SFR : 20,35 milliards, trois acheteurs, un seul découpage
Bouygues Telecom, Free et Orange reprennent SFR pour 20,35 milliards d’euros, à 42, 31 et 27 pour cent du prix. Les parts du chiffre d’affaires, elles, sont de 52, 27 et 21 pour cent : l’addition n’est pas la même pour tous.
- Le 6 juin 2026, Bouygues Telecom, Free-Groupe iliad et Orange ont signé un protocole d’accord pour reprendre les actifs concernés d’Altice France, c’est-à-dire SFR, pour 20,35 milliards d’euros de valeur d’entreprise.
- Le prix se partage à environ 42 % pour Bouygues Telecom, 31 % pour Free et 27 % pour Orange, alors que les parts du chiffre d’affaires repris sont de 52 %, 27 % et 21 %.
- Rien n’est acquis : la réalisation « pourrait intervenir au second semestre 2027 », et le communiqué de Bouygues précise lui-même qu’aucune certitude n’existe sur l’issue.
Trois opérateurs qui se font la guerre des forfaits depuis vingt ans achètent ensemble le quatrième, et ils ont écrit trois communiqués pour dire que rien ne changera. Free restera Free. Les prix, on verra. Les salariés, jusqu’à début 2029. Ce que les communiqués détaillent avec plus d’amour, ce sont les chiffres, et ce sont eux qu’on lit ici.
I · Le prix et ce qu’il contient
Le communiqué de Bouygues parle d’un prix total de 20,35 milliards d’euros en valeur d’entreprise, sous réserve d’ajustements de clôture. Sur cette somme, 0,35 milliard est payable à la signature de la documentation juridique définitive. Un complément de prix peut atteindre 0,65 milliard, selon la performance financière de SFR d’ici la réalisation, avec des clauses de sortie et un ajustement de la dette nette. Le texte ne dit pas si ce complément est inclus dans les 20,35 milliards ou s’y ajoute : la question reste ouverte et elle vaut 650 millions d’euros.
Les indemnités de rupture, elles, pourraient aller jusqu’à 2 milliards d’euros, supportées à parts égales par le consortium. On notera l’élégance : les trois acheteurs se sont assurés contre l’échec avant d’avoir fini de se mettre d’accord sur le gâteau.
La souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se finance.
La phrase est de Thomas Reynaud, directeur général du Groupe iliad, dans le communiqué de son groupe. Elle a le mérite de la franchise : ici, la souveraineté se finance à 20,35 milliards, dont 6,2 milliards d’euros pour la quote-part d’iliad, avec un financement de 6,5 milliards déjà sécurisé, d’après le même texte.
II · Le découpage
Le périmètre repris pèse 8,0 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 2,6 milliards d’EBITDAaL, sur données 2025 d’Altice avant ajustements, selon Bouygues. Le prix représente donc environ 2,5 fois le chiffre d’affaires et 7,8 fois l’EBITDAaL.
La répartition du prix est de « environ 42 % pour Bouygues Telecom, 31 % pour Free-Groupe iliad et 27 % pour Orange », inchangée depuis l’offre indicative du 17 avril 2026, et susceptible de bouger d’ici la réalisation selon l’évolution des bases clients. Bouygues reprend SFR Business, une partie du grand public (5,9 millions de clients), le MVNO Prixtel (0,5 million) et le réseau mobile des zones non denses. Free reprend la base RED by SFR (6,0 millions de clients), 1,6 million de clients grand public et 0,4 million de clients TPE. Orange reprend une partie du grand public et les MVNO Réglo, Syma et Coriolis, soit 4,9 millions de clients au total, d’après les chiffres de Bouygues.
Part du prix, de l’EBITDAaL, du chiffre d’affaires : Bouygues 42 %, 42 %, 52 % · Free 31 %, 33 %, 27 % · Orange 27 %, 24 %, 21 %
Calcul de la maison, sur ces parts annoncées : rapporté à l’EBITDAaL qu’il reprend, Free paie environ 7,2 fois, Bouygues 7,8 fois et Orange 8,8 fois. Le communiqué d’Orange n’a pas pu être ouvert au moment de la rédaction, donc la part d’Orange, environ 5,5 milliards d’euros, est un calcul sur le pourcentage de Bouygues, pas un chiffre déclaré par Orange. Mais si ces pourcentages tiennent, c’est le troisième de la table qui règle l’addition la plus salée par euro de résultat. Les parts, rappelons-le, peuvent encore varier.
III · Ce que chacun promet de gagner
Bouygues ne chiffre aucun gain propre : des « synergies significatives », sans montant. Iliad est plus bavard : environ 2,0 milliards d’euros de chiffre d’affaires additionnel, environ 0,9 milliard de free cash-flow opérationnel supplémentaire, dont plus de 0,5 milliard de synergies, plus de 8 millions d’abonnés et 50 MHz de fréquences en plus. Les fréquences de SFR seraient réparties entre les trois opérateurs, sans autre précision.
Ce qui ne repart pas tout de suite : les réseaux fixe et mobile hors Crozon, une partie de la distribution et l’IT restent dans SFR SA pendant une phase transitoire d’au moins 30 mois, détenue à parts égales par les trois acquéreurs. Pendant trente mois au moins, trois concurrents seront donc copropriétaires d’une même maison. Les autorités de la concurrence liront cette clause avec attention.
IV · Le calendrier et le pouvoir de dire non
Le communiqué de Bouygues attend la signature de la documentation définitive au second semestre 2026 et la réalisation au second semestre 2027, après les autorisations des autorités compétentes, de concurrence notamment. Il précise qu’aucune certitude n’existe sur l’aboutissement de l’opération. Iliad rappelle que l’opération reste subordonnée à la consultation des instances représentatives du personnel et aux autorisations réglementaires, et que toutes les parties continuent d’opérer de manière indépendante en attendant.
Côté emploi, les deux communiqués utilisent la même formulation : le consortium garantira un emploi à l’ensemble des salariés du périmètre repris jusqu’à début 2029, par la poursuite de leur emploi ou une proposition d’emploi. Une garantie d’emploi n’est pas une garantie du poste, et le texte laisse le mot « proposition » faire le travail.
V · Ce que cette enquête ne dit pas
Elle ne dit pas que l’opération passera ou ne passera pas : c’est l’affaire de l’Autorité de la concurrence et de ses homologues. Elle ne se prononce pas sur l’effet sur les prix, sur lequel les communiqués ne prennent aucun engagement chiffré : iliad écrit que « Free restera Free ». Et elle s’appuie sur deux communiqués lus, celui de Bouygues et celui d’iliad, le troisième n’ayant pas été consultable.
Le même motif revient d’ailleurs dans nos enquêtes précédentes : une somme énorme, un communiqué qui rassure, et une répartition qui fait le travail à l’abri des regards. C’était le cas pour Schneider et PTC, pour Salesforce et Braze, pour Nscale et Microsoft, pour Paramount et Warner et pour Electronic Arts et le fonds PIF. La relecture de la semaine range tout cela au même endroit, et le bref sur OpenAI comme le bref sur Alphabet montrent que la même arithmétique gouverne les géants de l’IA. Pour savoir ce que ton propre calcul écrit de toi, il y a Ton Livre, un exemplaire, signé d’un calcul.




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- Signature d’un protocole d’accord en vue de l’acquisition de SFR, communiqué de presse de Bouygues, Paris, 6 juin 2026
- Projet d’acquisition de SFR : Free franchit une étape, communiqué de presse du Groupe iliad, 6 juin 2026
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