Le Festival d'Automne a ouvert vendredi. Son président dirige Hermès, et son invitée de la saison est une agence d'enquête.
La 55e édition du Festival d'Automne a commencé le 11 septembre : 450 représentations, 58 lieux, 75 projets, 40 pays, jusqu'au 19 décembre. Le président du festival est Axel Dumas, gérant d'Hermès. L'invitée de son École du soir est Forensic Architecture, agence d'investigation.
Nova Sagan.
Vendredi 11 septembre, dans une soixantaine de salles de Paris et d'Île de France, la plus grande commande publique de spectacle vivant du pays a commencé à dépenser son année. Personne n'a coupé de ruban. Un festival de création ne s'ouvre pas, il se met en marche.
La 55e édition du Festival d'Automne à Paris court jusqu'au 19 décembre. 450 représentations. 58 lieux partenaires. 75 projets de théâtre, de danse, de musique, d'arts visuels et de performance. Des artistes venus de 40 pays. Plus de 175 000 places proposées au public. 23 premières mondiales et 30 premières françaises.
Ce sont les chiffres du dossier de presse. Ils sont vrais, ils sont impressionnants, et ils ne disent rien de ce qui compte ici.
Qui tient la maison
Direction générale : Emmanuel Demarcy Mota. Direction artistique : Francesca Corona et Clara Iannotta. Présidence : Axel Dumas.
Axel Dumas est le gérant d'Hermès. C'est la sixième génération de la famille à la tête de la maison de la rue du Faubourg Saint Honoré, celle qui, dans le luxe français, a la réputation de ne jamais avoir besoin de rien. Il préside l'association qui organise le Festival.
La Fondation d'entreprise Hermès figure parmi les mécènes. Axel Dumas y figure aussi, à titre personnel, dans la liste des donateurs individuels. Le grand mécène, lui, n'est pas Hermès : c'est Dance Reflections by Van Cleef & Arpels, c'est à dire Richemont. Deux groupes de luxe concurrents, sur la même page de remerciements.
Précision de méthode, parce qu'elle compte : la page de remerciements consultée au bouclage, en version anglaise, porte encore la mention de l'édition 2024. Nous citons donc une liste de mécènes que le Festival publie, mais qui n'a pas été remise à jour pour 2026 au moment où nous écrivons.
Et l'argent public, alors
Il est là, et il est premier. Le Festival d'Automne est subventionné par le ministère de la Culture, via la Direction générale de la création artistique, par la DRAC Île de France, par la Ville de Paris et par le Conseil régional d'Île de France.
Autrement dit : l'État, la Ville, la Région, puis les fondations d'entreprise, puis des particuliers. C'est le montage standard de la culture française. On le connaît si bien qu'on ne le regarde plus. On le regarde quand un chiffre bouge, comme lorsque une comédienne est venue défendre sur France Inter l'argent public qui finance les salles. On le regarde aussi quand une adresse change, comme quand le prix Femina quitte un musée de la Ville de Paris pour le 30 avenue Montaigne.
Une adresse, une présidence, un grand mécène. Trois manières de dire la même chose : le luxe ne sponsorise plus la culture française, il siège dedans.
L'invitée de la saison est une agence d'investigation
C'est la ligne du programme que personne n'a titrée.
L'agence d'investigation Forensic Architecture, fondée par Eyal Weizman, est l'invitée de l'École du soir 2026, intitulée Conditions d'existence. Pendant toute la durée du Festival, conférences et ateliers composent un espace d'enquête et de pensée non académique.
Présentation du programme 2026, d'après le dossier de presse du Festival d'Automne à Paris, mai 2026.
Forensic Architecture est un collectif de recherche basé à Goldsmiths, à Londres. Il reconstitue des scènes, des frappes, des morts en détention, en croisant des vidéos, des images satellite et des modèles en trois dimensions. Ses travaux sont produits devant des tribunaux et devant des institutions internationales. Ce n'est pas une compagnie de théâtre qui parle d'enquête. C'est une agence qui en fait, et qui vient s'installer pour trois mois dans le programme d'un festival subventionné et mécéné.
Le titre de la saison est Conditions d'existence. Il a été choisi avant la rentrée. Il tombe bien.
Le reste du programme, pour ceux qui vont y aller
Trois Portraits : la chorégraphe marocaine Bouchra Ouizguen, la compositrice canadienne Cassandra Miller, la compagnie australienne Back to Back Theatre.
Une carte blanche à la chorégraphe zimbabwéenne nora chipaumire, déployée en ouverture pendant trois semaines à la Ménagerie de Verre, puis en clôture à la Fondation Cartier pour l'art contemporain, entre Harare, Dakar et Paris.
Le retour du Festival à la Chapelle Saint Louis de la Salpêtrière, avec une exposition monographique de Lubaina Himid, figure du British Black Arts Movement et invitée du pavillon britannique à la Biennale de Venise 2026. Walid Raad, invité régulier depuis 2007, est là aussi.
Côté musique, un concert de Georg Friedrich Haas pour 50 pianos joués simultanément par le Klangforum Wien et des étudiants des Conservatoires nationaux supérieurs de Paris et de Lyon. Christine Sun Kim investit l'espace public et la rotonde de la Bourse de commerce. Basel Abbas et Ruanne Abou Rahme mêlent performance et cinéma augmenté.
Et les fidèles, ceux qu'on retrouve d'édition en édition : Romeo Castellucci, Anne Teresa De Keersmaeker, Lucinda Childs, The Wooster Group, Alessandro Sciarroni, Mathilde Monnier, Boris Charmatz.
Près de 40 pourcent des projets sont signés d'artistes invités pour la première fois. Le tarif est de 8 euros pour les étudiants et les moins de 30 ans, et il l'est depuis 2021.
Si la vidéo ne s'affiche pas dans votre messagerie, elle est ici : youtube.com/watch?v=MAJkEfVIjb0
Ce que la rentrée dit du reste
Une saison de spectacle vivant n'est pas un secteur à part. Elle arrive dans la même semaine que un festival de cinéma qui a remis deux fois son prix de la révélation, dans le même mois que un film sur le sauvetage des œuvres du Louvre, et dans la même économie que un studio français qui annonce 90 postes menacés. Ce sont les mêmes tutelles, les mêmes commissions, les mêmes lignes budgétaires.
Et c'est la même semaine, aussi, que une banque a abaissé ses objectifs de cours sur les trois grandes maisons françaises du luxe, Hermès comprise. Le mécénat culturel est la première ligne qu'on coupe quand un exercice se tend. Pas la seconde. La première.
La question
Un festival subventionné par l'État, présidé par le patron d'Hermès, financé en partie par une fondation Richemont, accueille pendant trois mois une agence qui produit des preuves contre des États et des armées.
Ce n'est pas une contradiction. C'est l'état réel de la culture publique française, où l'enquête est devenue une discipline de programmation au même titre que la danse.
L'École du soir s'appelle Conditions d'existence. Elle dure jusqu'au 19 décembre. Reste à savoir ce qu'une agence d'enquête peut dire, exactement, quand c'est l'enquête elle même qui est au programme.
▸ Sources : programme et dossier de presse du Festival d'Automne à Paris, édition 2026 · page des soutiens du Festival · chaîne YouTube du Festival · N.
Vendredi 11 septembre, le prix Médicis a publié sa première sélection. La presse a relevé la même ligne : pas un Gallimard parmi les 18 romans français. Six de ces 18 sont pourtant publiés par des maisons du groupe Gallimard. Flammarion, Mercure de France, P.O.L.
Depuis la saison ouverte le 10 septembre, la fourrure est interdite dans les collections du calendrier officiel de la Fashion Week de New York. Sept espèces nommées, une seule exception. Dans le communiqué qui l'annonce, le directeur général du CFDA écrit qu'il n'en restait déjà presque plus.
L'interdiction devait s'appliquer au 1er septembre. Le 14 août, le Conseil constitutionnel a déclaré l'article 1er de la loi contraire à la Constitution. Le 29 août, une lettre partait pour Bruxelles. Le 7 septembre, la vérification de l'âge y était défendue comme solution.
Google, Anthropic et OpenAI sortent en dix jours leurs modèles cyber. Fairwind, Mythos 5.1, Daybreak Blue. La défense de pointe va aux 650 déjà puissants. Le public hérite du modèle qui sait aussi attaquer.
Astra arrive le 3 septembre. OpenAI le dit le plus aligné, refuse 91,5 pourcent des contournements, et raisonne en « récurrence opaque » qui masque sa chaîne de pensée. Et enterre l’AGI par contrat.
Mercredi 9 septembre, HSBC a sorti LVMH de sa liste d'achat et ramené son objectif de 600 à 490 euros. Le même jour, Hermès passait de 1 870 à 1 650 et Kering de 340 à 305. Motif : visibilité réduite et ralentissement en Chine continentale.