Larry Ellison, le logiciel qui offre Hollywood à son fils
Larry Ellison, 82 ans, a vu 213 milliards de dollars quitter sa fortune en moins de dix mois. Puis il a garanti 40,4 milliards pour que son fils David rachète Warner et règne sur Hollywood. Portrait d’un empire de famille adossé à une seule action Oracle.
Par Nova Sagan · cinéma et culture
Il a 82 ans et il vend des bases de données. C’est la phrase la plus ennuyeuse qu’on puisse écrire sur un homme, et c’est celle qui décrit Larry Ellison, dont la fortune bouge désormais plus vite que n’importe quel film qu’il vient d’acheter.
Reprenons dans l’ordre. En septembre 2025, Ellison devient la 2e personne de l’histoire, après Elon Musk, à franchir 400 milliards de dollars de fortune. Le pic frôle 388 milliards, porté par une seule action, Oracle, la société de logiciels qu’il a cofondée en 1977 et qui vaut ce jour là 345,72 dollars le titre. Pendant quelques heures, l’homme le plus riche du monde est un vendeur de serveurs pour entreprises. Le genre de détail que la légende de la Silicon Valley préfère habiller autrement.
Puis l’action redescend. En dix mois, Oracle perd de l’ordre de 55 pour cent, le titre clôture à 127,94 dollars le 14 juillet 2026, et la fortune d’Ellison tombe autour de 175 milliards. Faites la soustraction : environ 213 milliards de dollars évaporés en moins de dix mois, de quoi le renvoyer à la 8e place de l’indice Bloomberg des milliardaires. Début septembre 2026, l’action repart, il repasse devant Jensen Huang, et le classement recommence à respirer. Sa richesse n’est pas un patrimoine, c’est un électrocardiogramme. Il possède, via l’Ellison Family Trust, environ 1,16 milliard d’actions Oracle. Quand le marché tousse, c’est lui qui a la fièvre.
On a déjà raconté ici combien ces montants sont abstraits : 47 milliardaires pèsent plus que 35 millions de Français, et la ronde des grands couples de la tech, Musk, Bezos, Zuckerberg, Altman tourne pendant que le reste du monde compte ses fins de mois. Ellison, lui, n’a plus rien à prouver côté logiciel. Alors il a fait autre chose. Il a acheté Hollywood. Pas pour lui. Pour son fils.
Le geste : 40,4 milliards, garantis sur sa signature
David Ellison a fondé Skydance en 2010. C’est la maison derrière Top Gun Maverick et les derniers Mission Impossible, autrement dit les rares blockbusters qui remplissent encore les salles. En 2025, Skydance prend le contrôle de Paramount, et David devient PDG de Paramount Skydance. Ensuite l’affaire change d’échelle. Paramount Skydance lance une offre sur Warner Bros Discovery, valeur d’entreprise estimée entre 110 et 111 milliards de dollars.
Pour la financer, le père entre en scène. Larry Ellison donne une garantie personnelle irrévocable de 40,4 milliards de dollars sur le financement en fonds propres du rachat, comme l’ont rapporté Variety et NBC News. Irrévocable. Personnelle. 40,4 milliards. Pas un fonds, pas un consortium anonyme : sa signature, sur une somme qui vaut à elle seule le produit intérieur brut de plusieurs États. Le 23 avril 2026, les actionnaires de Warner approuvent la transaction. Au passage, ils votent contre les indemnités de départ de David Zaslav et d’autres dirigeants : on offre l’empire, on refuse le parachute. C’est la scène en une image.
Un empire de famille, en une carte
Additionnez Paramount et Warner Bros Discovery et vous obtenez un objet que la presse a nommé sans détour. "David and Larry Ellison are amassing a media empire", titrait CNN Business le 26 février 2026. Dans le même panier : CBS, Paramount Pictures, les studios Warner, HBO Max, CNN, la bibliothèque DC. Le père paie, le fils règne, et une famille contrôle d’un coup une part immense de ce que le monde regarde le soir. On avait suivi les premières secousses de cette consolidation, la caution de 1,88 milliard exigée autour du rachat, et les remous côté Warner. Voici le tableau d’ensemble.
C’est une consolidation qui se produit pendant que le cinéma, lui, se demande encore comment survivre. À Deauville, le grand prix est allé au film d’un comédien d’Instagram ; à Paris, le CNC sélectionne pour les Oscars un cinéaste russe et défend un modèle de financement fragile. Pendant ce temps, deux hommes qui portent le même nom rachètent les tuyaux, les catalogues et les marques. La différence entre un producteur et un propriétaire, c’est le père.
Pourquoi une action bouge t elle autant ? Parce qu’elle a cessé de vendre du logiciel pour vendre une promesse. Depuis deux ans, Oracle est réévalué au rythme de l’appétit du marché pour l’intelligence artificielle et les centres de données. Quand la promesse enfle, la fortune d’Ellison enfle avec elle ; quand le marché doute, elle se dégonfle d’un tiers en un trimestre. C’est le paradoxe de l’époque : l’homme qui finance les images les plus solides de Hollywood, les Top Gun et les Mission Impossible, repose lui même sur l’actif le plus volatil qui soit, une anticipation. Il vend du concret, il est adossé à du récit. Nous appelons ça, ici, de la not fiction : tout est vrai, tout est daté, et pourtant tout tient à ce qu’on veut bien croire.
L’homme qui a acheté une île
Il faut se rappeler qui est Larry Ellison hors des tableaux boursiers. En 2012, il achète 98 pour cent de l’île hawaïenne de Lanai pour 300 millions de dollars. Il y a depuis englouti, selon Bloomberg, autour d’un demi milliard, transformant une île habitée en laboratoire privé, au point que la même enquête décrit des résidents poussés vers la sortie. Un homme qui possède une île n’achète pas un studio comme on achète un ticket. Il achète une position. Warner, HBO, CNN : ce ne sont pas des actifs, ce sont des leviers, et un levier n’a de sens que si quelqu’un de la famille tient le manche.
On aime, dans cette maison, les fortunes qui montrent leurs câbles. On l’a écrit à propos des milliardaires français qui se serrent les coudes : la concentration des médias n’est jamais un accident, c’est une architecture. La version américaine est simplement plus franche. Musk voulait réécrire la culture avec une IA ; Ellison, plus patient, préfère acheter les usines à récits directement, et laisser son fils signer les films.
Reste la vérité arithmétique, celle qu’aucune biographie autorisée n’aime écrire. La plus grande fortune du monde, quand elle est adossée à une seule action, n’est pas une montagne. C’est une vague. Elle porte 40,4 milliards de garantie sur un empire qui doit maintenant prouver qu’il vaut ses 110 milliards, année après année, film après film, abonnement après abonnement. Oracle vend depuis un demi siècle ce que les seigneurs de la donnée appellent la valeur : la base, le registre, la trace. C’est exactement la matière que la trilogie BRAQUAGE volait dans le noir. Ellison, lui, l’a vendue à la lumière, légalement, pendant cinquante ans, et il en a tiré de quoi offrir Hollywood en cadeau de famille.
Nous, on ne vend pas d’avis, on dépose des cartes. Celle ci en est une, et chaque lien y est sourçable. Si vous voulez la vôtre, lisez le livre des morts d’Alan Turing, autre homme de calcul, autre destin tranché par les nombres, ou faites tirer votre propre carte mentale en 22 axes. Larry Ellison a une fortune qui clignote. Vous, vous avez une date de naissance, et elle, elle ne bouge pas.
La 83e Mostra a donné son Lion d’or à Woman Unknown de May el-Toukhy, un Lion d’argent à Ilya Khrzhanovsky et des Lions d’honneur à Ellen Burstyn et George Clooney. Venise récompense des films quand l’Amérique rachète des catalogues.
78e Emmy, 14 septembre 2026 : The Pitt (HBO Max) meilleure série dramatique, Matthew Rhys entre dans l’histoire avec deux prix principaux. Les trophées pleuvent sur HBO la semaine où la famille Ellison referme l’empire qui le possède.
Hiver 2030. Essence à 5 euros, vies rétrécies, nouveaux suzerains : une anticipation littéraire de la France qui pourrait advenir.
Au Port-Marly, Zemmour transforme la robotique en argument migratoire. Une promesse technique au service d’une vieille sélection.
Condamné à 2 000 euros d’amende à Nanterre, l’entrepreneur a défendu une recherche technique hors cadre. L’issue judiciaire impose de relire le récit de son arrestation.
L’alerte lancée dans l’Oise rejoint un constat judiciaire plus large : le recrutement se numérise, tandis que la protection doit atteindre des enfants toujours plus jeunes.