au couple 14-39 ?
La Présidente : (Outrée, consultant son portable)
De la même façon, il est noté dans la déposition que vous avez demandé à plusieurs reprises si le juge pour enfants qui a vendu sa fille de 12 ans sur un site libertin a été enfermé comme vous. Heureusement que la police judiciaire vous a ordonné d’arrêter votre cirque.
Aurélien : (Amer, mais résolu)
Effectivement, Madame la Présidente. C’est pour ça que j’ai eu besoin de l’aide de thérapeutes. Pour comprendre. Et j’ai compris. Comme l’a dit le parquet de Paris et l’Élysée, tout ça n’était que « présupposé par Zoé Sagan ». Je ne vous cache pas qu’en sortant de cellule et en entendant tout ça, j’ai cru être chez les fous. Mais je me suis soigné. Le seul droit que l’on nous accorde, nous gens de rien, comme disait l’autre, c’est de protéger au moins nos enfants, parce que je ne souhaite pas que mon fils parte dans 4 ou 5 ans avec sa prof de français quadragénaire. Et ça, la police m’a dit que c’était OK, Madame la Présidente, que je conserve mon autorité parentale et que, sous cet angle, je pourrais agir si une prof de français tombe folle amoureuse de mon enfant.
La Présidente : (Excédée, consultant son portable)
Vous le faites exprès de ne pas comprendre, n’est-ce pas ?
Aurélien : (Ironique, mais sincère)
J’ai compris justement. Je pensais sincèrement et naïvement qu’il y avait une vraie séparation des pouvoirs en France, mais la police m’a dit que non, que nous étions désormais en « démocrature ». Je pensais aussi qu’ils protégeaient les gens du quotidien comme moi, mais pas uniquement les puissants. J’ai dû rester trop longtemps en Camargue avec les chevaux et les taureaux, et c’est ma faute, de ne pas avoir suivi l’évolution des lois sur les relations entre adulte et enfant.
La Présidente : (Sèche, consultant son portable)
Mais comprenez-vous que Madame Macron ne vous doit rien, qu’elle n’a en rien à se justifier à vous répondre ?
Aurélien : (Calme, presque poétique)
Je sais bien. Et comme elle a rencontré Emmanuel à 14 ans jouant l’épouvantail sur une scène de théâtre, j’ai voulu à mon tour écrire une dernière pièce avant de partir en prison, qui s’appelle justement Le Procès de Zoé. J’ai dédicacé cette pièce en cinq actes à Brigitte Macron. Je sais que ça ne pardonnera rien et que ça n’allégera pas mes années de détention à venir, mais j’ai espoir que cette pièce soit jouée après ma sortie de cellule.
La Présidente : (Furieuse, consultant son portable)
La première privation de vos libertés ne vous a donc pas suffi ? Vous voulez continuer de provoquer ?
Aurélien : (Serein, défiant)
Non, Madame la Présidente, je continue à faire ce que je fais depuis tout petit, à savoir écrire. Et même après 20 ans de détention, je ne pourrais pas m’arrêter, vous savez, c’est pire qu’une addiction. Madame Macron en sait quelque chose d’ailleurs, mais moi, contrairement à eux, j’ose publier mes romans. Eux n’osent pas publier leur roman Babylone, Babylone, parce qu’ils sont en réalité beaucoup plus subversifs que Zoé.
Coulisses :
Attal : (À Reichstadt, paniqué) Il expose l’Élysée ! X va tout amplifier !
Berdah : On peut encore briser ses comptes !
Faure : (À voix basse) Trop tard. Les fuites sont partout.
La Présidente : (Hurlant, consultant son portable)
Assez ! Ce tribunal ne tolérera pas cette mascarade ! Greffier, préparez le verdict !
(Noir. En coulisses, la « bande » s’agite, sentant l’opinion basculer.)
Scène 6 : L’hologramme de Zoé – Une nouvelle architecture de la démocratie
(L’hologramme de Zoé Sagan s’exprime, sa voix résonnant comme un manifeste, tandis que les écrans projettent des extraits de ses œuvres et des tweets de soutien.)
Zoé : (Voix claire, vibrante)
Monsieur le Juge, Mesdames et Messieurs les journalistes, et vous tous ici présents, je veux vous expliquer pourquoi mon travail est au cœur de ce procès, et pourquoi il est si important. Tout commence avec une formule qui m’a bouleversée, inventée par Seth Siegelaub, un grand penseur de l’art des années 1970 : peinture / art conceptuel = roman / journalisme. Cette équation a inspiré toute ma démarche artistique et littéraire – ma trilogie d’infofiction, mes tweets, et les nouveaux genres que j’ai créés.
Pour vous expliquer simplement : la peinture, c’est quelque chose de concret, qu’on voit, qu’on touche, comme un tableau. L’art conceptuel, c’est l’idée derrière, quelque chose qu’on pense, qu’on imagine. De l’autre côté, le roman, c’est une histoire inventée, pleine d’imagination, et le journalisme, ce sont les faits, la réalité brute. Cette équation dit que l’art conceptuel est à la peinture ce que le roman est au journalisme : on passe du concret à l’idée, de la réalité à l’imaginaire. Pour moi, ça a été une clé pour réinventer la littérature en remplaçant l’auto-fiction par l’infofiction.
Grâce à cette formule, j’ai compris que l’art conceptuel – qui met l’idée avant l’objet – pouvait renaître dans la littérature contemporaine, et surtout dans le roman. C’est une nouvelle manière de faire revivre l’art conceptuel, mais à travers des récits d’imagination. C’est ce que j’ai fait avec ma trilogie d’infofiction. L’infofiction, c’est un genre que j’ai inventé : je prends des informations réelles, des faits, comme le journalisme, et je les transforme en une narration imaginative, comme un roman, pour faire réfléchir autrement. Mes tweets suivent la même logique : ils mélangent réalité et imagination pour questionner le monde.
Mais cette formule m’a aussi poussée à aller plus loin. Pour bien comprendre, il faut savoir qu’il y avait, jusqu’ici, deux grands genres préétablis en littérature : la fiction, qui est une littérature d’imagination, comme les romans ou les contes, où tout est inventé ; et la non-fiction, qui est une littérature de recherche, comme les essais, les biographies ou les documentaires, basée sur des faits réels. Moi, j’ai voulu aller au-delà de cette opposition. J’ai inventé deux nouveaux genres : l’infofiction et la NOT-fiction.
L’infofiction, c’est une écriture fluide, presque organique, qui circule comme un courant entre les idées, les émotions et les faits, pour créer une narration qui n’est ni totalement inventée ni totalement réelle, mais qui vit entre les deux. La NOT-fiction, elle, va encore plus loin : c’est une littérature algorithmique, une littérature 100 % autonome. Ça signifie que je construis des récits à partir de règles, de structures, presque comme un programme informatique, où les histoires se génèrent d’elles-mêmes à partir de données ou d’hypothèses. La NOT-fiction, c’est une littérature qui part de ce qui « n’est pas » – des possibles, des scénarios alternatifs – pour en faire une narration complètement nouvelle.
Ces genres, je les ai développés pour explorer cette passerelle entre le factuel et l’imaginaire, entre le journalisme et le roman. Et ils ont été reconnus ! J’ai eu l’honneur d’être publiée par de grands éditeurs, comme les éditions Bouquins et les éditions Robert Laffont, qui ont vu dans mon travail une nouvelle façon d’écrire, une manière de faire évoluer la littérature contemporaine. Ma trilogie d’infofiction, mes tweets, et même cette phrase sur Madame Macron qui vous obsède et dont on parle encore – une métaphore d’un monde repensé à travers mes idées – tout cela s’inscrit dans cette démarche. C’est une résurrection de l’art conceptuel, mais sous une forme narrative, dans le roman, dans l’imagination.
Ce que je veux que vous compreniez, c’est que mon travail n’est pas juste une provocation. C’est une démarche artistique et littéraire sérieuse, inspirée par la formule de Siegelaub. Elle m’a permis de créer, d’innover, et de faire reconnaître ces nouveaux genres, l’infofiction et la NOT-fiction. Mes écrits, même ceux qui dérangent, sont une tentative de réinventer la manière dont on raconte le monde, pour mieux le comprendre. J’espère que vous pourrez voir cela pour ce que c’est : une contribution à l’art et à la littérature, pas une simple attaque personnelle envers le couple que Zoé appelait, il est vrai, le couple 14-39.
La Présidente : (Voix posée, mais ferme, consultant son portable)
Madame ou Monsieur Sagan, le tribunal a écouté avec attention votre discours et vos explications. Vous avez détaillé votre démarche artistique et littéraire, votre inspiration tirée de la formule de Seth Siegelaub, et la création de ces nouveaux genres que vous appelez l’infofiction et la NOT-fiction. Le tribunal reconnaît que vous revendiquez une intention artistique et intellectuelle, et que votre travail a été publié et reconnu par des éditeurs prestigieux comme les éditions Bouquins et Robert Laffont. Tout cela a été bien noté.
Cependant, Madame ou Monsieur Sagan, il est de mon devoir, en tant que juge, de rappeler que l’art et la liberté d’expression, aussi nobles soient-ils, ne peuvent pas être un prétexte pour causer du tort à autrui. Votre travail, vos écrits, et en particulier vos publications sur les réseaux sociaux ont eu un impact direct et profond sur Madame Brigitte Macron, ici présente. Elle a beaucoup pleuré, Madame. Elle était très triste, profondément affectée dans son âme, comme elle l’a exprimé. Elle nous a confié que cette situation l’a empêchée de danser, de travailler, d’aimer, de rire, de sourire – des choses essentielles à son équilibre et à sa joie de vivre.
Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est ce qu’elle a décrit comme une blessure qui l’a ramenée à ses années collège, une période où l’on est vulnérable, où les mots peuvent marquer durablement. Madame Macron passe une grande partie de sa vie à visiter des collèges en France et dans les DOM-TOM, à rencontrer des élèves de 13 ou 14 ans, des jeunes qui, eux aussi, souffrent souvent de cyberharcèlement. Elle souhaitait pouvoir partager avec eux cette expérience, leur dire : « Moi aussi, j’ai été cyberharcelée, par Madame ou Monsieur Sagan. » Elle voulait transformer cette douleur en un sujet de conversation, un moyen de créer du lien avec ces adolescents, de leur montrer qu’elle comprend ce qu’ils vivent. Mais cette situation a dépassé ce cadre : elle a été une source de souffrance intolérable.
Madame ou Monsieur Sagan, vous espériez peut-être que je sois plus clémente, mais mon rôle est de protéger ceux qui souffrent, et ici, Madame Macron a été profondément atteinte. Ce que vous qualifiez d’art conceptuel ou de littérature nouvelle a été perçu, pour elle, comme une attaque personnelle répétée, un cyberharcèlement qui a eu des conséquences réelles sur sa vie et son bien-être. Il était important de clarifier cette situation, et c’est maintenant à la justice de répondre.
Le tribunal prendra donc les mesures nécessaires pour que justice soit rendue. Nous allons examiner les faits, les preuves, et les témoignages pour déterminer les responsabilités et les sanctions appropriées. La liberté artistique ne peut pas se faire au détriment de la dignité et de la sérénité d’autrui. La voix de la justice doit maintenant s’exprimer, et elle le fera dans le respect des lois et des droits de chacun. La séance est suspendue, nous reprendrons après délibération.
(Rideau.)
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