4 100 postes d’un côté, des robots sur un podium de l’autre : l’IFA ouvre « l’ère de l’IA personnelle »
Pour la première fois en 102 ans, un fabricant de puces ouvre le plus grand salon d’électronique d’Europe. Samsung quitte Messe Berlin après 35 ans. Samedi, des humanoïdes défileront sur un podium. Et deux marques allemandes du salon suppriment ou déplacent 4 100 postes.
4 100 postes d’un côté, des robots sur un podium de l’autre : l’IFA ouvre « l’ère de l’IA personnelle »
Berlin, ce vendredi, 11 heures. Un fabricant de puces ouvre le plus grand salon d’électronique d’Europe pour la première fois en 102 ans. Demain, à 12 h 45, des humanoïdes défileront sur un vrai podium. Et dans les mêmes halls, deux marques allemandes exposent leurs machines intelligentes à quelques mètres de la trace de 4 100 postes qu’elles suppriment ou déplacent.
35 · années de présence de Samsung à Messe Berlin, terminées cette semaine.
8 · kilomètres entre le salon et l’endroit où Samsung s’est réinstallé.
932 · entreprises chinoises exposantes, sur plus de 1 900.
4 100 · postes supprimés ou déplacés par deux exposants allemands du salon.
Le titre de la keynote d’ouverture, c’est « The Era of Personal AI: The Future of Imagination ». Elle est délivrée par Jack Huynh, patron du calcul et du graphique chez AMD, sur l’Innovation Stage, à 11 heures heure de Berlin. AMD. Pas Sony, pas LG, pas un fabricant de téléviseurs. Un fondeur. C’est la première fois en 102 ans d’IFA, et ça dit tout de l’endroit où la bagarre se joue maintenant : plus dans le design du produit, dans la puce qui est dedans.
Le salon ouvre ce 4 septembre et court jusqu’au 8. Plus de 1 900 marques, 49 pays, 190 000 mètres carrés, 27 halls, 220 000 visiteurs attendus. Thème officiel : « The Future Is Now ». Ticket adulte à 21,50 euros en ligne, 28 euros sur place, gratuit avant 15 ans. Le soir de l’ouverture, le rappeur berlinois Luciano joue au Sommergarten. Un salon d’électroménager qui programme un concert de rap : la mutation en événement culturel est assumée.
Deuxième mouvement, et celui là personne ne l’a raconté comme une rupture. Samsung quitte Messe Berlin. Le coréen y exposait depuis 1991, un premier stand de 43 mètres carrés, devenu un City Cube de 8 700 mètres carrés. Trente cinq ans. Cette année, il ouvre sa propre boutique, Samsung Connect, au Humboldt Carré, en plein Mitte, à 8 kilomètres du parc des expositions. La même manœuvre qu’au CES en janvier, où il avait préféré le Wynn au palais des congrès. Moins de monde, plus de contrôle. La marque reste sponsor principal du Creator Hub sur place. Elle sponsorise le salon qu’elle a quitté.
La confiance ne se télécharge pas. Belle formule. Voyons ce qui se télécharge quand même. Sur les 1 900 et quelques exposants, 932 sont des entreprises chinoises, soit presque la moitié du salon. Et samedi 5 septembre, à 12 h 45, sur la Creator Stage, l’IFA organise une première maison : « Robots on the Runway ». Des humanoïdes, des quadrupèdes et des machines diverses sur un podium de défilé de mode, pour montrer leur démarche et leur coordination. Le plateau annoncé : Primebot, EngineAI, Cozio, Dobot, DEEP Robotics, Agibot, Unitree, Ollobot, Astrall Dynamics, AIMOGA. Vous avez lu la liste. Cherchez l’européen.
Maintenant le chiffre que le salon n’affiche nulle part. BSH, la maison de Bosch, Siemens, Gaggenau et Neff, ferme son usine de Nauen dans le Brandebourg, environ 440 postes, production arrêtée mi 2027, et celle de Bretten dans le Bade Wurtemberg, environ 980 postes, production arrêtée en mars 2028. Environ 1 400 postes. Motif annoncé : demande en recul et concurrence à bas coût. Miele, de son côté, a réduit ou déplacé jusqu’à 2 700 postes dans le monde via son Miele Performance Program. Total : environ 4 100. Les deux marques exposent cette semaine. Miele tient même une keynote samedi matin, à 11 heures, intitulée « The End of Housework Is in Sight ».
La fin du travail domestique est en vue. La fin du travail tout court aussi, dans deux usines allemandes, et ce n’est pas dans le programme. Les deux informations sont vraies, datées, publiques, et elles n’ont jamais été imprimées sur la même page : les plans sociaux vivent dans la presse spécialisée équipement, l’IFA vit dans les pages produits. Deux services, deux rubriques, jamais la même feuille.
Ajoutez le contexte, tel que la GFU l’a elle même posé à la cérémonie : plus de 2 500 milliards de dollars dépensés dans l’IA en 2026, un dollar affaibli, des routes d’approvisionnement perturbées, et une crise de la mémoire qui renchérit tout ce qui est exposé dans les halls. On a déjà décrit la braderie. Là, on regarde la facture. Elle est dans les 18 gigawatts que les data centers ont réservés sur le réseau public français, elle est dans la décote de 64 milliards d’euros qu’un géant chinois a encaissée en entrant en Bourse, et elle est dans le point de chômage que la France a repris en six trimestres.
Il y a un an, LVMH ouvrait 69 de ses ateliers au public pour montrer la main qui fabrique. À Berlin, on ouvre 27 halls pour montrer la machine qui remplace la main. Ce sont deux stratégies de communication opposées, et l’une des deux a le mérite d’assumer ce qu’elle vend.
Samedi, à 13 h 15, exactement pendant que les robots défileront, l’analyste Sascha Pallenberg tiendra sur la Dream Stage une session dont le sujet est de savoir si toute cette vague d’humanoïdes est de l’ingénierie ou du cycle d’investissement. Programmée en même temps. Sur une autre scène. Le salon a prévu son propre contradicteur et l’a placé là où personne ne pourra le voir sans rater le défilé.
Programme complet, hall 25, samedi après midi : les robots marchent sur un podium, un monsieur explique dans la salle d’à côté que c’est peut être une bulle, et à 300 kilomètres de là on démonte une chaîne de production de lave vaisselle. Ticket à 21,50 euros. Les moins de 15 ans entrent gratuitement, ils sont les seuls à voir la totalité du spectacle.
DANS L’ARCHIVE · La semaine où l’IA a cassé ses prix · 18 gigawatts réservés par les data centers · Shein entre en Bourse à moins 64 milliards · LVMH ouvre 69 lieux · Le chômage a monté d’un point en six trimestres
NOTE DE TRANSPARENCE · les 4 100 postes sont une addition faite ici, à partir de deux plans distincts et publiquement annoncés. Pour Miele, la formulation officielle est « réduits ou déplacés », pas « licenciés », et nous la conservons. Aucune des deux entreprises n’a lié ces décisions à sa présence à l’IFA. Nous n’étions pas à Berlin : tout ce qui est décrit du salon vient du programme officiel et des comptes rendus cités.
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