Paris, l'endroit le plus sûr du monde pour Jeffrey Epstein
Un appartement du XVIe, des plages de la Côte d'Azur, des châteaux d'Île-de-France. Le financier pédocriminel était en France comme chez lui. Sept ans après sa mort, l'enquête française avance à peine.
Il y a des pays où l'on se cache. Et il y a la France, où Jeffrey Epstein pouvait poser ses valises sans jamais craindre une porte qu'on enfonce. Appartement dans le XVIe arrondissement, séjours sur la Côte d'Azur, invitations dans des châteaux d'Île-de-France. De son vivant, jamais le financier et pédocriminel américain n'a été inquiété par les autorités françaises. Pas une garde à vue. Pas une mise en examen. Rien.
Ce n'est pas une hypothèse. C'est un constat que sept ans d'enquête n'ont toujours pas transformé en procès. Epstein s'est donné la mort dans sa cellule de Manhattan en août 2019. Côté français, l'instruction ouverte après sa disparition a produit des pièces, des saisies, des noms. Elle n'a produit aucune audience.
Ce que la police a trouvé dans l'appartement parisien
Les faits saisis ne relèvent pas de la rumeur. Dans l'appartement parisien d'Epstein, les enquêteurs ont mis la main sur deux ordinateurs Mac, plusieurs clés et supports USB, des documents relatifs à Ghislaine Maxwell, et de nombreuses photographies de jeunes femmes, parfois très jeunes. Parmi les fichiers, un tableur d'une froideur clinique : 62 noms, tous féminins, rangés par ordre alphabétique. Dans les dernières colonnes, la description explicite d'actes sexuels. Un recensement. Une comptabilité de la prédation.
Un tableur, c'est l'outil de celui qui organise, qui planifie, qui archive. Ce n'est pas le geste d'un homme qui dérape. C'est la trace d'un système. Et ce système, en France, a bénéficié d'une protection qui ne dit pas son nom : l'inertie. On saisit, on classe, on attend. Le temps efface mieux que n'importe quel avocat.
Du Ritz aux yachts, un continuum
L'affaire Epstein n'est pas un cas isolé sur le sol français. Depuis l'été 2025, la justice enquête sur un vaste système présumé de traite d'êtres humains « à la Epstein », cette fois autour de Mohamed Al-Fayed, mort en 2023. Le luxe du Ritz, des yachts sur la Côte d'Azur, un recrutement organisé. Les avocats des plaignantes pointent des parallèles troublants entre les deux mécaniques. Même géographie dorée, même impunité prolongée, même lenteur judiciaire. La prédation des puissants aime la France pour une raison simple : elle y trouve du décor et peu de gendarmes.
Nous avons déjà démêlé le vrai du sous-entendu dans le dossier français, notamment sur les liens présumés entre Braun-Pivet, Brunel et Epstein, et documenté la mécanique de prédation dans le luxe avec le cas Peter Nygård. Le fil est le même : des hommes riches, des victimes isolées, un système qui protège plus longtemps qu'il ne juge. On l'a encore vu ce mois ci dans l'affaire des militaires du Pacifique séquestrés dans le Var.
Aux États-Unis, la justice a fini par forcer la publication de nouvelles pièces du dossier Epstein. En France, on attend toujours de savoir qui figurait sur cette liste de 62 noms, et pourquoi personne, en sept ans, n'a jugé utile de le rendre public. Le mal se dévoile. Reste à savoir qui, dans ce pays, veut vraiment le documenter.
Le mal se dévoile et nous documentons tout. · z/S SYSTEMS
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