Paramount demande à un syndicat de scénaristes de déposer 1,88 milliard de dollars. C'est le tarif de l'attente
Lundi, Paramount a demandé à une juge d'obliger douze États américains et le syndicat des scénaristes à déposer 1,88 milliard de dollars de caution. Motif : chaque jour sans mariage avec Warner lui coûte 7 millions. Le procureur de Californie a répondu en quatre lignes.
Paramount demande à un syndicat de scénaristes de déposer 1,88 milliard de dollars. C'est le tarif de l'attente
Sept millions de dollars par jour. C'est ce que va coûter à Paramount chaque journée passée après le 30 septembre sans avoir épousé Warner Bros. Lundi, le studio a demandé à une juge que la facture soit garantie par ceux qui le retardent : douze États américains, et le syndicat des scénaristes.
Il faut lire ce montant deux fois avant de comprendre ce qu'il fait là.
1,88 milliard de dollars. Pas une amende. Pas un rachat. Une caution. Paramount Skydance a déposé lundi 17 août une requête devant la juge Araceli Martinez Olguin, qui a fixé le procès antitrust au 2 mars 2027, pour demander que les plaignants déposent cette somme avant d'avoir le droit de continuer à plaider. Les plaignants, ce sont douze procureurs généraux d'États emmenés par la Californie, et la Writers Guild of America.
La Writers Guild of America. Un syndicat de gens qui écrivent des scénarios.
D'une clause. Le contrat de fusion entre Paramount et Warner Bros. Discovery contient ce qu'on appelle des « ticking fees », des frais d'attente. Passé le 30 septembre, chaque jour sans closing oblige Paramount à verser environ 7 millions de dollars aux actionnaires de Warner, plus d'autres frais à ses financeurs pour qu'ils maintiennent leurs engagements. Le studio calcule que d'ici à ce que la juge tranche, il aura encaissé 1,3 milliard de pertes non récupérables. La caution de 1,88 milliard lui reviendrait s'il gagne le procès.
Autrement dit : Paramount ne demande pas qu'on arrête de l'attaquer. Il demande qu'attaquer coûte le prix d'un studio.
La réponse est arrivée à minuit moins douze
« Paramount et Warner Bros. sont deux sociétés averties qui ont délibérément choisi d'inclure de coûteux frais d'attente dans leur contrat de fusion. Mieux : Paramount a lui même accepté le calendrier qu'il conteste aujourd'hui. C'est Chantage, le retour, et nous ne bougeons pas. »
« It's Blackmail: The Sequel. » Le procureur général de Californie fait une blague de studio pour répondre à un studio. Son bureau ajoute, hors du réseau, que Paramount est entré dans ce processus « les yeux grands ouverts » et qu'il est « couché dans un lit qu'il a fait lui même ».
Il a un argument, et il est embarrassant : la clause qui saigne Paramount aujourd'hui, c'est Paramount qui l'a signée. Personne ne lui a imposé le 30 septembre. Il l'a négocié.
Trois jours plus tôt, le même studio publiait un autre texte
Le 14 août, Paramount diffusait un communiqué au titre en majuscules qui tenait sur trois lignes de largeur. Toutes les conditions réglementaires satisfaites. Huit mois d'examen. Soixante huit pays, dont l'Union européenne, le Royaume Uni, l'Australie, le Canada, le Brésil, la Chine, le COMESA, le département de la Justice américain, et le Mexique qui venait d'accorder son feu vert le jour même.
Ce communiqué n'est pas un communiqué. C'est une plaidoirie. Paramount y aligne les citations des régulateurs comme des pièces à conviction : l'autorité britannique qui ne voit « aucune perspective réaliste de réduction substantielle de la concurrence », la Commission européenne qui rappelle que les plateformes de streaming continueront de contraindre les chaînes du nouvel ensemble, l'autorité australienne qui juge que la société fusionnée resterait « contrainte par d'autres studios », le CADE brésilien qui refuse de découper le marché de la distribution en salles, le COMESA qui le décrit comme « très concurrentiel, dynamique, porté par les succès ». Puis une phrase, en creux, qui dit tout du registre :
Soixante huit contre douze. Le studio a trouvé son slogan et il le répète six fois dans le même texte. David Ellison y promet aussi, chiffre à l'appui, au moins 30 films par an pour l'ensemble fusionné. C'est la seule ligne du document qui parle réellement de cinéma.
Ce qui se joue vraiment
On parle d'une opération à 110 milliards de dollars, approuvée par les actionnaires de Warner au printemps, après que Netflix a renoncé à surenchérir en février. Deux des cinq grands studios américains n'en feront plus qu'un. La question des douze procureurs n'est pas « est ce que ça va vite », c'est « combien de films après ».
Et cette question là, elle arrive dans une saison où le cinéma en salle vient justement de prouver qu'il n'était pas mort. Netflix, la plateforme qui avait enterré la salle, vient d'acheter 47 jours d'exclusivité en salle pour un de ses films. 2026 est en passe d'être la meilleure année de box office depuis la pandémie. C'est le moment précis que l'industrie choisit pour se concentrer.
Vous avez déjà vu ce film. Une industrie qui rétrécit son nombre de décideurs jure qu'elle produira autant. Puis les chiffres de sélection tombent. À Venise, cette année, une réalisatrice sur vingt en compétition, et un directeur qui répond « qualité » quand on lui demande pourquoi. À Locarno, un film s'appelait Arbres errants pendant que 600 hectares brûlaient vraiment dans les Landes. Les catalogues rétrécissent toujours par le même bout.
Le syndicat
Revenons à la WGA. Ce syndicat a fait grève cent quarante huit jours en 2023, en grande partie pour obtenir des garde fous sur l'usage de l'intelligence artificielle dans l'écriture. Il attaque aujourd'hui une fusion qui réduit le nombre d'employeurs possibles pour ses membres. C'est exactement son métier.
La requête de Paramount lui répond : d'accord, mais posez 1,88 milliard sur la table d'abord. Aucun syndicat de scénaristes au monde ne dispose de cette somme. Ce n'est pas un obstacle, c'est une porte murée. Et c'est un procédé que on a déjà vu à l'oeuvre dans la bataille sur la propriété intellectuelle : quand le droit ne suffit pas, on rend le droit trop cher à exercer.
La juge Martinez Olguin tranchera. Le procès est calé au 2 mars 2027. D'ici là, le compteur tourne à sept millions par jour, et tout le monde regarde la grille de Burbank rester fermée.
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