Le concert, l’entrave et le mot qui verrouille tout
On a arrêté la musique de Barbara Butch le 21 juillet à Grenoble. En 48 heures, une salle qui siffle est devenue une affaire d’État, un délit, puis un procès en antisémitisme. Plus personne ne parle de la chanson. Tout le monde parle du mot.
Le concert, l’entrave et le mot qui verrouille tout
On a arrêté la musique de Barbara Butch le 21 juillet à Grenoble. En 48 heures, une salle qui siffle est devenue une affaire d’État, un délit, puis un procès en antisémitisme. Plus personne ne parle de la chanson. Tout le monde parle du mot.
La scène tient en une minute. Grenoble, le festival Cabaret frappé, un DJ set qui s’arrête, des slogans pour Gaza qui couvrent la sono, la salle qui se vide à moitié. Le lendemain, le parquet ouvre une enquête pour délit d’entrave. Le surlendemain, ce n’est plus une salle qui a débordé, c’est la République qu’on aurait agressée.
Barbara Butch, c’est déjà un nom chargé. La DJ de la cérémonie d’ouverture des Jeux, celle du tableau que la droite mondiale a lu comme une Cène et que ses auteurs ont toujours décrit comme un festin dionysiaque. Deux ans plus tard, elle porte encore la cible dans le dos.
Le mot, et ceux qui se battent pour lui
En quelques heures, deux camps se figent, et chacun choisit son mot. D’un côté, Gabriel Attal parle d’antisémitisme, sans guillemets.
De l’autre, une partie de la gauche renvoie au contexte du concert et à la mobilisation pour Gaza, quand Edwy Plenel relaie le témoignage de l’artiste dans Libération. Entre les deux, le même événement, deux récits qui ne se toucheront jamais.
Le tour de passe passe n’est pas dans le concert. Il est dans le vocabulaire. On remplace un mot par un autre, et soudain contester une politique devient haïr un peuple.
Ce vocabulaire a un cadre législatif qui l’attend : la proposition de loi Caroline Yadan sur les formes renouvelées de l’antisémitisme, déjà décrite comme une menace pour la liberté d’expression par Amnesty International France et la Ligue des droits de l’Homme. Le texte et la soirée n’ont pas de lien juridique. Ils ont un lien de fonction. L’un fournit la loi, l’autre fournit l’émotion qui la fait passer.
Loi Yadan : le débat que la représentation nationale n’a pas voulu avoir · notre dossier sur le texte, ses défenseurs et ses angles morts.
Reste la question que personne ne pose sur les plateaux. Si un concert peut devenir un délit en 48 heures, combien de temps pour un slogan, une pancarte ? La loi Yadan répond déjà. La soirée du 21 juillet n’était qu’une répétition générale.
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