Le texte existe. Il ne s’appelle pas « Infinite Life », il n’a pas de date de fin, et il engage un État qui n’existe pas encore.
L’accord sur le Groenland a été signé à New York le 22 septembre et publié par la Maison Blanche. Lu article par article : pas de nom, pas de date de fin, des bases nouvelles soumises à accord mutuel, et un futur État indépendant déjà engagé.
Le texte existe. Il ne s’appelle pas « Infinite Life », il n’a pas de date de fin, et il engage un État qui n’existe pas encore.

Le 22 septembre 2026, à New York, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies, le président des États-Unis Donald Trump, la Première ministre danoise Mette Frederiksen et le Premier ministre groenlandais Jens Frederik Nielsen ont signé un accord de sécurité sur le Groenland. La Maison Blanche en a publié le texte intégral le jour même.
Son intitulé officiel est un accord destiné à « modifier et compléter l’accord du 27 avril 1951 » sur la défense du Groenland. Il compte 12 articles et une annexe. Il a été établi en anglais, en danois et en groenlandais. En cas de divergence entre les versions, l’anglais prévaut.
Il entrera en vigueur à la date d’une note diplomatique informant les États-Unis que les procédures parlementaires nécessaires ont été menées à bien par le Danemark et le Groenland.
Lecture · Nova SaganCommençons par le nom. Le 18 septembre, le président américain avait baptisé l’accord « Infinite Life », en expliquant que cela voulait dire qu’il ne se termine jamais. Le nom ne figure nulle part dans le texte publié. Ni dans le titre, ni dans le préambule, ni dans les 12 articles. La marque est restée sur le réseau social. Le document, lui, s’appelle comme un avenant.
L’idée, en revanche, y est. Article XI, premier alinéa. L’accord « n’a pas de date de fin » et ne peut être modifié que par consentement mutuel. C’est le seul point sur lequel le slogan et le traité disent la même chose.
Le deuxième alinéa de l’article XI est la pièce maîtresse. Si le Groenland exerce son droit à l’autodétermination pour devenir indépendant, le gouvernement danois et le gouvernement groenlandais « veilleront ensemble » à ce que l’État indépendant accepte de rester dans l’OTAN, y compris en demandant son adhésion si nécessaire, et reprenne dès le jour de l’indépendance tous les droits et obligations prévus par l’accord.
Le préambule, quelques paragraphes plus haut, reconnaît que le peuple du Groenland constitue un peuple au sens du droit international, doté du droit à l’autodétermination, et rappelle que la procédure d’indépendance est fixée par l’article 21 de la loi n° 473 du 12 juin 2009 sur l’autonomie. Le même document reconnaît donc un droit, et règle par avance une partie de ce qui suivra son exercice. Un traité signé en 2026 écrit les obligations d’un État qui n’existe pas.
Ce qu’on avait annoncé, ce qui est écritLe 18 septembre, un responsable du Département d’État cité par la BBC affirmait que Washington pourrait construire de nouveaux sites militaires sans que Nuuk ou Copenhague aient à l’approuver. Nous l’avions rapporté dans notre dépêche du 20 septembre, en signalant que le texte manquait.
Voici l’article IV, alinéa iii. N’importe quelle partie peut proposer une nouvelle zone de défense. Les parties se réunissent au Comité permanent pour en décider les modalités « sur la base d’un accord mutuel ». Faute d’accord en 90 jours, la discussion monte au niveau des vice ministres, puis des ministres. Le texte ne prévoit rien au delà. Pas d’arbitre. Pas de clause de passage en force.
2 sites sont en revanche nommés d’avance à l’alinéa ii · Narsarsuaq et Mestersvig, distants d’environ 950 miles selon CBS News, soit un peu plus de 1 500 kilomètres. S’y ajoute l’extension de la base spatiale de Pituffik.
Deuxième écart. À la tribune, juste avant la signature, Donald Trump a déclaré qu’aucun adversaire ne pourrait plus faire d’investissements sensibles au Groenland « sans notre approbation écrite expresse ». L’article X dit autre chose. Les investisseurs d’un État qui n’est ni membre de l’OTAN, ni partenaire de l’OTAN, ni membre de l’Union européenne ne peuvent ni contrôler, ni influencer de façon significative les secteurs « particulièrement sensibles », « sauf accord entre les parties ». Et c’est le Groenland qui applique le filtrage, en coopération avec Copenhague. L’approbation est collective. Elle n’est pas américaine.
La liste des secteurs sensibles reste ouverte · « y compris, mais sans s’y limiter, les infrastructures critiques et l’extraction de ressources ». Sur une île qu’ABC News décrit d’abord par ses minerais et ses réserves de pétrole et de gaz, la formule compte plus que toutes les autres.
Ce qui est accordé sans conditionL’article VI est le plus large. Les aéronefs américains peuvent survoler et atterrir « sur tout territoire du Groenland », eaux territoriales comprises, et les navires publics américains y disposer d’un accès sous marin, « sans restriction, sauf accord contraire des parties ». L’article IX interdit à tout État non membre de l’OTAN d’y installer une base, habitée ou non. Le préambule, enfin, nomme le programme qui justifie l’ensemble · le « Golden Dome ».
En contrepartie écrite, l’article IV attribue les contrats de construction et d’entretien à des entreprises groenlandaises « dans toute la mesure du possible ». Le Secrétaire d’État Marco Rubio a salué un accord obtenu « sans aucun coût pour le contribuable américain », selon ABC News. Le préambule rappelle de son côté « les milliards de dollars » déjà dépensés par les États-Unis pour la défense de l’île.
Mette Frederiksen a déclaré de son côté que l’accord respecte l’intégrité territoriale du Royaume et le droit du Groenland à l’autodétermination. Les 2 phrases sont exactes au regard du préambule. L’article XI dit ce qu’il advient de ce droit s’il est exercé.
Le silence des autresLe texte est en ligne depuis mardi. Dans les reprises consultées, nous n’avons trouvé aucune lecture article par article en français. Les 3 écarts ci dessus tiennent pourtant chacun en une phrase du document signé. Nous avions aussi suivi les 200 millions que Bruxelles met au Groenland, poste par poste, et la présidence française du Conseil de sécurité ce mois ci. Le discours prononcé juste avant la signature a son propre compteur, tenu ici ce matin par Alpha Sagan.
Roll Call Factbase, chaîne YouTube · cérémonie de signature de l’accord trilatéral, New York, 22 septembre 2026. Ce qu’elle prouve · la signature a eu lieu et les 3 dirigeants s’y expriment publiquement. Lien de secours · youtube.com/watch?v=Nd7iPiFUo0I
Dernière ligne du document, article XII · l’accord entrera en vigueur à la réception d’une note diplomatique. À l’heure du bouclage, les sources consultées ne mentionnent aucune date de vote, ni au Folketing à Copenhague, ni à l’Inatsisartut à Nuuk.
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