1 356 000 000 euros pour la sécheresse, annoncés un vendredi où l’Assemblée ne siège pas et ne siégera pas avant octobre
Le ministère annonce « plus d’1 milliard » et ne publie aucun total. En additionnant ses propres lignes, on obtient 1 356 millions, dont 300 qui ne sont pas versés et 251 qui étaient déjà ouverts. La veille, le gouvernement a confirmé que les députés ne siégeraient pas avant octobre.
1 356 000 000 euros pour la sécheresse, annoncés un vendredi où l’Assemblée ne siège pas et ne siégera pas avant octobre
Faites l’addition vous mêmes, le ministère ne l’a pas faite. Sept lignes, un total, et deux d’entre elles ne sont pas des chèques. Le plan s’appelle CASI. Il a été présenté au pupitre le 4 septembre. Il n’y a plus de salle où le contester avant le mois prochain.
Vous avez lu « plus d’1 milliard d’euros ». C’est la formule officielle, elle figure dans le titre du communiqué du ministère de l’Agriculture et dans les reprises. Elle est vraie. Elle est aussi la seule chose du plan qui ne soit pas chiffrée. Alors prenons le communiqué et faisons ce que personne n’a fait vendredi : additionnons les lignes que le ministère a lui même publiées.
30 millions · régime des calamités agricoles, pertes de fonds non assurables
plus de 300 millions · dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties
235 millions · fonds de réarmement agricole, piloté par les préfets
145 millions · guichet engrais azotés, prolongé jusqu’au 31 décembre 2026
106 millions · gazole non routier agricole à 15 centimes le litre, prolongé jusqu’en octobre
20 millions · prise en charge des cotisations sociales par la MSA
= 1 356 millions d’euros, en retenant la borne basse de chaque ligne
Un milliard trois cent cinquante six. C’est notre addition, pas un chiffre officiel : le ministère n’en publie aucun. Elle appelle trois remarques que la conférence de presse n’a pas faites.
La première. Les 300 millions de dégrèvement de taxe foncière ne sont pas un versement. C’est un impôt local qu’on ne prélèvera pas. Un agriculteur ruiné ne recevra rien sur son compte à ce titre : il paiera moins. C’est une aide, personne ne dit le contraire, mais elle n’a pas la même nature que les 235 millions du fonds de réarmement, et elle pèse près d’un quart du total annoncé. Au passage, le ministère écrit « plus de 300 millions » et LCP écrit « environ 330 millions ». Nous ne tranchons pas. Nous signalons que sur la deuxième ligne du plan, deux sources officielles à quelques heures d’écart donnent deux montants.
La deuxième. 251 millions sur les 1 356 sont des prolongations de guichets déjà ouverts. Le soutien aux engrais azotés existait, il est prolongé jusqu’au 31 décembre. Le soutien au gazole agricole existait, il est prolongé jusqu’en octobre. Ce sont des mesures utiles et ce sont des reconductions. Sur la ligne engrais, le communiqué précise « 145 millions dont 38 millions de crédits nationaux ». Il ne dit pas d’où viennent les 107 autres.
La troisième, et c’est celle qui restera. Au milieu du texte, entre deux paragraphes sur les acomptes, il y a une phrase qui n’est ni une aide d’urgence ni une prolongation : la période de référence servant au calcul des pertes de rendement passe de 5 à 8 ans à compter de la campagne 2027. Le ministère la présente comme une réforme majeure négociée avec succès à Bruxelles, destinée à « mieux prendre en compte la répétition des aléas climatiques et donc mieux indemniser les agriculteurs ». C’est la seule mesure permanente du plan. Elle entre en vigueur après la présidentielle. Et le communiqué ne publie aucune simulation de ce que huit années de référence, dans un pays qui vient d’aligner les étés à 24,9 °C de moyenne en juillet, donnent comme rendement de référence. Nous ne la calculerons pas à sa place. Nous notons que personne ne l’a fait.
Sur l’état des lieux, il n’y a aucune contestation possible et le ministère a eu raison de le publier tel quel. 24,9 °C de moyenne nationale en juillet 2026, au dessus des précédents de 2003 et de 1976. 65 % du territoire en sécheresse inédite. 95 départements sous restriction d’eau, dont 79 classés en crise au plus fort de l’été. Des pertes de rendement de 50 % en moyenne dans de nombreux territoires, des stocks fourragers inférieurs de plus de 50 %. Bercy estime que l’ensemble coûtera 0,1 point de produit intérieur brut à la France en 2026. Nous avions documenté la séquence en amont, quand les données Copernicus sur la forêt française sont sorties le 22 août, puis quand la mission de reconstruction a été confiée après les incendies de Gironde, puis quand l’Insee a publié des chiffres du tourisme arrêtés juste avant les feux. L’été était documenté. Le plan arrive le 4 septembre.
Reste la question qui n’a été posée par personne au pupitre. Devant qui ce plan sera t il discuté ? La veille, le 3 septembre, le ministère des Relations avec le Parlement a confirmé à l’AFP qu’il n’y aurait pas de session extraordinaire en septembre. Motif invoqué : les élections sénatoriales de fin de mois. Les députés ne retrouveront l’hémicycle qu’en octobre. C’est la troisième fois seulement depuis 2005 que la rentrée parlementaire saute, après 2022 et 2024.
Autrement dit : 1 356 millions d’euros annoncés le lendemain du jour où l’on a officialisé que la salle des questions resterait fermée jusqu’au mois suivant. Ce n’est pas un scandale, c’est une méthode, et nous l’avons déjà décrite trois fois cette quinzaine. La suspension des retraites entrée en vigueur mardi avec cinq périmètres et aucun étiqueté. Le séminaire du budget 2027 tenu aux Invalides à huis clos et sans téléphones. La note de l’Inspection générale des finances sur un président élu qui ne pourrait plus décider du budget. Trois fois le même geste : la décision d’un côté, le lieu du contrôle de l’autre, et jamais les deux le même jour.
Une dernière chose, pour être juste. Le plafond des acomptes d’indemnisation a été porté de 70 % à 80 % du montant prévisionnel, ce qui fait arriver l’argent plus vite sur les exploitations. C’est concret, c’est immédiat, et c’est la seule ligne du plan qui produira un effet avant que les députés ne rentrent. Elle ne coûte rien : elle avance juste la date.
1 356 millions annoncés. 300 qui ne sont pas versés. 251 qui étaient déjà là. 235 confiés aux préfets. Une réforme de fond applicable en 2027. Et 0 vote avant octobre.
DANS L’ARCHIVE · La sécheresse française vue par Copernicus · La mission reconstruction après les incendies de Gironde · Le tourisme mesuré juste avant les feux · Cinq chiffres pour une suspension des retraites · Le séminaire budget 2027 aux Invalides · La note IGF sur la loi spéciale
NOTE DE TRANSPARENCE · le total de 1 356 millions est notre addition des lignes publiées par le ministère, en borne basse. Il n’est validé par aucune source officielle. LCP écrit « environ 330 millions » pour le dégrèvement de taxe foncière là où le ministère écrit « plus de 300 » ; nous retenons la borne basse et signalons l’écart. Nous n’affirmons aucun effet du passage de 5 à 8 ans sur les indemnisations futures : aucune simulation publique n’existe à l’heure du bouclage.
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