Venise ne sait pas dire combien de films elle a sélectionnés, et pas davantage combien de femmes
Vingt films en compétition, ou dix neuf plus celui de l’ouverture, selon la liste. Une réalisatrice, ou deux, selon la langue de la dépêche. Le directeur artistique parle d’un minimum historique. La présidente du jury a répondu par une blague, puis par une phrase que personne n’a reprise.
Venise ne sait pas dire combien de films elle a sélectionnés, et pas davantage combien de femmes
Vingt films en compétition, ou dix neuf plus celui de l’ouverture, selon la liste qu’on ouvre. Une réalisatrice, ou deux, selon la langue de la dépêche. Le directeur artistique parle d’un minimum historique. La présidente du jury a répondu par une blague, puis par une phrase que personne n’a reprise en titre.
Elle a enchaîné, dans la même prise de parole : « There’s a systemic problem. » Puis : « I do think it’s much harder for women to get their films financed. » Puis la question qui vaut plus que la blague et que la moitié des reprises a coupée : « Who decides what’s good? Who decides what’s valuable? That’s also a question I have, and it’s a legitimate one. » Traduction sans emphase : qui décide de ce qui est du grand art. La réponse tient dans la composition de la compétition qu’elle est chargée de juger.
Passons au décompte, puisque c’est le sujet. Le 23 juillet, Alberto Barbera présente sa sélection. La Biennale annonce 20 films en compétition. La liste diffusée dans la foulée de la conférence en comporte 19, auxquels s’ajoute Ink de Danny Boyle, présenté à la fois comme film d’ouverture et comme concurrent au Lion d’or. Un film qui compte deux fois selon la colonne où on le range. C’est le premier flottement, il est documenté par la note de méthode d’Objectif Festival, présent à la conférence.
Le deuxième flottement porte sur les femmes. La presse française qui a assisté à l’annonce écrit : une seule réalisatrice parmi les vingt, May el-Toukhy, pour Woman Unknown, coproduction danoise et égyptienne. Contre six l’an dernier. La dépêche anglophone reprise notamment par CP24 écrit que Gyllenhaal a interrogé la sélection de seulement deux réalisatrices. Une ou deux. Sur vingt, ou sur dix neuf. Quatre combinaisons possibles pour une même compétition, ouverte depuis mercredi.
1 ou 2 · réalisatrices, selon la dépêche.
6 · réalisatrices l’an dernier, même festival.
5 · films italiens en compétition.
4 · films français.
Barbera, lui, a reconnu un minimum historique de ces dernières années. C’est une formule d’aveu, pas une formule de défense, et elle a le mérite de ne pas discuter le fait. Ce qu’elle ne dit pas, c’est pourquoi une institution qui tient un catalogue au titre près depuis 1932 n’arrive pas à publier un chiffre stable sur une variable qu’on lui réclame chaque année depuis dix ans. On ne compte bien que ce qu’on regarde.
Le détail qui achève la scène. Maggie Gyllenhaal préside le jury, et elle présente cette année à Venise un court métrage, Flesh. Hors compétition. Elle l’a d’ailleurs relevé elle même à la conférence, en notant que le fait de lui confier la présidence du jury après les deux films qu’elle a réalisés était en soi une chose à considérer. La seule cinéaste dont on parle beaucoup au Lido cette semaine n’est donc pas en lice : elle juge.
Le reste de la sélection ressemble à un très bon festival. Werner Herzog réunit pour la première fois les sœurs Rooney et Kate Mara. Nanni Moretti revient au Lido trente sept ans après en avoir été écarté. Lee Chang-dong signe son premier long depuis Burning, produit par Netflix. Martin McDonagh place Malkovich et Rockwell en agents de la CIA au Chili en 1973. Florian Zeller enferme Penélope Cruz et Javier Bardem dans un récit de fin du monde. Quatre Français en compétition : Brizé, Kahn, Pariser, Zeller. Personne ne conteste la qualité. C’est justement ce qui rend le décompte gênant.
Nous avions écrit, en ouverture, que Venise annulait la conférence de presse de son jury puis ouvrait avec un film sur l’invention du tabloïd. La conférence a finalement eu lieu, et elle a produit exactement la séquence qu’un tabloïd aurait titrée : une phrase drôle en une, la phrase utile en page 12. Pendant ce temps, en salles, trois réalisatrices sortaient le 2 septembre des moyens métrages attendus onze ans, Isabel Coixet adaptait Michela Murgia et Anouk Grinberg tenait le premier rôle d’un film sur l’hôpital. Le même jour que l’ouverture du Lido. Le financement n’est pas le seul filtre : la visibilité en est un autre, et il se règle plus vite.
Un festival capable de faire compter un film deux fois n’aura aucun mal, dimanche 12 septembre, à trouver un palmarès équilibré. Il suffira de recompter.
DANS L’ARCHIVE · Venise ouvre avec le film sur l’invention du tabloïd · Trois moyens métrages en salle onze ans après · Isabel Coixet adapte Michela Murgia · La dernière patiente, Anouk Grinberg · Le box office français change de tête trois fois en trois semaines
NOTE DE TRANSPARENCE · la citation de Maggie Gyllenhaal est reproduite en anglais et n’a pas été traduite ; elle a été prononcée sur le ton de l’ironie, ce que toutes les sources signalent, et la lire au premier degré serait un contresens. Le comptage à une réalisatrice vient des reprises françaises de la conférence du 23 juillet, celui à deux d’une dépêche anglophone du 2 septembre ; nous n’avons pas pu établir laquelle des deux lectures la Biennale valide, et nous ne tranchons pas.
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