Pour parler des cyberattaques, le gouvernement se réunit aux Invalides, à huis clos, et sans téléphones portables
Le lieu a été choisi à dessein. La méthode aussi. Un gouvernement qui traite de la sécurité de son système d’information commence par retirer le système d’information de la pièce. Ce n’est pas une contradiction. C’est un aveu, et il est daté du 31 août 2026.
Pour parler des cyberattaques, le gouvernement se réunit aux Invalides, à huis clos, et sans téléphones portables
Le lieu a été choisi à dessein. La méthode aussi. Un gouvernement qui traite de la sécurité de son système d’information commence par retirer le système d’information de la pièce. Ce n’est pas une contradiction. C’est un aveu, et il est daté du 31 août 2026.
Ce lundi, les ministres se retrouvent d’abord à l’Élysée pour un Conseil des ministres dont l’ordre du jour ne comporte qu’un seul point, la rentrée scolaire. Puis l’équipe gouvernementale se déplace en fin de matinée dans une aile de l’Hôtel des Invalides, au siège du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, jusqu’en fin d’après midi. La réunion se tient à huis clos et sans téléphones portables (AFP via La Gazette France, 31 août 2026).
L’ordre des sujets vaut programme. Le matin, les cyberattaques de l’été, piratages du fisc et de l’Éducation nationale au premier rang. L’après midi, le budget. Puis un point sur l’agenda parlementaire. Puis un point sur la communication gouvernementale. On commence par ce qui a été perdu, on continue par ce qu’on n’a plus, et on termine par la façon d’en parler. Personne n’a inversé les slides par erreur.
Le décor budgétaire est connu et chiffré. Une croissance atone au premier semestre qui rend hors de portée la prévision annuelle de 0,7 %. Une flambée des taux d’intérêt au delà de 4 %, qui alourdit la charge de la dette. Un risque de dérapage du déficit public au delà de l’objectif de 5 % du produit intérieur brut. Et 10 milliards d’euros de rallonges déjà promises à la Défense, à l’Intérieur, à la Justice, à l’Éducation, à la Recherche et à l’Écologie, auxquelles s’ajouteront un plan de sauvetage agricole pour la fin d’année et un plan de relance l’an prochain, érigés par Sébastien Lecornu en « dossier numéro un de la rentrée ».
Dans ce même courrier, le Premier ministre reconnaît et déplore qu’en matière de cybersécurité « peu de ministères sont au niveau requis », et ajoute : « Ce n’est pas acceptable ». Il demande une proposition d’organisation et de règles d’engagement pour une nouvelle unité cyber de l’ANSSI, à lui présenter d’ici le vendredi suivant (AFP via La Gazette France, 19 août 2026). Un Conseil de défense consacré au sujet est annoncé pour la mi septembre. Emmanuel Macron, lui, a demandé au gouvernement « d’établir l’ensemble des responsabilités » (porte parole du gouvernement Maud Bregeon, 24 août 2026).
Établir l’ensemble des responsabilités. L’État demande à l’État d’enquêter sur l’État, et se donne trois semaines de plus pour tenir le conseil qui en parlera. Pendant ce temps, la DGFiP a confirmé le 14 août deux intrusions survenues fin juin et fin juillet, et le vol de données concernant au moins 678 000 particuliers et professionnels, plus environ 200 000 comptes dans ses fichiers cadastraux. Elle a détecté les intrusions. Elle n’a pas détecté l’extraction. Ce n’est pas la même compétence, et c’est toute la différence entre voir entrer quelqu’un et voir sortir quelque chose.
Reste la partie politique, la seule que l’exécutif ne contrôle pas. Jean-Luc Mélenchon a déjà annoncé : « Nous le censurerons ». Jordan Bardella menace : « Nous n’excluons rien, par principe ». Et le chef des députés socialistes Boris Vallaud, avec qui une non censure avait été négociée l’an dernier, prévient : « le chantage, ça ne fonctionne pas avec nous ». L’absence de budget avant la présidentielle est chiffrée par Bercy à 15 milliards d’euros. Le Premier ministre espère faire passer un budget de premier semestre, réversible par la future majorité. Un budget qu’on écrit en sachant qu’il sera défait, c’est une nouvelle catégorie comptable. Elle mérite un nom.
Je note pour finir que la même semaine, l’exécutif entend freiner les dépenses sociales par une désindexation des retraites en dessous de l’inflation, à l’exception des petites pensions. Nous documentions déjà vendredi comment le chiffre d’inflation et l’argument de la désindexation avaient été servis à quatre heures d’intervalle. Ce lundi, c’est la version en salle fermée, sans téléphone, aux Invalides. La souveraineté numérique de la France se discute désormais dans la seule pièce de France où personne n’a de réseau.
NOTE DE TRANSPARENCE · les citations de MM. Mélenchon, Bardella, Vallaud et Lecornu sont reprises des dépêches AFP citées, pas d’entretiens directs, et nous n’avons pas eu accès aux enregistrements ou aux textes intégraux. Les chiffres de la DGFiP divergent selon les sources et les dates : l’AFP retient au moins 678 000 particuliers et professionnels et environ 200 000 comptes cadastraux au 14 août, tandis que l’administration a affiné le 18 août en distinguant trois fuites aux périmètres partiellement recouvrants, ce qui interdit toute addition. Nous signalons la divergence plutôt que de trancher. Le déroulé horaire du séminaire est celui communiqué par l’entourage du Premier ministre avant la réunion, et n’a pas pu être vérifié sur place, la séance étant à huis clos.
PARADISE #048. Christian Lacroix maison fondée juin 1987 Bernard Arnault investit 32 millions dollars (LVMH 92% capital). Françoise Rosensthiel PDG 22 ans. Cumul pertes 1987-2009 = 1.1 milliard euros. Tribunal Commercial Paris liquidation judiciaire 16 mai 2009. LVMH vente Falic Group 4 mi
Dallas, 9 septembre. Donald Trump promet 5 000 dollars à chaque adulte américain si les républicains gardent la Chambre et le Sénat le 3 novembre. Facture estimée : 1 200 milliards, soit les deux tiers du déficit fédéral annuel. En 2025, il en promettait 2 000. Ils n’ont jamais été versés.
Dans les Bouches du Rhône, la liste d’union de la droite et du centre avait l’investiture officielle de la commission nationale de LR. Vendredi, dernier jour du dépôt, le président de LR a soutenu la liste dissidente. Les sénateurs centristes ont répondu deux mots sur X : coup de poignard.
Sur CNews mercredi, pressée de dire si la théorie du grand remplacement est raciste, la ministre chargée de la lutte contre les discriminations a laissé sa phrase en suspens. Quatre voix lui répondent. Et son projet de loi contre le racisme arrive au Sénat, qui se renouvelle le 27 septembre.
Le budget voté en février tablait sur 1 %. L’Insee a dit 0,4 % jeudi. Bercy a dit 0,5 % vendredi matin. Le consensus des économistes dit 0,6 %. Le Trésor a publié la décomposition qui explique l’écart : 0,2 pour Ormuz, 0,1 pour la canicule, 0,2 pour le reste. Personne n’a posé l’addition.
Vendredi 11 septembre, le prix Médicis a publié sa première sélection. La presse a relevé la même ligne : pas un Gallimard parmi les 18 romans français. Six de ces 18 sont pourtant publiés par des maisons du groupe Gallimard. Flammarion, Mercure de France, P.O.L.