L’hôpital de guerre, sauf qu’il n’y a pas de guerre
Des patients sur des brancards dans les couloirs, des attentes en jours. Le témoignage d’une urgentiste rappelle que l’hôpital public tient debout par miracle.
Tribune · santé
L’hôpital de guerre, sauf qu’il n’y a pas de guerre
Des patients sur des brancards dans les couloirs, des attentes qui se comptent en jours. Le témoignage d’une urgentiste rappelle une évidence qu’on préfère oublier : l’hôpital public tient debout par miracle.
Par Zoé Sagan · 3 juillet 2026
Il y a des phrases qui disent tout d’un système. La médecin urgentiste Abigael Debit, qui exerce depuis 2009, a raconté publiquement avoir « presque l’impression d’être dans un hôpital de guerre ». Des patients allongés sur des brancards dans les couloirs. Une nuit où, faute de brancards, une femme a fini par s’allonger à même le sol. Selon son témoignage récent, il lui est arrivé de prendre une garde et de trouver des dizaines de patients dans les couloirs, dont certains attendaient depuis des jours.
Une précision d’honnêteté, parce que c’est notre règle : le détail chiffré de cette dernière garde relève de son témoignage et nous le rapportons comme tel, sans le présenter comme un événement vérifié à la date près. Mais le fond, lui, n’est pas un ressenti isolé. La saturation des urgences, les brancards dans les couloirs, les plans blancs déclenchés hiver après hiver, tout cela est documenté depuis des années, hôpital après hôpital, rapport après rapport.
La décrépitude comme routine
Ce qui frappe, dans le mot de guerre, c’est ce qu’il révèle par contraste. Un hôpital de guerre, c’est censé être l’exception, le pic, l’afflux massif qui submerge un instant des équipes préparées. Sauf qu’ici, il n’y a pas de guerre. Il y a le lundi. Il y a le samedi matin. Il y a le flux normal d’un pays qui vieillit, et un service public qu’on a rogné année après année jusqu’à ce que la normale devienne l’urgence permanente. On a transformé l’exception en climat.
Et pendant que les soignants tiennent, on parle d’autre chose. On débat de circulaires, de dépistages, de déplacements ministériels en avion. Le brancard dans le couloir, lui, ne fait pas la une, parce qu’il est là tous les jours, et que rien ne lasse un pays comme un scandale qui dure. C’est peut être ça, le vrai signe de la décrépitude : non pas qu’elle existe, mais qu’on ait cessé de s’en indigner.
▸ À lire aussi, un programme qui promet de refonder l’hôpital public.
SOURCES · La médecin urgentiste Abigael Debit, urgentiste depuis 2009, a témoigné publiquement des conditions de travail aux urgences (patients sur brancards dans les couloirs, image d’un « hôpital de guerre »). Le détail chiffré de sa dernière garde est rapporté au titre de son témoignage et n’est pas présenté comme un fait daté et vérifié de façon indépendante. La saturation chronique des urgences et le recours aux plans blancs sont documentés par de nombreuses sources depuis plusieurs années.
L’Archive · z/S · Zoé Sagan
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