Le même vendredi, l’Insee annonce 2,4 % d’inflation et le ministre du Travail explique qu’indexer coûte trop cher
9h44, l’Insee publie une inflation à 2,4 % sur un an, tirée par une énergie en hausse de 16,7 %. 14h03, Jean-Pierre Farandou confirme l’indexation du RSA et de l’Aspa, et rouvre le débat sur la désindexation des pensions. Quatre heures et dix-neuf minutes séparent les deux dépêches.
Le même vendredi, l’Insee annonce 2,4 % d’inflation et le ministre du Travail explique qu’indexer coûte trop cher
9h44, l’institut publie son estimation provisoire, tirée par l’énergie. 14h03, le ministre confirme que le RSA et le minimum vieillesse suivront la hausse des prix, et laisse entendre que les retraites ne devraient plus la suivre. Quatre heures et dix-neuf minutes séparent les deux dépêches. Personne ne les a mises côte à côte.
Vendredi 28 août 2026, 9h44. L’Insee publie l’estimation provisoire des prix à la consommation : hausse de 2,4 % sur un an en août, après 2,1 % en juillet. L’institut attribue l’accélération « essentiellement » aux prix de l’énergie, en hausse de 16,7 % sur un an, et principalement aux produits pétroliers (MoneyVox avec l’AFP). Sur un mois, les prix montent de 0,7 %, après 0,6 % en juillet. L’indice harmonisé qui sert aux comparaisons en zone euro, lui, monte à 2,7 % après 2,4 %.
Le détail par poste dit à qui la facture est adressée. La baisse des prix des produits manufacturés s’atténue, à moins 0,4 % après moins 0,7 %. L’alimentation accélère à 1,1 % après 1 %, tirée par les produits frais qui passent de 3,8 % à 5,8 %. Les services ralentissent, à 2 % après 2,2 %. Le tabac progresse de 3,3 %, comme en juillet. Autrement dit : ce qui se reporte, se négocie ou s’achète en solde ralentit, et ce qui se consomme chaque jour accélère.
Le point de comparaison figure dans la même dépêche et n’a été repris nulle part. En août 2025, avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, l’inflation française était à 0,9 % sur un an, et les prix de l’énergie baissaient de 6,2 %. D’un mois d’août à l’autre, le poste énergie s’est donc déplacé de 22,9 points. Ce n’est pas une dérive intérieure, c’est un choc importé qui traverse la facture domestique sans que personne, à Paris, n’ait de levier sur le baril.
14h03, même jour, même agence. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou est interrogé sur France Info et annonce un arbitrage rendu par le Premier ministre : « Sur les minima sociaux, le Premier ministre a arbitré, nous allons indexer le RSA et le minimum vieillesse, ce qu’on appelle l’Aspa » (MoneyVox avec l’AFP). Il cite ensuite les postes « sacralisés » de son ministère dans le budget 2027 : l’apprentissage, les contrats d’engagement jeune, et les inspecteurs du travail, dont le nombre « sera maintenu à quasiment 2.000 ». À rapprocher du projet de dépenses publié mi-juillet, qui inscrivait une baisse de 2,8 milliards d’euros pour la mission travail. Sacraliser, dans ce dossier, signifie donc conserver à l’intérieur d’une enveloppe qui recule.
L’argument est arithmétiquement exact et politiquement retourné. Oui, un point d’inflation appliqué à 400 milliards d’euros de pensions coûte davantage qu’un point appliqué au RSA. C’est précisément la définition d’une clause d’indexation : elle ne coûte rien quand les prix ne bougent pas, et elle coûte cher au moment exact où elle sert à quelque chose. Proposer de la suspendre en phase d’inflation élevée revient à proposer de ne l’honorer que les années où elle est sans objet. La veille, jeudi 27 août, devant la Rencontre des entrepreneurs de France du Medef, le même ministre avait posé la phrase dans sa version brute : il « faut remettre en question ce principe d’une indexation systématique qui est très coûteuse, encore plus en phase d’inflation élevée ».
Le même vendredi, la CGT publie un communiqué demandant au gouvernement d’« abandonner son projet de désindexation des pensions », et au patronat de « revenir sur le gel des retraites complémentaires qu’il impose à 14 millions de retraités depuis deux ans ». Ce second point mérite d’être lu deux fois : la désindexation des complémentaires n’est pas un projet, c’est un état de fait vieux de deux ans, décidé hors du Parlement, et il concerne 14 millions de personnes. Le débat public porte donc sur une mesure dont une large part est déjà appliquée ailleurs, par d’autres, sans vote.
Interrogé sur la proposition d’Édouard Philippe de ramener de 18 à 12 mois la durée maximale d’indemnisation des demandeurs d’emploi de moins de 50 ans, le ministre a répondu qu’il fallait « passer par le dialogue social » pour « réformer sans brutalité ». La formule mérite d’être conservée : elle qualifie la méthode, jamais le contenu.
Il faut donc relire les deux dépêches ensemble, puisque aucune rédaction ne l’a fait. Le matin, l’État mesure une hausse des prix qu’il ne contrôle pas et qui frappe l’énergie et les produits frais. L’après-midi, il annonce que cette hausse sera répercutée sur les minima sociaux, et il ouvre le débat sur son non-report aux pensions. Une même statistique publique sert ainsi, le même jour, de droit pour les uns et d’argument de coût contre les autres. Ce n’est pas une contradiction, c’est un arbitrage, et il a un nom : décider qui est indexé. Trois jours plus tôt, nous notions déjà que la hausse du chômage tenait pour près de moitié à un déplacement de la frontière statistique des actifs, décidé par la loi plein emploi. Le procédé est le même. L’indicateur ne change pas. Ce qui change, c’est qui il couvre.
NOTE DE TRANSPARENCE · le chiffre du 28 août est une estimation provisoire ; l’indice définitif d’août sera publié mi-septembre et peut être révisé, comme l’avait été celui de juillet. L’Insee ne détaille pas à ce stade les composantes de la variation mensuelle, que la dépêche attribue au rebond saisonnier de l’habillement et des chaussures après les soldes : cet élément est donc donné comme explication probable et non comme mesure. Les propos du ministre sont repris de l’AFP via MoneyVox et non écoutés dans leur diffusion originale sur France Info ; ils sont cités entre guillemets tels que l’agence les a transcrits, ponctuation et parenthèses comprises. Le communiqué de la CGT du 28 août est cité à travers la même dépêche, faute d’accès au texte intégral. Le montant de 400 milliards d’euros de pensions est celui avancé par le ministre et n’a pas été recoupé auprès d’une source comptable indépendante.
Etam s’associe aux Deux Magots, mise en vente lundi, jour d’ouverture de la rentrée littéraire. Chaussettes, casquettes, foulard, sac, sweatshirts molletonnés. Deux phrases de communiqué reprises par la presse professionnelle, et pas un seul nom d’écrivain dedans.
Samedi 29 août, la Mostra supprime pour la première fois depuis des décennies la séance de questions au jury. Motif officiel : un conflit d’agenda. Mercredi 2 septembre, elle ouvre avec Ink, de Danny Boyle, sur l’invention de la presse à sensation en 1969.
Chaque équipe passe de 90 à 53. Trente-sept sorties par vestiaire, trente-deux vestiaires, une heure limite unique. Mecole Hardman Jr., trois bagues de champion, a été libéré samedi par Buffalo. Le plus grand licenciement collectif du calendrier sportif américain.
RTE l’écrit dans sa fiche de chiffres clés et personne ne le reprend : les centres de données déjà raccordés ne consomment en moyenne que 20 % de la puissance qu’ils ont demandée. Pendant ce temps la file d’attente passe de 5 à 18 gigawatts.
Le 27 août, plus de cent entreprises ont signé un appel commun contre les attaques informatiques menées par des IA. Parmi les signataires : ceux qui construisent ces IA, ceux qui ont vu leurs propres agents s’échapper cet été, et ceux qui commercialisent déjà les produits de défense.
Un Marsupilami menait l’année en France. Puis Homère est passé devant. Puis un homme en collant est passé devant Homère. Sur la même semaine, la Palme d’or de Cannes a vendu 179 317 billets, soit cinq fois moins que Spider-Man en sept jours.