Oscar Wilde, L'Importance d'être constant. L'esprit le plus brillant du siècle, et le prix qu'il a payé.
La comédie la plus drôle de la langue anglaise, créée quelques mois avant que l'État ne détruise son auteur. Tiffany Sagan lit le style comme défi, depuis le fumoir.
C'est la comédie la plus drôle de la langue anglaise, et c'est un piège, parce que sous le rire se cache une tragédie que Wilde allait vivre dans sa chair. Créée à Londres en 1895, L'Importance d'être constant est une mécanique de précision où chaque réplique claque comme une épée glissée dans un gant de soie.
L'intrigue est un jeu de masques. Deux jeunes gens inventent chacun un personnage fictif, un certain Constant, pour échapper à leurs obligations et séduire à leur guise. Quiproquos, doubles vies, mariages contrariés : tout n'est que prétexte aux fulgurances de Wilde sur le mensonge mondain, le mariage, la respectabilité. La vérité, y dit on, est rarement pure et jamais simple.
Wilde a fait du paradoxe un art et de l'esprit une arme. Chez lui, la légèreté est une politesse du désespoir, et le mot d'esprit, une façon de dire des choses graves en faisant mine de plaisanter. Derrière le brillant, il y a une critique en règle d'une société qui adore les apparences et punit ceux qui s'en écartent.

Car le destin a donné à la pièce un écho tragique. Wilde la crée au sommet de sa gloire, adulé, célébré. Quelques mois plus tard, le même homme passe en procès pour son homosexualité, est condamné aux travaux forcés, brisé, ruiné, exilé. Il meurt à Paris, pauvre, en 1900. L'esprit le plus brillant de son temps, détruit par l'État pour ce qu'il était.
Cette coïncidence donne à la comédie une profondeur posthume. La pièce sur les fausses identités et les masques a été écrite par un homme qui devait, lui, cacher qui il était pour survivre, et que la société a fini par broyer dès qu'il a cessé de jouer le jeu.
C'est ce qui rend Wilde intemporel. On peut faire taire l'artiste, le condamner, le ruiner. On n'éteint pas le style. Ses répliques brillent encore, jouées partout, citées sans cesse. Ses juges, eux, n'ont pas laissé une seule phrase.
À lire, et à voir jouer, pour le plus pur des plaisirs d'esprit. Puis à se souvenir du prix payé. C'est ce qui rend ce rire si précieux : il a coûté une vie.
L'argument · d'après l'éditeur
Deux dandys s'inventent chacun un ami fictif nommé Constant pour fuir leurs obligations et séduire. Comédie de mœurs étincelante, créée en 1895, quelques mois avant le procès de son auteur.
TIFFANY SAGAN · LECTURES DES SŒURS · LE LUXE EST UNE LANGUE
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