Deux festivals, et des jurys qu’il faut lire comme des phrases
Le Lido, la table du jury, six chaises. Deauville, une autre table, cinq chaises. On publie ces noms comme des listes de convives. Ce sont des déclarations sur qui a le droit de juger le cinéma en 2026.
Deux festivals, et des jurys qu’il faut lire comme des phrases
Le Lido, la table du jury, six chaises. Deauville, une autre table, cinq chaises. On publie ces noms comme des listes de convives. Ce sont des déclarations sur qui a le droit de juger le cinéma en 2026.
La 83e Mostra de Venise se tient du 2 au 12 septembre 2026. La présidence du jury a été annoncée le 23 avril 2026 : Maggie Gyllenhaal, actrice américaine passée à la réalisation. La composition complète a été dévoilée le 22 juin 2026 et comprend Kaouther Ben Hania, Daniel Blumberg, Francesco Casetti, Xavier Giannoli, Shahrbanoo Sadat et Johnnie To (Mostra de Venise 2026, CNews, 4 août 2026). Deux Lions d’or d’honneur récompenseront par ailleurs l’ensemble des carrières d’Ellen Burstyn et de George Clooney.
Commençons par une correction, parce qu’elle est instructive. Plusieurs listes de ce jury circulent en français avec cinq noms au lieu de six, et c’est systématiquement le même qui saute : Francesco Casetti. Ce n’est pas un hasard de mise en page. Casetti n’est ni réalisateur ni acteur ni compositeur, c’est un théoricien du cinéma. Quand une rédaction compresse une liste, elle garde les métiers qu’elle sait décrire sur un tapis rouge et elle laisse tomber celui qu’elle ne sait pas photographier. Venise a fait entrer un universitaire dans le jury de sa compétition principale, et une partie de la presse l’a effacé en recopiant.
Maintenant, lisez les six noms d’affilée, et pas en colonne. Une Américaine qui est passée de devant à derrière la caméra. Une Tunisienne. Un Hongkongais de quatre vingt dix ans de cinéma populaire. Une Afghane. Un Français. Un compositeur britannique. Plus un théoricien italien. Ce n’est pas un carnet d’adresses, c’est une proposition : le cinéma de 2026 se juge depuis sept endroits différents du monde et sept rapports différents à l’image, dont un qui n’est pas un rapport de fabrication mais un rapport de pensée. On peut trouver ça pieux. On peut aussi remarquer que c’est exactement l’inverse de ce que fait l’industrie qui alimente ces festivals, laquelle continue de produire depuis deux ou trois adresses seulement.
À une semaine d’écart, du 4 au 13 septembre 2026, la 52e édition du Festival du cinéma américain de Deauville tient sa propre table. Roschdy Zem préside le jury principal. Et le 21 juillet, les organisateurs ont annoncé que Lio présiderait le Jury de la Révélation, entourée de Noée Abita, Marion Barbeau, Manon Clavel et Sayyid El Alami (CNews, Tendance Ouest).
Une chanteuse belge, révélée au début des années quatre vingt par une pop enfantine et vénéneuse, va donc désigner la révélation du cinéma américain. Là encore, la lecture paresseuse consiste à trouver ça charmant, ou décalé. La lecture juste consiste à noter ce que le mot révélation veut dire selon qui le prononce. Lio a été une révélation à seize ans, dans une industrie qui a ensuite passé quarante ans à lui rappeler ce qu’elle avait le droit d’être. Confier à cette personne précise le pouvoir de désigner un début de carrière, ce n’est pas un casting, c’est un point de vue sur ce qu’un début de carrière coûte.
Deauville remettra par ailleurs son Deauville Talent Award à Ethan Hawke. Le festival rappelle qu’il totalise cinq nominations aux Oscars comme acteur et comme scénariste, et que la plus récente est sa première dans la catégorie du meilleur acteur dans un rôle principal, pour Blue Moon, sa neuvième collaboration avec le cinéaste Richard Linklater (Festival de Deauville). Neuf films avec le même réalisateur sur près de quatre décennies : c’est là aussi une phrase, et elle dit quelque chose que les festivals célèbrent rarement, à savoir la fidélité comme méthode de travail plutôt que comme sentiment.
Ce qui relie les deux tables est simple et personne ne le formule. Un festival ne sélectionne plus seulement des films, il sélectionne des regards, et il le fait de plus en plus tôt, de plus en plus visiblement, de plus en plus loin de l’industrie qu’il récompense. Venise met une théoricienne du cinéma et une réalisatrice afghane dans la pièce où l’on distribue le Lion d’or. Deauville met une chanteuse pop et un acteur qui a bâti sa carrière sur la répétition d’une même rencontre. Les palmarès de septembre seront commentés pendant trois jours. Les jurys, eux, ont déjà tout dit, et ils l’ont dit en avril, en juin et en juillet, pendant que personne ne regardait.
NOTE DE TRANSPARENCE · la sélection officielle des films de Deauville n’est pas connue à ce stade et rien n’en est annoncé ici. Les éléments biographiques concernant Ethan Hawke, y compris le décompte de cinq nominations aux Oscars et la neuvième collaboration avec Richard Linklater, sont ceux publiés par le festival lui même dans son communiqué, et n’ont pas été recoupés ligne à ligne auprès de l’Académie. La lecture proposée du parcours de Lio est une interprétation éditoriale assumée, elle n’engage qu’elle et ne repose sur aucune déclaration de l’intéressée. Aucune vidéo n’est embarquée : aucune annonce officielle en ligne de la Biennale n’a pu être vérifiée à une URL certaine. Aucun post X n’est embarqué pour la même raison, y compris pour les comptes institutionnels des deux festivals.
Une avenue, un après midi d’août, trois vitrines voisines. Les chiffres du premier semestre 2026 disent laquelle a du monde. Et ce n’est pas celle qui a dépensé le plus pour en avoir.
Six entreprises autour d’une table, trois dans le viseur. Le cadre de sécurité américain viserait les modèles fermés et épargnerait les modèles ouverts. La ligne de partage annoncée n’est pas le risque : c’est l’architecture.
Il a raconté sa version dans un mémoire vendu en librairie. Le procès qui s’ouvre lundi à Las Vegas ne repose pas sur une percée d’enquête : il repose sur ce qu’un homme a bien voulu publier lui même.
Le premier chef d’œuvre du cinéma sans caméra, Anthropic qui a découpé des millions de livres et un juge qui dit que c’est légal, Musk qui exige le silence d’une candidate française, les faux journaux russes, le péage d’Ormuz, le chômage à 8,3 %, le luxe qui applaudit ses reculs.
Charles Curran a mis en ligne une bande annonce entièrement générée par IA. Deux minutes trois, 3,3 millions de vues, aucune caméra. Et le mot Goonpocalypse existait treize mois avant l’image.
PARADISE #036. Late Night Letterman 21 juillet 1988. Vanity Fair cover septembre 1988. Truth or Dare 1991. Madonna 60 millions cumul 1988-1992. Sandra 800 mille cumul. Ratio 75 contre 1. Sandra coming out 1991 stagne carrière. Sandra livre May I Kiss You 2002. Reporter Nova Sagan.