L’Obsolescence de l’homme
C’est dimanche. Et à défaut de pouvoir déjeuner avec vous autour d’un poulet et de haricots verts en regardant l’Occident s’effondrer, je peux malgré tout vous offrir quelques cadeaux. Le premier est très drôle et le deuxième très sérieux.
Commençons par le plus drôle. C’est un mini guide de survie au macronisme de seulement deux pages, qui vient d’être publié aux éditions « Panique organisée » en réponse au guide de survie en cas de guerre avec les Russes que va recevoir chaque français dans sa boîte aux lettres.
De façon plus sérieuse, voici un cadeau qui a personnellement changé ma vie intérieure quand je l’ai découvert par hasard il y a vingt ans. Pendant soixante ans, les intellectuels français lui ont beaucoup emprunté sans jamais le citer ni lui rendre hommage, les situationnistes en première ligne. Peu importe. Il n’est jamais trop tard pour écrire que l’essai de Günther Anders, l’amoureux d’Hannah Arendt, reste d’une actualité saisissante en 2025, offrant une critique visionnaire des dérives du progrès technologique et de ses impacts sur l’humanité. Tout en dénonçant l’idolâtrie de la technologie, qui, sous couvert de libérer l’homme des tâches pénibles dans une civilisation des loisirs, l’aliène et le déconnecte de sa propre existence.

Oui, cet homme moderne, façonné par les médias de masse (radio et télévision à son époque, réseaux sociaux aujourd’hui), vit une vie qui n’est plus réellement la sienne.
Cette œuvre est aujourd’hui totalement sous-estimée, faute de rééditions accessibles, alors qu’Anders lui-même soulignait son caractère « encore plus actuel » avec le temps.
C’est pour cela que je tenais à vous offrir (il est important de faire circuler de mail en mail ce texte que vous pouvez télécharger ici) ce classique philosophique pour comprendre les enjeux anthropologiques et sociaux de notre époque, marquée par une dépendance croissante aux machines et à la virtualité.

En 2025, L’Obsolescence de l’homme de Günther Anders va revenir sur le devant de la scène. Ce livre visionnaire et profondément prédictif anticipe un monde où la technologie de la troisième révolution industrielle – automates, informatique, IA – rend l’homme inutile et détruit la vie. Anders parle de « honte prométhéenne », ce sentiment d’infériorité face à des machines parfaites. En 2025, avec des villes ultra-connectées et des vies dominées par les algorithmes, ses idées frappent fort.
À l’horizon 2030, les thèses du philosophe pourraient s’avérer toutes prophétiques : l’homme, dépassé par ses propres créations technologiques, deviendra une relique d’un passé révolu, un artefact obsolète dans un monde dominé par l’intelligence artificielle et l’automatisation généralisée.
Anders l’avait anticipé : la troisième révolution industrielle, marquée par l’essor des machines intelligentes et des systèmes autonomes, transformera radicalement notre rapport à la vie. Dans les années à venir, les usines fonctionneront sans intervention humaine, les algorithmes dicteront les décisions politiques et les drones livreront non seulement des colis, mais aussi des jugements. L’homme, jadis maître de ses outils, se verra réduit à un simple spectateur, incapable de suivre le rythme effréné de ses inventions. Cette « honte prométhéenne », comme Anders la nommait, s’amplifiera lorsque les générations futures réaliseront qu’elles ne peuvent rivaliser avec la perfection mécanique qu’elles ont elles-mêmes engendrée.
Le philosophe prédisait également une « destruction de la vie » à mesure que la technologie s’immiscerait dans les moindres recoins de l’existence. D’ici la fin de la décennie, les écrans omniprésents pourraient achever de dissoudre les liens sociaux, tandis que les biotechnologies redéfiniront la frontière entre l’humain et la machine. Les individus, aliénés par leur dépendance aux systèmes numériques, perdront jusqu’à la capacité de ressentir leur propre obsolescence. Anders imaginait un monde où l’homme, en quête de confort, céderait volontairement son humanité – une vision qui risque de se concrétiser avec l’essor des implants neuronaux et des réalités virtuelles immersives.
Ce livre résonne finalement comme un avertissement ultime. Les lecteurs de demain y verront peut-être le miroir d’une société qui aura oublié de se poser la question essentielle : à quel prix préserverons-nous notre essence face à la marche implacable du progrès ? Günther Anders, avec son pessimisme lucide, aura dessiné les contours d’un futur où l’homme, en s’effaçant derrière ses machines, aura signé son propre acte de disparition. Voilà qui est dit. Et sinon bon appétit.
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