Le film qui n'ira dans aucune salle est venu défendre l'argent qui finance les salles
Mardi matin sur France Inter, Laure Calamy a défendu le CNC contre les attaques du Rassemblement national. Jeudi, elle sort dans "Dix pour cent, le film", qui n'entrera dans aucun cinéma. Et 20 pour cent des ressources du CNC viennent désormais des plateformes.
Voilà la scène. Mardi 8 septembre au matin, une actrice française passe sur France Inter pour défendre le Centre national du cinéma et de l'image animée. Deux jours plus tard, le film qu'elle vient promouvoir sort sur Netflix, et sur Netflix seulement. Aucune salle. Aucun ticket. Aucun billet sur lequel prélever la taxe qui alimente le fonds qu'elle défend.
Ce n'est pas une contradiction de sa part. C'est le portrait exact du système en 2026.
Ce qu'elle a dit
« Ce système est viable, c'est une question de volonté politique. » Laure Calamy se dit « inquiète » des attaques que subit le CNC. Elle rappelle la mécanique, sans jargon : sur chaque film, blockbuster ou petite production, une part est prélevée, et cette part revient au fonds de soutien.
« C'est ça le financement, c'est vertueux. Ça a été copié, par exemple, par la Corée, qui a un cinéma très puissant. »
Puis elle élargit. « Je tourne un film français aux États Unis en ce moment, et je vois bien cette exception culturelle française. Elle est sur la culture, elle est sur la Sécurité sociale, sur le fromage au lait cru, elle est sur plein de choses. On défend un système qui est unique et qui nous définit. »
Le fromage au lait cru et la Sécurité sociale dans la même phrase que le CNC. Retenez ça, c'est la définition la plus honnête de l'exception culturelle qu'on ait entendue cette année.
Camille Cottin et Laure Calamy sur France Inter, séquence publiée le 8 septembre 2026, 2 minutes 1. Ce qu'elle prouve : les deux actrices parlent d'« aventure collective » pour un film qui ne passera par aucun collectif de salles. Lien de secours : youtube.com/watch?v=GaZ6XKKHDcw
Qui attaque, et depuis quand
Le CNC est visé depuis des mois, principalement par des responsables du Rassemblement national. À l'automne 2025, le député RN Matthias Renault avait déposé un amendement visant purement et simplement à supprimer l'institution, au motif qu'elle financerait, selon lui, « des navets et des films de gauchistes ». L'amendement a été rejeté. Au printemps, plusieurs responsables du parti sont revenus à la charge sur le fonctionnement de la maison et sur l'attribution de ses aides.
La critique du CNC n'est pas la propriété d'un camp. Nous l'avons pratiquée nous mêmes, chiffres à l'appui, dans notre enquête sur les 1,2 milliard du CNC et les 150 films qui ne dépassent pas 20 000 entrées. Nous avons aussi suivi le procès en appel de l'ancien président du CNC, quand le milieu regardait ailleurs. Critiquer une institution et vouloir la supprimer ne sont pas la même opération.
Le chiffre qui change tout
À Cannes en mai, la ministre de la Culture Catherine Pégard a rappelé une donnée simple : les plateformes de vidéo à la demande contribuent désormais à hauteur de 20 pour cent aux ressources du CNC.
Un cinquième. Le fonds de soutien du cinéma français est assis sur des taxes affectées prélevées sur les billets de cinéma, les services de télévision et les plateformes vidéo. Plus les salles se vident, plus la part des plateformes grossit mécaniquement.
Alors la question posée par la sortie de jeudi n'est pas morale, elle est comptable. Un film financé et diffusé par un streamer alimente le fonds par la case plateforme. Il n'alimente plus la case billetterie. Le circuit tient, mais il change de propriétaire.
Nous avions déjà exploré ce basculement quand Netflix a acheté 47 jours de salle, et dans notre note d'audit sur l'exception culturelle financée par Netflix. Sur le versant opposé, celui des clauses imposées en amont, notre dossier sur le deal entre Canal+ et le cinéma français raconte la même dépendance, avec un autre financeur.
Jeudi
« Dix pour cent, le film », réalisé par Émilie Noblet, arrive le 10 septembre sur Netflix. Six ans après la quatrième saison de la série. Une histoire d'agents artistiques français, diffusée par une plateforme américaine, sans passer par les salles françaises. Nous avions raconté ce paradoxe dans notre article sur cette série devenue un film qui n'entrera dans aucun cinéma français.
Laure Calamy a raison sur un point que personne ne conteste : le système est viable. Reste à savoir qui paiera la prochaine facture, et à qui il faudra dire merci.
Le 17 juin, l’Insee titre sa Note de conjoncture sur une industrie française qui résiste. Le 5 août, l’Insee publie les chiffres réels de juin. Ce matin à 8h45, il publie ceux de juillet. Entre les trois, une hypothèse à 85 dollars le baril qui n’existe plus.
La Fashion Week de New York s’ouvre demain. Elle s’ouvre sur une maison américaine que le premier groupe de luxe mondial a fini de vendre le 1er septembre, et sur un segment dont il vient de sortir au moment exact où c’est le seul qui pousse.
Mardi 8 septembre, un professeur de New York annonce trois démonstrations. Quelques heures plus tard, OpenAI publie la démonstration complète du même problème à 1 million de dollars. Regardez la facture de la machine, et vous aurez compris toute l’affaire.
5 pétroliers iraniens détruits mardi, 10 navires revendiqués par Téhéran mercredi, 18 missiles interceptés au dessus de la Jordanie entre les deux. Le commandant américain de la zone a formulé publiquement le taux de change. Il ne parle plus d’objectifs militaires. Il parle de coût.
La Fage a publié son indicateur annuel. Nouveau record. Le logement grimpe de 9,6 pour cent, l'alimentation recule de 12,6, et 20 pour cent des étudiants disent ne pas manger à leur faim. Depuis 2020, la facture a pris 655,74 euros.
Le conseil d'administration de DON'T NOD a validé le 4 septembre un projet pouvant supprimer jusqu'à 90 postes en France. Le même communiqué note une incertitude sur la continuité d'exploitation au delà du 31 janvier 2027, et une seule ligne de revenus en hausse.