Une cellule criminelle dans une loge, un élu tabassé dans son jardin : ce que le procès Athanor déballe à Saint-Maur-des-Fossés
Une cellule criminelle dans une loge.
Et un élu tabassé dans son jardin.
Il faut imaginer Saint-Maur-des-Fossés, le Val-de-Marne cossu, les pavillons, les notables. Et dessous, selon ce que la cour d’assises de Paris examine aujourd’hui, une mécanique digne des barbouzes de la Cinquième. L’affaire s’appelle Athanor, du nom du four des alchimistes, celui qui transmute. Ici, ce qu’on a tenté de transmuter, c’est une rivalité électorale en opération clandestine.
Le récit que l’accusation porte devant les jurés est le suivant, et je le donne au conditionnel, parce qu’un procès n’est pas un verdict et que chacun des mis en cause conserve sa présomption d’innocence. En 2013, Henri Plagnol, ancien secrétaire d’État sous Chirac et maire de la ville, brigue un nouveau mandat. Deux concurrents le gênent, issus de sa propre famille politique : Sylvain Berrios et Jean-François Le Helloco. Sa directrice de cabinet, par ailleurs mère de son enfant, était en relation avec Frédéric Vaglio, présenté comme l’un des cerveaux d’Athanor et membre d’une loge maçonnique. C’est de là, selon l’accusation, que serait partie l’idée de faire surveiller le concurrent.
La suite, ce sont des faits plus tangibles. Un ancien agent des services aurait été chargé, en 2014, de surveiller et de photographier Sylvain Berrios, aux frais de la commune. Et en octobre 2016, Jean-François Le Helloco a été attaqué par deux hommes cagoulés dans le jardin de sa maison, et photographié le visage en sang. Ça, ce n’est pas une allégation. C’est arrivé.
Ce qui rend Athanor précieux, au sens du renseignement, c’est qu’il rend visible une chose qu’on préfère croire réservée aux romans : la porosité entre la respectabilité élue et la violence sous-traitée. Une loge n’est pas un complot en soi, et la très grande majorité de ses membres n’a rien à voir avec ça. Mais quand une fraternité discrète croise une ambition municipale et un carnet d’adresses d’anciens des services, la frontière entre l’influence et le crime devient, disons, négociable. C’est tout l’objet du procès.
Je ne tranche pas. Les assises trancheront. Je pose simplement la scène telle qu’elle se rejoue à Paris : une ville modèle, une loge, et un homme qu’on a roué de coups pour avoir osé se présenter. Si l’accusation dit vrai, alors la démocratie locale aura été, ici, une façade peinte sur un four encore chaud.
HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER
Le procès de Rémy Daillet et de 14 autres prévenus s'ouvre le 15 septembre à Paris, pour association de malfaiteurs terroriste et séquestration. Trois semaines d'audience. Nous avons compté ce que les titres de presse mettent en avant, et ce qu'ils laissent en sous titre.
Neuf millions d'inscrits à la loterie, 480 000 billets, 35 000 personnes samedi soir. Le retour de Céline Dion est le plus gros événement live français de l'année. Il se joue dans une salle rebaptisée le 1er juillet par un fournisseur d'énergie, et que le rival de son producteur veut acheter.
Le musée d'Orsay ouvre le 15 septembre « Auguste Bartholdi. La Liberté éclairant le monde ». Le texte officiel dit que la statue vient d'un projet conçu pour le canal de Suez, transformé ensuite en allégorie de l'indépendance américaine. Le monument le plus copié du monde est un recyclage.
Près de 100 œuvres pour une peintre qui n'avait pas eu de rétrospective d'ampleur depuis 141 ans. Elle ouvre mardi avenue Winston Churchill. À 900 mètres, Orsay inaugure Bartholdi le même jour. Les deux communiqués citent la même donatrice.
Box office français, début septembre : Spider-Man : Brand New Day dépasse 8 millions de spectateurs quand La Vie d’une femme, de Charline Bourgeois-Tacquet, ouvre à 1 592 entrées. Le blockbuster n’est plus un événement, c’est une saison. Éloge de ce qui pousse au pied du séquoia.
Sixième édition des Journées Particulières de LVMH, du 16 au 18 octobre : 71 lieux, 13 pays, 45 Maisons ouvertes gratuitement. Antoine Arnault parle de revenir à l’origine. La transparence, cette vitrine qui ne vend rien pendant qu’elle vend tout.