Fin de vie : 48 heures, un médecin, et les questions non tranchées
La proposition de loi sur l'aide à mourir prévoit une injection létale possible 48 heures après la décision d'un médecin. Des soignants et des juristes alertent. Un débat qui engage, avant tout, la confiance.
Une loi sur la mort se juge à ses garde-fous, pas à ses intentions. Tout le monde s'accorde sur le point de départ : personne ne veut voir souffrir un mourant. Les partisans de l'aide à mourir y voient une liberté ultime, celle de choisir sa fin quand la maladie ne laisse plus d'issue. C'est une position sérieuse, portée par des malades, des familles, et une majorité de parlementaires. Le débat qui suit ne porte pas sur ce désir. Il porte sur la procédure. Et c'est là que les alertes se multiplient.
Au cœur de la proposition de loi française sur le droit à l'aide à mourir, deux paramètres reviennent dans toutes les critiques. Le premier : le délai. Selon les opposants, l'injection létale peut être provoquée dès 48 heures après la décision du médecin. Le second : le décideur. C'est un seul médecin qui initie la procédure, statue sur la demande, prescrit le produit, et informe la commission de contrôle. Il consulte, pour avis seulement, un confrère de son choix et un membre de l'équipe soignante, puis tranche.
Ce que disent les juristes
Grégor Puppinck, docteur en droit et directeur du Centre européen pour le droit et la justice, un think tank d'orientation conservatrice, est l'un des critiques les plus précis du texte. Pour lui, la France s'apprête à instaurer « la procédure d'euthanasie la plus expéditive au monde », plus rapide que les délais prévus en Belgique ou au Canada. Son reproche central n'est pas moral, il est procédural : la concentration des pouvoirs entre les mains d'un même médecin, et le fait que le contrôle n'intervienne qu'après le décès, affaiblissent selon lui les garanties. On peut ne pas partager sa philosophie et prendre au sérieux son diagnostic juridique. Les deux ne sont pas incompatibles.
Les défenseurs du texte répondent que la loi encadre l'accès par des critères stricts, réserve l'aide à mourir à des situations médicales graves et incurables, et qu'un délai trop long prolonge la souffrance. Le désaccord est réel et légitime. Notre rôle n'est pas de le trancher, mais de poser les deux thèses côte à côte, avec leurs sources.
La crainte du soignant : la mort et les organes
Une seconde alerte, plus sombre, vient du terrain. Éric Mercier, infirmier, ancien pompier de Paris spécialisé en hémodialyse et soins palliatifs, s'inquiète d'un lien qu'il redoute entre l'organisation programmée de la mort et la logistique du prélèvement d'organes. Son argument, qu'il faut citer comme une crainte et non comme un fait établi : dès lors qu'on connaît à l'avance la date d'un décès, toute une chaîne peut s'organiser autour, bloc opératoire, chirurgiens, transports, transplantation. Il redoute que la recherche d'efficacité ne pousse, un jour, à regarder le patient vulnérable comme une ressource. Il cite le modèle espagnol, où l'euthanasie peut être pratiquée en clinique chirurgicale pour faciliter les greffes.
Cette thèse est contestée, et elle doit l'être. Rien, dans le texte français, n'établit un tel lien, et les défenseurs de la loi la rejettent fermement. Mais la crainte d'un soignant expérimenté sur la marchandisation du corps mérite d'être entendue, pas caricaturée. La confiance dans le système de dons d'organes est déjà fragile : lors du procès de l'attentat de Nice, plusieurs familles avaient demandé des tests ADN après que des organes prélevés sur des victimes n'avaient pu être analysés, comme l'avait rapporté BFMTV. Quand la manipulation des corps inspire déjà de la défiance, toute proximité entre fin de vie et transplantation doit être discutée au grand jour.
La vidéothèque
L'entretien ci dessous donne la parole aux voix critiques du texte. À écouter comme une pièce du dossier, à mettre en regard des arguments des défenseurs de la loi et du travail parlementaire en cours au Sénat.
La fin de vie est le sujet où le mot « vite » devrait être suspect par principe. Non parce qu'il faut prolonger la souffrance, mais parce qu'une décision irréversible mérite le temps du doute et le regard de plusieurs. Le Parlement tranchera. À nous de veiller à ce que les garde-fous, eux, ne soient pas le premier chapitre qu'on abrège.
On pose les thèses côte à côte, avec leurs sources. À vous de conclure. · z/S SYSTEMS
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