La rentrée littéraire arrive en boutique le 31 août, sous forme de pyjama satiné rayé vert et blanc, dans huit pays
Etam s’associe aux Deux Magots, mise en vente lundi, jour d’ouverture de la rentrée littéraire. Chaussettes, casquettes, foulard, sac, sweatshirts molletonnés. Deux phrases de communiqué reprises par la presse professionnelle, et pas un seul nom d’écrivain dedans.
La rentrée littéraire arrive en boutique le 31 août, sous forme de pyjama satiné rayé vert et blanc, dans huit pays
Etam s’associe aux Deux Magots. Mise en vente lundi, jour d’ouverture de la rentrée littéraire. Chaussettes, casquettes, foulard, sac, sweatshirts molletonnés. Deux phrases de communiqué reprises par la presse professionnelle, et pas un seul nom d’écrivain dedans. Ce n’est pas la littérature qu’on met en rayon, c’est son mobilier.
Les faits d’abord, ils sont simples et ils sont datés. Le spécialiste de la lingerie Etam commercialise à partir du 31 août 2026 une collection capsule conçue avec le café Les Deux Magots, fondé en 1884 à Saint-Germain-des-Prés (Néorestauration, Mirabelle Belloir, 10 juillet 2026). Toutes les pièces portent les couleurs de l’établissement, le blanc et le vert. Au programme : ensembles t-shirt et short, sweatshirts molletonnés, un pyjama rayé satiné, puis des chaussettes, des casquettes, un foulard, un sac. La distribution couvre la France, la Suisse, la Belgique, l’Espagne, la Pologne, la République tchèque, les États-Unis et le Mexique, plus la vente en ligne.
La marque annonce vouloir « célébrer l’art de vivre parisien » et « revisiter les essentiels du quotidien à travers un vestiaire chic et décontracté ». Ce sont les deux seules phrases de communiqué que la presse professionnelle a reprises, et il faut les relire pour ce qu’elles ne contiennent pas. Aucun titre. Aucun auteur. Aucun livre. La collection sort le jour de la rentrée littéraire et le mot littéraire n’apparaît que dans la date.
Nous ne reprochons rien à Etam, qui fait exactement son métier et le fait bien. Nous constatons ce qui est vendu. Un café dont la table de terrasse a été, pendant un siècle, le lieu où l’on venait écrire ou faire semblant, licencie son enseigne à une marque de lingerie qui la décline en huit pays. L’objet du commerce n’est pas le texte, c’est le décor du texte : la rayure, la couleur verte, la chaise en rotin, la position assise. Le costume de l’écrivain a été détaché de l’écrivain, industrialisé, et exporté au Mexique.
Le rappel s’impose parce qu’il rend la scène plus drôle et plus cruelle : le café en question décerne depuis 1933 son propre prix littéraire, le prix des Deux Magots, fondé précisément pour couronner les livres que les grands jurys ne couronneraient pas. Une institution qui s’est construite sur le fait de désigner un texte contre les autres décline aujourd’hui sa palette en chaussettes. Le prix continue, la capsule s’ajoute. Personne n’a rien retiré. C’est bien le problème : on n’a pas remplacé la littérature par le vêtement, on a juste ajouté le vêtement, et c’est lui qui sort en premier, avec un plan média.
Le même jour, le 28 août, la même publication et la même signature annonçaient un coffret de macarons en édition limitée conçu par Céline Dion avec Pierre Hermé, pour accompagner ses concerts (L’Officiel, Karen Rouach). Deux co-brandings culturels en une journée, dans une même rubrique. La haute pâtisserie accompagne la tournée. La lingerie accompagne la rentrée littéraire. Dans les deux cas, l’œuvre devient le prétexte calendaire d’un produit dérivé qui, lui, a une date de sortie, un réseau de distribution et un prix.
Il faut le dire sans mépris, parce que le mépris serait faux. Une capsule Etam à prix accessible fera plus pour l’image d’un café de Saint-Germain que dix pages de supplément littéraire, et une part des acheteuses n’aura jamais mis les pieds sur cette terrasse ni ouvert un livre de la rentrée. Tant mieux. Ce qu’il faut simplement noter, et que la couverture mode ne note jamais, c’est le sens de la transaction. Ce n’est pas la marque qui emprunte du prestige à la littérature. C’est la littérature qui se retrouve réduite à une ambiance, une palette et une saison commerciale, et qui accepte, contre une visibilité qu’elle n’a plus les moyens de s’offrir seule.
Le calendrier tranche l’affaire mieux que nous. Lundi 31 août, les libraires reçoivent leurs cartons et les boutiques reçoivent les leurs. Les deux ouvrent le même matin. L’un des deux rayons aura une campagne dans huit pays. Ce n’est pas la faute d’Etam, ni de personne, et c’est pourtant très exactement le sujet de la rentrée. Les défilés parisiens du printemps été 2027 s’ouvrent quatre semaines plus tard, le 28 septembre, avec 101 maisons au calendrier : nous y serons, et nous compterons les livres cités.
NOTE DE TRANSPARENCE · l’article de Néorestauration est partiellement réservé aux abonnés ; les éléments repris ici figurent dans la portion librement accessible, et la fin de la phrase sur la vente en ligne est coupée par le mur payant. La page de communiqué d’Etam est citée en source mais n’a pas été ouverte depuis notre poste de rédaction : les deux formules entre guillemets sont reprises telles que Néorestauration les attribue au communiqué. Aucun prix de vente n’est avancé, aucune source publique n’en donnant à ce stade. Aucun chiffre n’est avancé sur le nombre de romans de la rentrée littéraire 2026, faute de décompte vérifié. Le coffret Céline Dion et Pierre Hermé est signalé d’après L’Officiel seul, sans recoupement, et sans détail de composition ni de tarif. L’ancienneté et l’objet du prix des Deux Magots sont repris d’une notice encyclopédique et non des statuts du prix.
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