McKinsey : deux justices pour immobiliser 65 millions
La saisie annoncée par le Parquet national financier a été exécutée avec la justice belge. Ce détail géographique raconte quelque chose d’essentiel sur une enquête fiscale : identifier un préjudice en France ne suffit pas toujours à immobiliser les avoirs. La coopération permet le blocage ; ell

Bureaux de McKinsey à Bucarest. Photographie d’archive, distincte des entités françaises visées par l’enquête et de la saisie exécutée avec la justice belge. Jerry Michalski · CC BY-SA 2.0
La saisie annoncée par le Parquet national financier a été exécutée avec la justice belge. Ce détail géographique raconte quelque chose d’essentiel sur une enquête fiscale : identifier un préjudice en France ne suffit pas toujours à immobiliser les avoirs. La coopération permet le blocage ; ell
La saisie annoncée par le Parquet national financier a été exécutée avec la justice belge. Ce détail géographique raconte quelque chose d’essentiel sur une enquête fiscale : identifier un préjudice en France ne suffit pas toujours à immobiliser les avoirs. La coopération permet le blocage ; elle ne prononce pas la culpabilité.
Le déplacement du dossier
Le 4 septembre 2026, le Parquet national financier et le parquet de Bruxelles ont annoncé une saisie d’environ 65 millions d’euros dans l’enquête fiscale visant les entités françaises de McKinsey. La mesure a été exécutée le 19 août. Selon leur évaluation rapportée par l’AFP, elle correspond à 96 %du préjudice fiscal estimé. Ce chiffre décrit l’appréciation des enquêteurs à ce stade, pas un montant définitivement fixé par un jugement.
Nos dossiers sur la saisie et les prix de transfert et sur la distinction entre les procédures exposent déjà les principaux repères. L’angle complémentaire est ici la frontière : une enquête conduite par les autorités françaises a nécessité une intervention des autorités belges pour rendre la mesure effective.
L’AFP rapporte que le PNF a demandé cette assistance après des auditions menées en 2025 et 2026, dans le cadre de l’entraide internationale. Les documents publics examinés ne précisent pas toute la structure des avoirs immobilisés. Il serait donc incorrect d’inventer leur localisation bancaire exacte, leurs bénéficiaires détaillés ou les opérations qui les auraient amenés en Belgique. Le lieu de coopération est documenté ; le circuit complet ne l’est pas.
Une frontière juridique, pas seulement comptable
Un groupe international ne coïncide pas avec une seule juridiction. Ses sociétés, ses contrats et ses actifs peuvent relever de plusieurs pays. Un parquet doit alors combiner la recherche d’informations et les instruments permettant d’agir au-delà du territoire national. Dans ce dossier, l’annonce commune rend visible cette dimension. Elle ne démontre pas en elle-même que toute présence d’avoirs à l’étranger constitue un procédé frauduleux.
La question fiscale porte sur la conformité d’opérations et sur les obligations des entités concernées. La question patrimoniale porte sur les biens susceptibles d’être immobilisés pendant la procédure. Ces deux étapes s’articulent, mais elles ne sont pas identiques. On peut disposer d’une évaluation du préjudice allégué sans avoir encore obtenu une décision finale sur l’infraction. Une saisie vise notamment à préserver une possibilité d’exécution future.
C’est pourquoi le vocabulaire mérite de rester exact. Immobiliser n’est pas encaisser. Saisir à titre conservatoire n’est pas confisquer définitivement. Annoncer un montant n’est pas annoncer une recette budgétaire. Une publication qui transforme ces 65 millions en argent déjà rendu au contribuable devance une procédure dont l’issue demeure ouverte. Le spectaculaire du montant n’autorise pas le raccourci.
Le contradictoire fait partie du document
McKinsey a déclaré à l’AFP contester toute faute et poursuivre sa coopération avec les autorités. Le groupe présente la saisie comme une mesure conservatoire liée à une enquête, qui ne constitue pas une décision de justice sur le fond. Cette réaction doit être publiée à côté de l’annonce du parquet. La reproduire n’oblige pas la rédaction à l’adopter ; l’omettre empêcherait le lecteur de connaître la position de l’entité visée.
L’enquête préliminaire a été ouverte en mars 2022 pour blanchiment aggravé de fraude fiscale, après les travaux de la commission d’enquête sénatoriale. Le Sénat avait examiné la situation fiscale de deux principales entités françaises sur 2011 à 2020. Il avait décrit des versements nuls d’impôt sur les sociétés sur cette période, malgré un chiffre d’affaires français important. Le chiffre d’affaires et le bénéfice imposable ne mesurent cependant pas le même objet.
C’est précisément la question des opérations internes et de leur justification qui exige un travail documentaire. Une entreprise peut payer des prélèvements sociaux et d’autres impôts sans verser d’impôt sur les sociétés au titre d’une période donnée. Mettre tous ces montants dans un même total peut obscurcir la question posée. Inversement, une absence d’impôt sur les sociétés n’établit pas seule une infraction : la qualification dépend des règles et des faits examinés.
Une affaire ne peut absorber les autres
L’AFP précise que cette saisie n’est pas liée aux informations judiciaires concernant les conditions d’intervention de cabinets de conseil dans les campagnes électorales de 2017 et 2022 ou à l’enquête pour favoritisme. Le nom McKinsey apparaît dans plusieurs dossiers, mais cette proximité ne permet pas de transférer les indices ou les actes procéduraux de l’un à l’autre. La frontière entre procédures est aussi importante que la frontière entre pays.
Les activités bénévoles ou les relations politiques mentionnées dans d’autres enquêtes ne deviennent pas la cause démontrée de la saisie fiscale. Les rappeler peut fournir un contexte si leur objet est explicitement indiqué. Les juxtaposer sans distinction construit un récit de culpabilité par accumulation. Le lecteur doit pouvoir savoir quelle autorité examine quoi, sous quelle qualification et à quel stade.
La coopération belge apporte donc un élément nouveau sur la capacité d’action de l’enquête, pas une conclusion politique universelle. Les procureurs ont communiqué un montant et un lien avec leur estimation du préjudice. Ils n’ont pas annoncé une condamnation des personnes ou des sociétés visées. Une critique exigeante doit résister à la tentation de compléter leur communiqué avec un verdict que personne n’a rendu.
Les questions pour la suite
Il restera à connaître les décisions prises sur le fond, les contestations éventuelles de la mesure et le devenir des avoirs. La publication d’un montant ne clôt pas ces étapes. Le public peut aussi demander ce que cette coopération révèle des moyens d’une enquête fiscale transfrontalière, des délais d’entraide et de l’accès aux informations. Ces interrogations portent sur les capacités institutionnelles ; elles ne supposent pas un résultat judiciaire.
Le point le plus solide de cette annonce est peut-être celui qu’un titre laisse souvent tomber : la saisie a nécessité deux justices. L’argent circule dans une organisation internationale ; la preuve et les actes doivent pouvoir suivre. En attendant une issue sur le fond, les 65 millions sont un fait procédural important. Leur immobilisation mérite d’être expliquée avec précision, justement parce qu’elle ne dit pas encore le dernier mot.
Documents et sources
- AFP, annonce conjointe PNF-Bruxelles et réponse McKinsey,4septembre2026
- Sénat, impôt sur les sociétés des entités françaises2011-2020
Vérification éditoriale : 13 septembre 2026. Les analyses et propositions sont celles de la rédaction. Les procédures en cours ne constituent pas des condamnations.
État des informations au 13 septembre 2026. Sources accessibles par les liens du dossier. Corrections et droit de réponse : zoesagan2@gmail.com.
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