10 millions de dollars la franchise en 2019, 460 millions en 2026, et Cathy Engelbert jure que personne ne l’a poussée vers la sortie
La commissaire de la WNBA quitte la ligue le 31 décembre après 7 ans et demi. Dans le même entretien, elle dit travailler sa succession depuis des années, ne donne aucun nom, et précise qu’elle restera si personne n’est trouvé d’ici quatre mois.
10 millions de dollars la franchise en 2019, 460 millions en 2026, et Cathy Engelbert jure que personne ne l’a poussée vers la sortie
Elle part le 31 décembre. Dans le même entretien, elle dit qu’elle travaille sa succession depuis des années et qu’elle restera si on ne trouve personne d’ici quatre mois. Les deux phrases sont vraies. C’est bien ça, le problème.
Drop the mic. Lâcher le micro. C’est la formule qu’elle a choisie, en anglais, au téléphone, pour annoncer qu’elle quittait la ligue au 31 décembre après 7 ans et demi. C’est une bonne formule. Elle a un problème : trois paragraphes plus loin dans le même entretien, elle explique qu’elle gardera le micro si personne ne vient le prendre.
Cathy Engelbert, même entretien, même journaliste, même journée.
Elle dit aussi, plus haut, qu’elle travaille sur un plan de succession depuis plusieurs années, qu’il y a des candidats internes et externes dans le radar de la ligue, et qu’elle ne donnera aucun nom. Traduction pour ceux qui lisent les communiqués comme des bilans : le plan de succession existe depuis des années, il n’a produit personne, et il lui reste quatre mois. Adam Silver, commissaire de la NBA, a fait l’annonce vendredi en saluant « la période de croissance la plus significative des 30 ans d’histoire de la ligue ». Il n’a pas dit qui succédait.
Maintenant les chiffres, parce que c’est là que ça devient sérieux. En 2019, quand elle arrive de Deloitte, la valeur moyenne d’une franchise WNBA est de 10 millions de dollars. En 2026, c’est environ 460 millions. Multiplié par 46 en 7 ans. Elle a signé un accord de droits médias de long terme. Elle a fait passer la ligue de 12 à 18 équipes d’ici 2030. Et elle a bouclé, au printemps, une convention collective qui produit les premiers salaires à un million de dollars de l’histoire de la WNBA. Personne, absolument personne, ne peut lui retirer ça.
Et personne, absolument personne, ne l’a poussée. C’est elle qui le dit. Verbatim de l’Associated Press : la décision est la sienne seule, elle n’a ressenti aucune pression de la NBA ni des parties prenantes de la WNBA. On note. On note aussi que la phrase existe. Dans ce métier, on ne précise jamais qu’on n’a pas été poussé quand personne n’a envisagé qu’on l’ait été.
La négociation de la convention collective, elle, n’a pas été un long fleuve. Breanna Stewart, vice présidente du comité exécutif du syndicat des joueuses, a dit vendredi qu’elle était heureuse pour Engelbert et que « ce qu’elle a fait pour la ligue est incroyable ». Elle a ajouté dans la même déclaration que « la négociation de la convention collective a été difficile ». En juillet, avant le All-Star Game, la même Stewart avait dit qu’il y avait du respect pour la commissaire chez les joueuses, mais pas vraiment de relation. Respect sans relation. Il y a des mariages qui durent moins longtemps avec moins de précision dans le diagnostic.
Elle a aussi dit une chose qui n’est pas drôle et qu’on ne traitera pas comme telle : elle reçoit du harcèlement en ligne, et sa famille en subit les effets. C’est un fait, elle l’a déclaré à l’AP, et c’est le seul passage de cet entretien où l’on n’a pas envie de compter. Sur la question des athlètes transgenres, qui a occupé une partie de son mandat, elle a répondu qu’il n’y a aucun cas d’éligibilité en cours dans la WNBA et que s’il y en avait, il y aurait une discussion de politique avec le syndicat et les joueuses.
Reste la ligne qui explique tout le reste, et qu’aucune reprise n’a mise en avant. Sur son arrivée en 2019 : « I had no transition. I walked in the door and I was by myself as no one transitioned me into this role. » Elle est entrée dans un bureau vide. Elle explique aujourd’hui vouloir éviter ça au suivant. Elle a quatre mois, aucun nom, et une clause de maintien si le processus échoue. C’est exactement la situation qu’elle décrit avoir subie, à ceci près qu’elle la laisse à quelqu’un dont on ignore encore le nom.
On a déjà vu ce genre de séquence de très près. Un sondage anonyme supprimé au Chase Center le 3 septembre. Un démenti Ballmer sur Kawhi Leonard le 18 août. 1 184 joueurs coupés en une journée dans l’autre grande ligue. Une saison qui s’ouvre à Melbourne sur Netflix. Les ligues américaines ne communiquent pas des faits, elles communiquent des cadrages. Ici le cadrage est : croissance historique, départ volontaire, transition maîtrisée. Les trois sont dans le communiqué. Le troisième est démenti par l’entretien qui l’accompagne.
Et pendant qu’on y est, le sport féminin a produit cette année d’autres chiffres qui ne se discutent pas, du Mont Ventoux au Tour de France Femmes. La différence, c’est qu’on connaît les noms des gagnantes.
Drop the mic, disait elle. Sauf que le micro est encore branché, qu’il reste allumé jusqu’au 31 décembre, et qu’à ce jour personne n’est venu le chercher.
DANS L’ARCHIVE · Le sondage anonyme supprimé au Chase Center · Ballmer, Kawhi Leonard et l’art du démenti · 1 184 joueurs coupés le 30 août · La NFL ouvre à Melbourne le 9 septembre · Niewiadoma au Mont Ventoux
NOTE DE TRANSPARENCE · tous les verbatims proviennent de l’entretien accordé par Cathy Engelbert à l’Associated Press le 4 septembre 2026 et de la déclaration de Breanna Stewart le même jour. Nous ne les avons pas recueillis. La valeur moyenne des franchises est celle citée dans cette dépêche. Nous ne reprenons aucun des appels à démission relayés par la presse d’opinion américaine : ils n’engagent que leurs auteurs et ne sont pas un fait de l’affaire.
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